« Korah ou l’ancêtre du poujadisme... »

BILLET DU 17 JUIN 2012
publié le dimanche 17 juin 2012
Partagez cet article :


publicité

Bonjour,

Ce dimanche 17 juin marque le terme d’un peu plus d’un mois d’échéances électorales qui nous ont amenées à nous rendre à quatre reprises aux urnes. Ce soir donc une nouvelle représentation nationale sera élue qui confortera ou pas le Président de la République. De cela nous ne pouvons en parler sur les ondes de Judaïques FM respectant scrupuleusement les consignes du CSA.

En revanche pourquoi ne pas parler de la Parashah de cette semaine, Korah, qui fait un sérieux clin d’œil à ces élections. Korah, c’est l’histoire d’un homme, de ce nom éponyme de la Parashah, qui va s’avérer être le premier tribun de l’histoire de l’humanité, biblique en tout cas. Korah c’est cet homme, respectable au premier abord puisque descendant de Levy, qui va réunir autour de lui de nombreux dignitaires, ils seront 250, pour disputer à Moïse son pouvoir. Il y aurait bien des raisons d’abonder dans le sens de Korah en observant qu’à aucun moment Moïse n’a été élu par les Enfants d’Israël ou désignés par les chefs des douze tribus ou je ne sais quelle autre instance ou représentation. Tout au plus savons nous qu’Israël est le « Peuple élu » celui choisi par Dieu pour accomplir Sa parole sans qu’un seul soit distingué. A cela on rétorquera que la position de Moïse est singulière puisque lui seul a vu Dieu « face à face » en devenant son porte-parole. Mais passons et admettons que certains considéraient que ce pouvoir devait être remis en question.

Le problème, outre l’affront conspirationiste, réside plutôt dans l’argument mis en avant par Korah pour justifier cette tentative de putsch. « Tous sont saints » ! Selon Korah, pour rallier le peuple il faut le flatter quitte à dire des inepties. Ainsi Moïse serait un homme ordinaire au milieu des autres sans vocation prophétique particulière, plus encore tous seraient égaux à Moïse. Cette vision apparaît soit naïve soit...poujadiste, terme bien anachronique j’en conviens aisément. Mais force est de constater que cette utopie d’une société parfaitement équitable n’a aucun fondement. Il y aura toujours dans une collectivité humaine des dirigeants, des représentants, des élites. Il y aura toujours aussi des classes laborieuses et d’autres qualifiées de moyennes ou supérieures. Nous sommes revenus, et souvent dans la douleur, de toutes ces tentatives d’abolir les différences. Pour autant cela ne doit pas nous détourner de la préoccupation première dans une société qui réside dans l’égalité de tous face aux lois et à la considération individuelle que la République doit garantir à chaque citoyen. La justice et l’humanisme sont les piliers qui permettent d’accepter les différences sociales.

En élisant aujourd’hui nos 577 députés nous distinguons autant d’hommes et de femmes qui seront conduits durant 5 ans à représenter un peu plus de 65 millions de français. Qu’aurait dit Korah le tribun démagogue de cette expression démocratique du suffrage universel ?

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




blog comments powered by Disqus



Articles incontournables