« Mourir dans la dignité... »

BILLET DU 23 JANVIER 2011
publié le samedi 22 janvier 2011
Partagez cet article :


publicité

Bonjour,

Dans cette actualité dense et difficile, le saviez-vous, le Sénat s’apprête à voter mardi une loi portant sur l’assistance médicalisée à mourir. En d’autres termes une légitimation de l’euthanasie ou d’un geste létal de la part d’un médecin dont la vocation est de soigner. L’Ordre des Médecins s’oppose à ce projet de loi qui montre déjà ses limites et possibles dérives : "instituer ce droit c’est exposer les personnes les plus vulnérables, malades ou handicapées, à des dérives incontrôlables au moment où la société s’interroge sur le financement de la dépendance". Si cette mesure devrait s’appliquer uniquement aux malades incurables, on perçoit déjà la « facilité » que représenterait l’euthanasie face à une prise en charge compliquée et excessivement couteuse. Oui sous cet angle tout cela est bien cynique mais telle est la vérité. Pourtant la loi actuelle est tout à fait adaptée à ces situations terminales : "la possibilité de terminer leur existence sans souffrance, en bénéficiant des moyens nécessaires au soulagement des douleurs et à l’apaisement des angoisses terminales".

Au fond il existe trois solutions dans la prise en charge des malades en phase terminale : l’acharnement thérapeutique, c’est à dire administrer des soins qui ont pour vocation de maintenir en « vie » même artificiellement le plus longtemps possible le patient, l’euthanasie ou l’assistance médicalisée à mourir, et enfin les soins palliatifs qui n’ont comme seul objet de prendre en charge la douleur pour l’apaiser quitte à renoncer à tous soins curatifs afin d’accompagner dignement le malade et sa famille.

De ces trois options, puisqu’il faut bien en choisir une, les soins palliatifs représentent la solution la plus humaine et la plus proche de ce que le Judaïsme peut préconiser. Doit-on rappeler que la souffrance n’a aucune vertu ? Maintenir à tous prix un être humain en vie serait se substituer à la volonté divine tout autant que de mettre un terme à sa vie. Dieu est Celui qui donne et Celui qui reprend. A Lui seul appartient ce moment ultime. L’exercice du rabbinat en milieu hospitalier m’a conduit à rencontrer tant de souffrances que ce nouveau projet de loi m’apparaît inacceptable. Combien de fois ai-je vu des personnes qui voulaient en finir avec la vie en l’absence de soins palliatifs rongés par la souffrance et la déchéance ! Cette loi leur permettrait en un instant de répondre à leur angoisse sans pour autant proposer une alternative qui serait un supplément de vie dans un relatif apaisement. Ceux qui ont eu à accompagner un proche dans la souffrance jusqu’à la mort comprendront ce que nous voulons dire ici, les autres l’imagineront à peine.

Rien n’est plus insupportable que de voir un homme souffrir. Rien ne le serait plus encore que de le voir mourir par la volonté d’autres hommes. Il est vrai que le développement des soins palliatifs à un coût mais n’a pas de prix. Aujourd’hui cette alternative est réservée à quelques rares personnes qui, par l’acharnement de leur famille ou de leur médecin, parviennent à accéder à cette prise en charge. La population augmente au même rythme que l’espérance de vie. Le législateur serait donc bien inspiré d’imaginer l’avenir plutôt que de penser à apporter des réponses dans l’urgence à une situation actuelle.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




blog comments powered by Disqus



Articles incontournables