« Les archaïsmes d’une Loi ... »

BILLET DU 4 MARS 2012
publié le lundi 5 mars 2012
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Le grand rabbin de France, Gilles Bernheim, lance cette année une initiative connue dans de nombreuses communautés à travers le monde qui consistera le jour du jeûne d’Esther, mercredi, à instituer un « Yom agounot », une journée en faveur des femmes « agounot », de ces femmes qui ne sont pas libérées, tel est le terme, par leur mari des liens du mariage.

Le constat, selon une enquête de la WIZO menée par la sociologue Sonia Lipsyc, est accablant quant au traitement rétrograde que l’on fait des femmes dans la communauté juive. Le premier constat révèle que 30% des mariages juifs se soldent par un divorce et que, dans le milieu orthodoxe, le pic se situe dans la première année du mariage. Parmi ces femmes, environ 65% obtiendront le « Guet » l’acte de divorce religieux. Pour 35% d’entre-elles commencera le chantage de la part su mari qui fort de son droit halakhique décidera de ne pas remettre le guet. Cette situation est d’autant plus grave qu’une femme « agouna », littéralement « liée » ne peut pas envisager de refaire sa vie. On comprendra aisément que dans le milieu orthodoxe, ce sont de très jeunes femmes qui sont dans l’incapacité de se remarier et par conséquent d’avoir accès à la maternité, si ce n’est de donner naissance à des enfants qui seront considérés « mamzérim ». La situation est d’autant plus scandaleuse que bien que le divorce civil soit prononcé de nombreuses femmes se trouvent encore religieusement mariées. Cette situation crée un déni de loi dans la mesure où la loi religieuse se substitue à la loi civile. C’est inacceptable par rapport aux principes républicains et c’est inacceptable considérant le principe halakhique bien connu « dina demalkhouta dina », « la loi du pays est la Loi ».

Ainsi la WIZO recommande t-elle qu’une close de divorce religieux soit ajoutée à la procédure civile permettant à un tribunal civil de faire pression sur le mari récalcitrant. Cet état de fait placera les Rabbins qui siègent en Beth Din face à leurs responsabilités. La situation des femmes agounot est intolérable car elle prive de liberté des femmes dans un pays qui reconnaît l’égalité entre les hommes et les femmes.

L’enquête de la WIZO démontre que notre communauté tend vers un fondamentalisme religieux dont on n’a plus peur de dire qu’il est un intégrisme. Il y a aujourd’hui en France un judaïsme intégriste qui s’exprime dans les plus hautes représentations de la communauté juive. Il nous faut donc balayer devant notre porte avant de stigmatiser les autres intégrismes. Il nous faut surtout nous appuyer sur cette enquête de la WIZO pour faire bouger les choses en donnant aux femmes toute leur place dans la communauté. Qu’elles soient éligibles partout ce qui n’est pas le cas, qu’elles puissent accéder à la présidence d’une communauté, ce qui n’est pas le cas, qu’elles puissent prier dans une synagogue autrement que dans un poulailler indigne calfeutrées derrière une « mehitssah » qui est le « tchador » du judaïsme.

Plus qu’un jour des femmes agounot, ce sont des décisions courageuses qui doivent être prises pour permettre notamment à un Beth Din de se substituer au mari défaillant en prononçant le divorce lorsque celui-ci représente déjà un état de fait de façon civile.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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