« Entre joie et délivrance... »

BILLET DU 18 MARS 2012
publié le dimanche 18 mars 2012
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Bonjour,

Nous sommes dans une période intermédiaire, celle entre Pourim et Pessah, celle entre la joie et la délivrance. A vrai dire, nous sommes toujours dans une période intermédiaire, rien n’étant abouti et notre calendrier de fêtes nous conduisant toujours vers la prochaine échéance. Il y a dans le calendrier Juif pourtant des périodes qui sont liées les unes aux autres. La période entre Rosh Hashanah et Kippour, celle entre Pessah et Shavouot, celle encore entre le 17 Tammouz et le 9 Av. Mais rien n’est prévu entre Pourim et Pessah et pourtant ces deux fêtes sont liées, je m’en explique. Première observation, elles sont distantes d’un mois tout juste, mais cela ne suffit pas pour les lier l’une à l’autre. Deuxième observation, Pourim et Pessah trouvent une origine commune dans la Bible, Pessah dans l’Exode, Pourim dans la Meguilah d’Esther. Mais là aussi cela ne suffit pas pour les relier. L’une, Pourim, est éminemment joyeuse, l’autre, Pessah, célèbre la délivrance de quatre siècles de servitude. Ces deux fêtes ont en commun dans le récit une « happy end ». D’un coté les Juifs sont délivrés du sort qui leur était promis et qui aurait dû les voir mourir, de l’autre coté, les Hébreux sont délivrés de la captivité et de l’esclavage qui auraient vu s’éteindre un Peuple sans destin collectif si ce n’était celui de la souffrance.

Pourim est emblématique d’une joie quasiment sans retenue là où Pessah est plus sobre, avec tout de même ses quatre coupes de vins durant les deux soirs du seder. A Pourim le méchant porte un nom : Haman, à Pessah tout autant : le Pharaon. Les héros dans ces deux récits sont représentés dans un duo : Esther et Mordekhaï d’une part, Moïse et Dieu d’autre part. Dans les deux récits, il y a une masse, le Peuple, qui n’apparaît pas dans des individualités s’effaçant au profit des protagonistes de l’histoire. Dans les deux cas, la cause du Peuple est dans les mains d’un puissant : Assuérus et le Pharaon.

Mais surtout, ces deux fêtes ont en commun une lettre, le « P ». Cette lettre a bien des significations. Une valeur numérique tout d’abord : 80. Selon nos Maîtres dans les Maximes des pères, 80 ans est l’âge de la force, non plus celle du corps mais de l’esprit. N’est-ce pas à 80 ans que Moïse a transmis la Torah ? Et puis la lettre « Pé » en hébreu signifie, la bouche mais aussi selon la façon dont on l’écrit en plaçant la voyelle « Po » qui signifie « ici » ou « à cet endroit ». A la fois Pourim et Pessah sont des fêtes narratives où le récit prend toute sa dimension. Un royaume de 127 provinces face à une Egypte dominante et au milieu un petit Peuple. La lecture de la Meguilah comme celle de la Haggadah représente un impératif. Il faut dire et il faut entendre ces récits.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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