« La mezouza : une autoprotection... »

Billet du 11 septembre 2011
publié le samedi 10 septembre 2011
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Bonjour,

J’aimerais me pencher sur la mitsvah, le précepte positif, que représente dans le Judaïsme la mezouza, ce petit boitier contenant un parchemin et qui doit se situer « sur les poteaux des maisons et sur les portes » afin de répondre à l’injonction biblique que nous répétons quotidiennement dans la prière du « Shema Israël ». La dernière édition d’ « Actualité Juive » proposait en pleine page une publicité de la « Mezouza Bank », projet du centre Habad- Lubavitch, qui attire l’attention de nos coreligionnaires sur l’importance de la mezouza se proposant de les vérifier et de les acheter à un « prix très raisonnable ». Force est de constater que les Loubavitchs font en la matière, comme dans de nombreux autres domaines, un travail absolument exceptionnel.

Cependant l’annonce telle qu’elle est publiée pourrait induire en erreur sur le sens profond de cette mitsvah. « La meilleure protection au monde s’offre à vous ». Ainsi la mezouza serait, comme beaucoup le pense, un objet qui par sa simple présence protègerait les personnes et les biens qui se trouveraient sous sa protection. Au fond il suffirait d’apposer une mezouza pour que le mal s’écarte de nos demeures ou de nos possessions. Tout cela a un coté réconfortant si on considère l’inscription du « Chadaï » au verso qui est l’acronyme de « Shomer daletot Israël », « Gardien des portes d’Israël ». Mais la réalité est tout autre nous le savons. Sinon il conviendrait d’informer son assureur que nous disposons d’une protection extraordinaire afin de voir la police d’assurance habitation diminuer ou devenir même obsolète ! Les dégâts des eaux comme les incendies n’épargnent pas les endroits ornés d’une mezouza qui ne semblent pas non plus dissuader les cambrioleurs.

Plus sérieusement la mezouza répond à une injonction divine dont la portée bien que symbolique n’en est pas moins nécessaire. Elle représente un rappel entre l’intérieur et l’extérieur, entre la sphère privée et la sphère publique. Etre Juif exige de notre part une constance. Certains, je ne porte là aucun jugement c’est un simple constat, font de la maison un sanctuaire où la Loi est respectée avec rigueur considérant qu’à l’extérieur cet effort peut être relâché. C’est l’exemple même de la casherout qui sera scrupuleuse à la maison et avec laquelle on trouve parfois des petits arrangements à l’extérieur. La mezouza, précisément, nous rappelle qu’il n’y a pas plusieurs niveaux de compréhension ou d’application de la Halakhah selon que l’on soit chez soi ou à la synagogue par exemple, et à l’extérieur. Maïmonide mettait déjà en garde ses contemporains qui n’auraient vu dans la mezouza qu’une forme de talisman ou d’amulette, un grigri superstitieux en d’autres mots. Non elle ne protège pas si ce n’est contre nous-mêmes et c’est déjà beaucoup justifiant en soi la nécessité d’être vigilants quant à la bonne application de cette mitsvah.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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