« DSK : un coupable idéal... »

Billet du 22 mai 2011
publié le dimanche 22 mai 2011
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Bonjour,

Lorsque nous nous sommes réveillés dimanche dernier en entendant la nouvelle de l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn par la police de New York, chacun avait conscience qu’un évènement majeur venait d’avoir lieu et occuperait l’opinion publique ainsi que les médias pendant quelques temps. En une semaine nous avons eu l’occasion de nous familiariser avec la justice américaine constatant que les séries télévisées ne nous apprenaient pas grand chose car il faut pour comprendre ou s’intéresser se sentir concerné et ému par des faits. L’émotion nous l’avons tous ressentie, on a même parlé de « sidération ». Il en va de même pour les évènements de la vie qui peuvent nous toucher dans l’absolu et qui nous bouleversent lorsqu’ils concernent notre famille ou nos proches.

Pour beaucoup de raisons différentes, la situation de Dominique Strauss-Kahn nous bouleverse. Il suffit d’avoir eu à connaître les effets ravageurs de la rumeur pour faire de la présomption d’innocence un principe premier. Il sera toujours temps d’y aller de son commentaire lorsque les faits seront établis et que la vérité judiciaire se fera entendre. Nous en sommes loin. En attendant DSK apparaît déjà comme un coupable idéal. Sa culpabilité viendrait expier ce que l’opinion condamne et exécre : l’avidité, le pouvoir, les mœurs dépravées et on ose à peine le dire du bout des lèvres : la judéité, en tout cas ce dernier point en fait un facteur aggravant. Voilà un homme puissant, riche et juif qui ne serait pas au-dessus des lois. Les antisémites de tous bords exultent, il suffit de voir les nombreux forums de discussion sur internet, alors que précisément ils devraient comprendre que le fait d’être juif ne confère pas une quelconque impunité dans un pays comme les Etats-Unis.

Il n’en demeure pas moins que le système accusatoire américain n’a pas encore donné la possibilité à Dominique Strauss-Kahn et ses avocats de se défendre sur les faits incriminés. Notre tradition nous dit à plusieurs reprises qu’un jugement ne peut être établi sur la base d’un témoignage seul. Un homme, serait-il pris en flagrant délit d’un crime, ne peut être reconnu comme criminel que lorsqu’il aura été jugé. La Loi juive, certes ce n’est pas celle- ci qui s’appliquera, considère que c’est sur la base concordante de deux témoignages ou par la sentence d’un Juge que la justice peut être rendue. C’est pour cette raison que le faux témoignage fait partie des Dix Paroles conscient qu’un tel agissement peut fausser la vérité et faire condamner ou dédouaner à tort un homme. Pour beaucoup la vox populi, c’est à dire celle des millions de « témoins » du petit écran s’est substituée à une procédure équitable, qu’elle aboutisse à une négociation ou à un procès. Ma voix de simple citoyen soucieux du temps judiciaire le dit : Dominique Strauss-Kahn est innocent...pour l’instant.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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