« Une brebis au milieu des loups... »

BILLET DU 9 SEPTEMBRE 2012
publié le dimanche 9 septembre 2012
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Bonjour,

On a beau dire « plus jamais ça », penser que les peuples apprennent de leur histoire, il n’en est rien si l’on en juge par un antisémitisme renaissant dans la vieille Europe. L’Allemagne est aujourd’hui pointée du doigt en débattant sur la circoncision faisant de chaque Juif un barbare. En une semaine des tombes juives ont été profanées sur le sol germanique et un Rabbin agressé de jour en pleine rue sous les yeux de sa jeune fille. Cela en est assez pour Charlotte Knobloch, l’ancienne dirigeante du Conseil central des Juifs en Allemagne, l’équivalent outre Rhin de notre Crif. Charlotte Knobloch signe un éditorial dans « Der Spiegel » déclarant ceci, et nous voulons ici la citer in extenso : « Depuis 60 ans j’ai défendu l’Allemagne en tant que survivante de la Shoah. Maintenant je me demande si j’avais raison. En tant que survivante, à la veille de mon 80ème anniversaire, je n’imaginais même pas dans mes pires cauchemars que j’aurais pu assister à un pareil débat ? Le zèle avec lequel ce débat traîne nos fondations religieuses dans la boue est inégalé. Des personnes qui, apparemment, n’ont aucune idée de la signification religieuse de la Brith Mila et qui n’ont probablement jamais parlé à un Juif, veulent maintenant nous dire si et comment nous pouvons suivre notre religion. Je ne veux pas rester silencieuse. Pas après tous les Juifs qui ont souffert en Allemagne. Et je ne suis plus prête à aller de pair avec l’imposture dont les gens parlent : une nouvelle, fraîche, et florissante communauté juive en Allemagne ; dans le but de donner aux Allemands le sentiment que le temps peut guérir même la plus grande des plaies imaginables. Pendant six décennies, j’ai eu à me justifier parce que je suis restée en Allemagne comme un vestige d’un monde détruit, comme une brebis au milieu des loups. J’ai toujours facilement porté ce fardeau parce que j’étais fermement convaincue que ce pays et son peuple le méritaient. Pour la première fois, mes convictions de base commencent à trembler. Pour la première fois, je me sens démissionner. Je me demande sérieusement si ce pays veut encore des nous, les Juifs ».

Comment ne pas être interpellé par ce cri du cœur d’une survivante de la Shoah qui a cru et espéré que des Juifs pouvaient encore vivre sur une terre maudite ! Si l’Allemagne a fait un vrai travail de repentance et de réparation, l’argent ne peut pas tout. Il ne suffit pas d’injecter sur les deniers publics des centaines de millions d’euros, c’est bien de cet ordre de grandeur dont on parle, pour gagner une respectabilité et ensuite insulter une religion. A l’approche des fêtes de Tishri, cela me fait penser aux indulgences jadis dans l’Eglise catholique, où le riche pouvait, en y mettant le prix, gagner l’absolution de ses pêchés. L’Allemagne d’aujourd’hui est dans cette logique d’une repentance supposée que l’argent pourrait conquérir. Charlotte Knobloch est une femme courageuse et ne doit pas demeurer seule dans son combat qui est le notre.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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