« Ebats sur un débat... »

Billet du 3 avril 2011
publié le dimanche 3 avril 2011
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Bonjour,

Ce mardi aura donc lieu une convention de l’UMP portant sur la laïcité encore mieux connue sous le nom de « débat sur la laïcité ». L’hôtel « Le Méridien » sera le lieu qui accueillera quelques religieux (peu nombreux), quelques ministres (peu nombreux) et des journalistes (très nombreux). Cette convention devrait durer deux heures afin de réfléchir à la question de la laïcité dans la République et à la place de l’Islam. Car ne nous y trompons pas, cette convention comme toute le débat sur la laïcité n’a qu’un seul but : parler de l’Islam en France.

Ce débat ne ferait pas polémique s’il était organisé à un autre moment que celui qui voit les formations politiques rédiger leur programme en vue des prochaines présidentielles et s’il n’était organisé par le Parti présidentiel. Les responsables religieux de France ne s’y sont pas trompés en signant mercredi dernier une tribune historique dénonçant la tenue même de cette convention. Cette sainte union entre six religions ou spiritualités témoigne de la gravité de cette question. Le Grand Rabbin de France en tête avait quelques jours avant cet appel dénoncé la stigmatisation de la communauté musulmane française. Et pourtant, Gilles Bernheim semble revenir sur les termes de cette tribune en déclarant deux jours après la publication, le 1er avril, qu’il se rendra à la convention de l’UMP pour signifier son désaccord. Certains diront que c’est courageux de se rendre dans une arène qui ne lui est pas favorable, d’autres considèreront qu’il s’agit d’un acte de renoncement, pour ne pas dire de trahison comme on a pu l’entendre, à l’endroit de ses cosignataires. Le Président du Consistoire lui- même devait expliquer à Jean-François Copé dans une émission de télévision mercredi soir pourquoi la communauté juive n’enverrait pas de représentants.

Il est difficile de comprendre les motivations de Gilles Bernheim et peut-être ne les comprendrons-nous qu’à l’issue de cette convention. On peut penser que la politique de la chaise vide n’est pas une bonne option. Pourtant elle est parfois nécessaire pour faire valoir un désaccord profond et pour ne pas accorder de la légitimité à un débat que l’on dénonce. Il y a un risque réel à se rendre à ce débat : celui de brouiller le message clairement énoncé dans une tribune commune et celui, en se désolidarisant des autres cultes, de rompre une alliance unique qui ne valait dès lors que toutes les religions étaient en plein accord. Ce dernier point doit nous soucier davantage car la parole donnée par le Grand Rabbin de France engage de facto la communauté juive dans son ensemble. Nous étions nombreux à ressentir une grande fierté dans la prise de position courageuse de Gilles Bernheim et nous devons être quelques uns aujourd’hui à ne pas comprendre ce revirement car cela en est un. La situation est singulière si l’on considère que le Crif est absent de ce débat sur le débat, que le Consistoire par la voix de Joël Mergui y est défavorable et que le Grand Rabbin de France in fine n’y est pas si opposé que cela. Décidemment il faut du temps pour sortir de la confusion de la fête de Pourim !

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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