« Justice n’est pas vengeance... »

BILLET DU 19 FEVRIER 2012
publié le lundi 20 février 2012
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Bonjour,

Souvent l’émotion l’emporte sur la raison. Certains faits qualifiés de « divers » suscitent une réaction immédiate qui ne répond pas à la réflexion pourtant nécessaire. Je pense ici à la dramatique affaire Lee Zeitouni, cette jeune femme israélienne de 25 ans mortellement percutée par deux assassins français dans les rues de Tel Aviv le 16 septembre dernier. Ces deux hommes l’ont laissé pour morte avant de fuir Israël pour la France. Cet acte ne peut inspirer que le dégout. Quiconque a connu le drame d’un être aimé tué par un chauffard comprend l’effroi et la douleur d’une famille ainsi endeuillée.

Cette jeune femme qui n’a eu comme seul tort que de croiser la route de deux inconscients à la sortie d’une boite de nuit est aujourd’hui l’enjeu d’extrêmes tensions au sein de la communauté juive française d’une part, et des relations entre Israël et la France d’autre part. En France il y a ceux qui reprochent au Président du Crif d’être incapable d’interpeller les autorités françaises pour peser sur une extradition des deux criminels afin qu’ils soient jugés en Israël. Du coté israélien c’est l’incompréhension de voir ces deux individus fanfaronner en renouvelant des excès de vitesse par exemple et demeurant impunis.

Et pourtant, si cette émotion est légitime, la France, pays de droit, exclue la possibilité d’une extradition de l’un de ses ressortissants. On peut trouver cela injuste mais c’est ainsi et le Talmud nous rappelle notre obligation de nous conformer à la Loi du pays. Fait unique, le Grand Rabbin de France Gilles Bernheim a prononcé pas moins qu’un « Hérem », une excommunication de ces deux individus qui n’ont plus leur place dans la communauté juive. Une forme d’extradition religieuse finalement. On ne peut faire le reproche aux leaders de la communauté juive française de s’être montrés timorés.

Je suis inquiet, à la lecture des réseaux sociaux, de paroles inconscientes en appelant à une vengeance à défaut d’avoir la justice souhaitée. Faut-il rappeler qu’il suffirait à la famille de Lee Zeitouni ou à l’Etat d’Israël, comme l’a rappelle Alain Juppé, de saisir la justice française pour que ces deux criminels soient immédiatement interpellés et aient à répondre sur le sol national de leurs actes. Ils seraient alors jugés avec sévérité pour des actes lourdement sanctionnés en France. Ceux qui accusent aujourd’hui, sur fond d’intérêts partisans personnels, n’ont pas conscience de ce que leur action puisse être à ce point contreproductive pour la famille de la jeune victime. C’est avoir peu de considération pour les institutions françaises et la Justice en premier lieu que de tenir une position, celle de l’extradition, qui relève d’une dangereuse utopie. L’urgence est de voir ces deux criminels traduits devant les autorités françaises, c’est la seule position qui tienne. Ceux qui s’y opposent ou empêchent ce processus retardent le temps où justice sera rendue pour Lee Zeitouni. Pendant ce temps deux criminels sont impunis.

Shavouah tov, bonne semaine à tous. Je vous retrouverai le dimanche 3 mars.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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