Lettre ouverte à Rabbi Chim’on bar Yohaï

publié le samedi 5 mai 2012
Partagez cet article :


publicité

Cher Maître,

Le 18 Iyar de chaque année, au 33ème jour du compte du ‘Omer, le peuple juif célèbre votre départ de ce monde. C’est votre Hilloula. Je parle bien de célébration et non de commémoration. Car cette date est marquée par des rencontres festives autour de votre Figure, dans toutes les communautés juives, de par le monde et sur le lieu-même de votre sépulture à Mérone en Galilée. Le contraste est saisissant lorsque l’on sait que vous-même avez été le disciple de Rabbi ‘Akiba et que votre Hilloula coïncide avec la période de deuil de 33 jours consécutive à la mort des 24000 disciples de Rabbi ‘Akiba tous terrassés par une épidémie. Eux sont morts parce qu’ils ne se sont pas hissés à la dignité de la Tora qu’ils auraient dû incarner, nous dit le Talmud (Yébamot 62b), alors que votre disparition à vous a ému le ciel et la terre tant votre sainteté était reconnue par tous (Zohar Vay’hi). D’ailleurs, l’hymne Bar Yohaï composé à votre gloire par rabbi Shim’on Labi (Lybie, 16ème s.) et chanté souvent le vendredi soir à la table du shabat, n’a d’équivalent pour aucun autre rabbi.

L’empereur Hadrien vous a pourchassé parce que vous braviez l’interdiction de pratiquer les mitsvot et d’étudier la Tora. Cela vous a contraint à vous cacher, en compagnie de votre fils Ele’azar, durant treize années dans une grotte près de Peki’ine. C’est là, dit-on, que vous avez découvert les mystères de la Tora et rédigé l’essentiel de votre œuvre-maîtresse le Zohar. Il faut dire que vous avez vécu à l’époque de la révolte de Bar Kokhva, de son échec, de la chute de la ville de Bétar (le 9 av de l’an +135) et de la mort de centaines de milliers de victimes juives tombées sous l’épée des Romains. Vous, vous en avez réchappé mais vous avez été le témoin de toutes ces catastrophes et du supplice de votre maître rabbi ‘Akiba (Bérakhot 61b). Le traumatisme était alors immense et la transmission de la Tora une entreprise en péril. Vous avez surmonté ces épreuves et vous vous êtes même rendu à Rome, en l’an 138, à la tête d’une délégation, pour demander à l’Empereur Antonin le Pieux d’abolir les décrets interdisant la pratique du judaïsme. Vous auriez obtenu son accord après avoir guéri sa fille d’une maladie réputée incurable. Mais ce n’était pas là le seul miracle mis à votre actif. Vous auriez survécu dans la grotte grâce à l’émergence d’une source d’eau vive et à l’éclosion d’un caroubier qui assuraient ainsi votre subsistance durant treize ans, un peu à l’image de la manne céleste qui nourrissait les Hébreux dans le désert du Sinaï. D’ailleurs, à votre sortie de la grotte, vous auriez foudroyé du regard un laboureur qui vaquait à ses travaux agricoles pour la simple raison qu’il s’occupait de choses matérielles au détriment de l’étude de la Tora. J’espère que ce n’est là qu’une allégorie et qu’il convient d’y voir votre conviction manifeste du caractère vital de la vie spirituelle prônée par la Tora.

En observant votre parcours de vie, je ne sais à quoi attribuer l’engouement du public à votre égard. Par quoi ces juifs de toutes obédiences ont-ils été impressionnés pour célébrer votre personne avec autant de ferveur et de déférence ?

Pour ma part, je retiendrai votre approche sensible de la Tora et votre quête inlassable de transcendance. Cela transparaît nettement dans vos œuvres (Mekhilta, Sifri et Zohar). Mais aussi votre courage, votre persévérance et votre abnégation lesquels, dans une époque marquée par le sang et par les larmes, vous ont permis de garder confiance en Dieu et en la capacité du peuple juif de se redresser.

Je n’oublie pas, non plus, que vous étiez le maître de rabbi Yéhouda le Prince, le compilateur de la Michna et que vos enseignements y figurent en bonne place. Vous ne soupçonniez certainement pas alors que nous vous reconnaitrions un jour dans l’un d’entre eux : « Il y a trois couronnes : celle de la Tora, celle du sacerdoce et celle de la royauté. Mais celle de la bonne réputation dépasse les précédentes » (Avot 4, 17).



Docteur Elie Botbol
Strasbourg




blog comments powered by Disqus



Articles incontournables