« A lire d’urgence...ou presque »

Billet du 27 février 2011
publié le samedi 26 février 2011
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Bonjour,

Certaines expressions nous sont familières et ponctuent la démonstration que nous entendons faire de notre rapport au temps : « Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation », « ne pas remettre au lendemain ce que l’on peut faire le jour même ». On pourrait encore se tourner vers les psaumes bibliques et la demande du Roi David pour connaître la mesure du temps. Nos actions dépendent de la façon dont nous les plaçons dans le temps. L’une des forces du judaïsme est d’avoir institué une mesure du temps qui était novatrice, calquée sur le récit de la création, la semaine de sept jours comprenant six jours d’activité et une journée de cessation complète de travail ou de productivité. Cependant nous sommes constamment à quelques jours du prochain Shabbath et l’urgence d’accomplir notre tache s’impose avant que nous ne le puissions plus.

Gilles Finchelstein vient de produire un ouvrage, forcement brillant lorsque l’on connaît l’auteur, intitulé « la dictature de l’urgence »1. Le proche conseiller de Dominique Strauss-Kahn y fait l’é loge, si ce n’est de la lenteur, de la nécessité de décélérer. Au fond il conviendrait de constamment précéder l’action par la réflexion. On serait presque tenté de répondre à Gilles Finchelstein que dans la Torah c’est le contraire qui prévaut considérant qu’à trop réfléchir on risque de ne jamais agir. Mais là n’est pas le propos. Les toutes dernières décennies ont imprimé avec les nombreuses mutations technologiques, géopolitiques, économiques cette « dictature de l’urgence » dont l’actualité nous prouve que seule une révolution nous permettrait de nous en défaire. Tout va trop vite. La mesure du temps n’est plus une question de jours, d’heures ou de secondes mais d’un instant qui nous échappe entièrement. En une fraction de seconde des traders à New York, Tokyo ou Londres peuvent faire basculer les grands équilibres économiques. Aux évènements qui agitent la Tunisie, l’Egypte ou la Libye, des politiques se sentent obligés de répondre dans l’instant par des propos qui ne sont pas adaptés à la situation. Tout doit aller vite : notre manière de consommer, de nous nourrir, de communiquer. Le téléphone portable et internet nous obligent à une « joignabilité » permanente et immédiate. Il faut manger sur le pouce pour être plus productif.

Faut-il entendre les thèses développées par Gilles Finchelstein en considérant ses fonctions politiques, il est le Directeur général de la très influente boite à idées du Parti Socialiste la Fondation Jean Jaurès ? Est-ce le communiquant, Directeur des études du groupe Euro RSCG, qui s’exprime ? A moins que ce ne soit l’homme d’expérience qui incarne cette mosaïque de fonctions et qui peut à présent prendre suffisamment de recul, et de temps, pour réfléchir à cette pression. Il n’en demeure pas moins que cet ouvrage est essentiel et que cette réflexion devrait influer sur le débat politique à un peu plus d’un an d’une échéance électorale majeure. La patience et le calme inspirent davantage confiance que le contraire ! Occuper une haute fonction ce n’est pas simplement prendre une posture, c’est être en mesure surtout de l’incarner. Celui ou celle qui saura avoir cette maitrise de soi et du temps partira avec un avantage certain.

« La dictature de l’urgence » de Gilles Finchelstein, Fayard.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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