« Forcement solidaires du peuple égyptien... »

publié le samedi 5 février 2011
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Bonjour,

Faut-il simplement observer la révolution qui est en marche en Tunisie, en Egypte et demain peut-être dans d’autres pays comme le Yémen ? Les évènements actuels sont sans précédents et chacun a conscience que l’histoire est en marche. Oui nous ne pouvons que l’observer et espérer que la démocratie s’implante dans ces pays. Tout au plus pouvons-nous témoigner de notre solidarité vis-à-vis de ces peuples qui aspirent à la liberté et à la prise en main de leur destin collectif. Nous sommes forcement solidaires du peuple égyptien.

Lorsque l’on est juif, notre liturgie nous le rappelle quotidiennement, l’Egypte tyrannique signifie quelque chose, tout autant que de s’être libérés de cette oppression. En hébreu, le mot « mitsrayim », Egypte, provient d’une racine qui signifie l’étroitesse. Ainsi était l’Egypte de nos ancêtres réduits à l’esclavage pour construire des édifices incertains sur des sols mouvants. La seule raison d’être de ces travaux forcés était d’annihiler un peuple. L’étroitesse résidait dans l’inutilité d’une tache en étant dissocié d’un destin collectif. Il y avait alors deux catégories de personnes, ceux qui participaient à un effort collectif, et les hébreux dont le labeur était vain et les empêchait même de se révolter.

Le peuple égyptien aujourd’hui se révolte sur une base semblable en bien des points. Le plus flagrant étant le fait de travailler sans en récolter les fruits ou pire encore d’être en marge de la société, sans emploi, avec un cout de la vie exorbitant. Les tyrans devraient le savoir, on ne doit pas laisser le peuple mourir de faim. Toutes les révolutions, dans toutes les époques et tous les pays, connaissent toujours les mêmes causes : la fracture entre le peuple et ses élites. Le point d’orgue intervient généralement lorsque le peuple se sent à ce point délaissé qu’il ne peut plus vivre même à minima. La compassion, à défaut de l’action, est la clef de voute d’un dirigeant digne de ce nom. Il vient dire au fond que s’il ne peut s’attaquer comme il le souhaiterait aux injustices, il les entend en tachant de ne pas en rajouter une à une autre. Moubarak comme ben Ali vivaient dans une tour d’ivoire, entourés de courtisans. L’exercice du pouvoir peut se révéler cruel lorsque le seul objectif est de s’y maintenir. Cela vaut pour tous les dirigeants qu’ils soient présidents d’un pays ou d’une institution.

On se souvient dans la Torah de la révolte de Korah contre Moïse. Celui-ci entendait flatter le peuple en affirmant que chacun était saint. L’intention de Korah était de s’approprier le pouvoir et non de le distribuer. Les hébreux alors, bien que nomades dans le désert, ne manquaient de rien par cette manne qu’ils recevaient. Korah et ses hommes connurent une funeste fin et Moïse continua non de régner mais de diriger. Présider ou diriger c’est s’appuyer sur les personnes dont on a la responsabilité et la délégation pour les aider et avoir une vision d’avenir. Les problèmes commencent lorsque l’on a plus le souci de ceux que l’on dirige mais uniquement de ceux qui maintiennent en fonction.

Je vous retrouverai dans deux semaines, d’ici-là Shavouah tov, bonne semaine à tous.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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