« La coercition nationale... »

BILLET DU 15 JANVIER 2012
publié le dimanche 15 janvier 2012
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Bonjour,

On aurait pu penser que les communautés juives et musulmanes de France auraient accueilli avec satisfaction, et presque enthousiasme, la proposition singulière de la candidate EELV pour les présidentielles, Eva Joly. Pensez-donc, accorder un jour férié pour les Juifs le jour de Kippour et un autre pour les Musulmans à l’occasion de l’Aïd, serait de nature à résoudre bien des tracasseries lorsqu’il s’agit de « poser ses jours ». Et pourtant la proposition de la candidate écologiste est une fausse bonne idée pour de très nombreuses raisons. La première, et non des moindres, est que sous-couvert d’égalité, la France serait morcelée par communautés. A chacun son jour férié selon sa religion. Bel exemple de cohésion nationale et de vivre-ensemble ! Quelqu’un porteur d’un patronyme juif serait presque obligé de chômer le jour de Kippour et de travailler celui de Noël. Que dire de tous les noms à consonance arabe !

Ainsi aux onze jours fériés actuels faudrait-il en ajouter deux selon des principes religieux. A chacun de piocher. C’est tout l’inverse de la laïcité qui est un espace remarquable d’exercice de la religion. Eva Joly serait bien inspirée de se replonger dans le long débat de ces dernières années sur la laïcité à la française qui permet de chasser de l’espace public les extrémistes de tous bords. On en avait presque oublié l’extrémisme laïc, celui-là même qui est tellement craintif des religions qu’il préfère les séduire par des propositions farfelues. La candidate EELV pensait probablement s’attirer le vote des « minorités » religieuses en faisant cette sortie. Ceci a produit l’effet inverse poussant les responsables religieux à rappeler à Eva Joly ce qu’est la laïcité et ses bienfaits pour les religions. Car la République accueille les religions sans leur conférer un statut institutionnel en son sein. Si l’on a raison de rappeler les racines chrétiennes de la France, la République, elle, n’a pas de religion.

On pourra s’émouvoir ci et là qu’il soit difficile de soustraire des Juifs pratiquants à des examens universitaires le jour d’une fête juive, cela ne concerne pas que Kippour, ou encore qu’un scrutin électoral tombe un jour de Pessah, cela est déjà arrivé, mais pour autant les représentants de la République savent se montrer à l’écoute des exigences propres à chacune des religions. Cela n’est pas hautement spirituel mais lorsque j’ai entendu la proposition de la candidate verte je n’ai pu m’empêcher de penser à cette scène culte du film « Coco » où le père d’un futur Bar Mitsvah entendait « fériériser » le lendemain de la fête démesurée afin que tous les convives puissent y participer pleinement. Dans un film humoristique c’est acceptable, pour un postulant à la fonction suprême c’est un peu court.

Il faut s’attendre durant les quelques 100 jours à venir que d’autres propositions susceptibles de s’attirer un certain électorat émergent de la part des candidats déclarés. Il est de notre devoir d’exercer la plus grande vigilance et ne pas laisser s’installer dans le débat public des questions dont la seule visée est d’engranger des voix plutôt que de construire la France de demain profondément enracinée dans des valeurs séculaires au premier rang desquelles se trouve la laïcité. Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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