« Eugénisme d’Etat ? »

Billet du 29 mai 2011
publié le dimanche 29 mai 2011
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Bonjour,

Le président des évêques de France, également cardinal archevêque de Paris, Monseigneur André Vingt-Trois est en colère, très en colère même jusqu’à avoir pour la première fois convoqué une conférence de presse la semaine passée. Sa colère n’a rien à voir avec les mœurs supposées de nos hommes politiques mais repose sur un projet de « révision de la loi bioéthique ». Ce projet adopté par le Sénat sera prochainement présenté devant l’Assemblée nationale qui devrait l’entériner. André Vingt-Trois s’émeut de deux points contenus dans cette loi. Le premier concerne la levée de l’interdiction habituelle de recherches sur des embryons humains et le deuxième, la systématisation du diagnostic prénatal qui vise à dépister le risque pour une femme enceinte de porter un enfant atteint d’une trisomie 21.

Sur ce dernier point, l’archevêque de Paris ne fait pas dans la nuance. Selon lui le diagnostic prénatal « conduirait inévitablement à un eugénisme d’Etat ». En d’autres termes, l’Etat français entendrait se débarrasser de tous les trisomiques à venir. A cela il convient de signaler au président des évêques de France que tel n’est pas l’objet de la modification de la loi bioéthique. Dans la réalité actuelle, toutes les femmes enceintes se voient proposer ce diagnostic prénatal dans les trois premiers mois de grossesse par une prise de sang. Elles sont libres de le refuser. Dans la nouvelle loi ce dépistage serait systématique. Les parents auraient alors le choix en conscience de poursuivre ou pas cette grossesse. C’est là ce que propose le législateur, rien de plus, rien de moins.

Doit-on dès lors, à l’instar d’André Vingt-Trois considérer que cette loi ferait « reculer notre civilisation en la poussant vers le choix des extrêmes » ? Je ne le pense pas. De nombreux couples, sachant que leur enfant à naître est trisomique, décident de le voir naître et de l’élever avec amour. Si au contraire des parents ont recourt à l’avortement pour épargner selon eux des souffrances à l’enfant à naître, je ne vois pas en quoi il s’agirait d’un recul de notre civilisation alors que ce choix, forcement difficile, s’appuie sur des avancées médicales. La religion doit certainement guider les consciences tout en leur permettant de s’exprimer librement. C’est là toute la différence entre une religion et une secte. Monseigneur Vingt- Trois, pas plus qu’un Rabbin ou un Imam, ne peut exprimer des propos aussi catégoriques. A cet égard ni le Judaïsme ni l’Islam ne se sont exprimés non pas qu’ils ne pensent rien de ce projet de loi mais parce que le respect de la laïcité impose que l’on se soumette aux lois de notre pays. Si un jour le législateur devait aller vers un « eugénisme d’Etat » en décidant l’avortement systématique dans le cas d’une trisomie, alors les voies religieuses devraient se faire entendre. Nous n’en sommes pas là et cette hypothèse apparaît tout simplement inenvisageable.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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