« Abstinence du pouvoir... »

Billet du 13 novembre 2011
publié le samedi 12 novembre 2011
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On n’y échappera pas, cela a déjà commencé, la proximité avec les élections présidentielles obligera de nombreux responsables communautaires à prendre position, à faire entendre une voix. Le problème est que cette voix sera entendue par certains comme une intention de vote ou pire encore, comme une consigne. Nous avons maintes fois écrit sur l’absurdité du vote Juif comme si 600.000 Juifs français devaient voter en fonction d’une consigne donnée par « en haut ».

Une crise récente a secoué pourtant de nombreux Juifs en voyant successivement la France voter pour l’entrée à l’UNESCO de la Palestine, puis un « off » présidentiel avec le président Obama qualifiant le premier Ministre israélien de « menteur », sans compter sur le fait que la France s’est montrée finalement loin derrière l’Allemagne dans la libération de l’un de ses compatriotes Guilad Shalit. La lune de miel entre les Juifs de France et Nicolas Sarkozy semble s’estomper, pour certains il s’agit même d’un divorce...consommé.

Cela ne dissuade pas de nombreux responsables communautaires à courber l’échine devant le pouvoir comme si cette proximité conférait un quelconque pouvoir à celui qui la partage. Durant ces mois critiques jusqu’à mai 2012 nous serions inspirer de relire les paroles de Chemaya dans les Pirké Avot : « Aime le travail, hais les honneurs et ne te fais pas connaître du pouvoir ». Que signifie cette parole basée sur un triptyque bien connu dans les Maximes des Pères ? Celui qui travaille et œuvre quotidiennement par amour de ce qu’il fait ne recherche pas les honneurs, tout au moins serait-ce la reconnaissance de son œuvre. « Hais les honneurs », en hébreu « Oussena èt harabbanout » qui pourrait être traduit par « hais le rabbinat » ! Ne nous y trompons pas, il faut comprendre par « rabbinat » les nombreuses flatteries et autres honneurs attachés à la fonction. Ceci doit inspirer la haine la plus absolue. De la même façon le « pouvoir » ne doit être fréquenté que dans le but de l’alerter et non de le solliciter, de l’éclairer et non de s’en servir.

Les Sages des Pirké Avot soulignaient également que le pouvoir se montre amical et docile lorsque l’on peut lui apporter quelque chose et hostile dans le cas inverse. En réalité nous le mesurons bien, la proximité de certains politiques avec des représentants de la communauté juive est avant tout une formidable plateforme électoraliste. Certains jugeront que ces propos sont cyniques et qu’il vaut mieux entretenir des liens cordiaux avec ceux qui nous dirigent plutôt que de nous en détourner. Je n’en suis personnellement pas convaincu et il faut parfois tirer les enseignements de conduites inacceptables et humiliantes comme les positions récentes de la France que nous avons énumérées. Au fond il faudrait parfois s’imposer une cure d’abstinence du pouvoir en recherchant davantage la voix du bas que celle du haut.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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