« La laïcité comme religion d’Etat... »

publié le dimanche 27 mars 2011
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Bonjour,

Mais quelle mouche a donc piqué le nouveau ministre de l’Intérieur et des Cultes ? Le plus proche conseiller de Nicolas Sarkozy, récemment promu place Beauvau, est pourtant connu pour être un homme tout en rondeur et plutôt lisse. Son passage de l’ombre à la lumière des médias révèle une pensée qui ferait passer son mentor pour un modéré centriste. Claude Guéant n’en fini plus de concentrer sur lui les critiques de ses opposants, c’est de bonne guerre, mais également celles de sa propre famille politique jusqu’à lui valoir les sarcasmes de Marine Le Pen qui lui propose de devenir « adhérent d’honneur » du Front National après qu’il eut déclaré que « les français ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux ».

Mais le locataire de la place Beauvau s’est illustré la semaine passée par des paroles qui relancent le débat sur la laïcité : "Les agents des services publics évidemment ne doivent pas porter de signes religieux, manifester une quelconque préférence religieuse, mais les usagers du service public ne doivent pas non plus". Voilà une phrase à double détente. Aucun signe religieux ou d’appartenance religieuse ne devrait être visible ou énoncé par des agents du service public mais plus encore, les usagers eux-mêmes, c’est à dire vous et moi, devraient abandonner les marques de leur appartenance religieuse en entrant dans le métro ou dans un bus de la RATP, en étant hospitalisé dans un hôpital public, à l’école ou dans les universités, au guichet de la Poste et bien entendu dans l’un des palais de la République. Demandera t-on demain au Grand Rabbin de France lorsqu’il répondra à l’invitation d’un Ministre ou du Président de la République de laisser sa kippa au seuil de la porte, enjoindra t-on l’Archevêque de Paris de se présenter en vêtements civils ? Ce qui pose problème dans cette déclaration c’est que l’on a bien conscience que cette petite phrase était destinée à une population en particulier, à une communauté : les musulmans. En pensant à l’hôpital, Claude Guéant voulait s’élever contre ces très rares femmes musulmanes dont les maris refusent qu’elles soient auscultées ou accouchées par des praticiens hommes. En pensant à l’école, là encore c’était le foulard, dont on a tant parlé et qui ne semble plus poser problème aujourd’hui, qui est l’objet de cette préoccupation. Les propos du Ministre étaient éminemment politiques dans un climat où le Front National grignote de façon certaine les voix des électeurs traditionnels de l’UMP.

On parle souvent du « fait religieux » alors qu’il faudrait distinguer les religions et les courants qui les traversent. La laïcité n’est pas une réponse critique aux religions et encore moins son contradicteur mais un espace qui permet à toutes les religions de s’exprimer dans un cadre conforme aux valeurs de la République. Cet espace est idéologique mais il est également très concret. Dans les hôpitaux par exemple des aumôniers des différents cultes sont présents pour pouvoir accompagner les malades durant leur séjour mais également pour éclairer les soignants sur les spécificités des cultes, cela vaut dans une moindre mesure pour l’armée. Si l’on devait formaliser les propos de Claude Guéant, ces aumôneries devraient, en toute logique, disparaître en stipulant qu’un malade doit renoncer le temps de son hospitalisation ou d’une consultation à sa religion. Les Rabbins, ce serait vrai également pour les Prêtres ou les Imams, seraient persona non grata dans tous les lieux publics et reclus dans leurs lieux de culte. Ceci n’est pas une lecture partisane de la déclaration du Ministre, c’est un simple constat qui ne peut satisfaire aucun d’entre-nous.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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