« Droit au cœur... »

BILLET DU 9 JANVIER 2011
publié le samedi 8 janvier 2011
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Bonjour,

Le 28 décembre dernier, au terme d’une semaine de coma, le joueur de football israélien Avi Cohen décédait des suites d’un accident de la circulation. Agé de 54 ans, cet ancien capitaine de l’équipe nationale israélienne et international dans des clubs anglais avait de son vivant rempli une carte de donneur afin que puissent être prélevés ses organes le jour venu. Il faisait partie de ce faible pourcentage de la population israélienne, environ 10%, qui accepte le prélèvement et le don d’organes.

Ce terrible accident de moto l’avait plongé dans une mort cérébrale, c’est à dire irréversible. Il n’était maintenu en vie qu’artificiellement. La réalité est difficile mais elle est ainsi, c’est dans cette situation clinique que le prélèvement d’organes est optimal. Rien n’aurait dû donc s’opposer à ce que cela soit fait selon la volonté éclairée d’Avi Cohen. Mais sa famille, sous l’influence de certains Rabbins, a décidé de s’opposer à cette volonté. L’opinion publique s’est émue de cette situation laissant place à un débat passionné.

Dans la réalité de la Loi Juive, ces Rabbins avaient raison si l’on se réfère aux très nombreuses décisions qui décrètent qu’un homme est considéré comme mort lorsque l’on constate l’arrêt des fonctions cérébrales, cardiaques et respiratoires. Originellement seul l’arrêt respiratoire venait signer la mort d’un homme puisqu’il est animé de souffle divin. Et puis, les avancées de la médecine aidant, l’arrêt du cœur est venu s’ajouter au constat d’un décès jusqu’à plus récemment, la cessation de l’activité cérébrale. On pourrait donc imaginer que ces Rabbins sont d’une rare modernité s’éloignant des textes traditionnels pour coller aux progrès de la médecine. Sauf qu’en Israël, comme dans de nombreux pays, des comités d’éthique ont statué dans un autre sens. Le premier constat, avec l’accord des autorités rabbiniques, est qu’un prélèvement d’organes est impossible après l’arrêt du cœur. Le corolaire étant que le prélèvement et donc le don et donc encore la transplantation sont autorisés. Cela vaut pour les organes vitaux que sont le cœur, le foie et les poumons. Ce principe peut s’étendre du vivant de la personne à un don de rein, de cellules souches ou de moelle osseuse. Il existe en Israël une procédure qui stipule que « seuls des médecins spécialement formés peuvent déclarer que l’activité cérébrale a cessé et ils doivent suivre des cours spéciaux auprès de dix experts, dont trois Rabbins » rapporte Daniel Sperling, universitaire expert en éthique médicale. Toutes ces conditions étaient réunies dans le cas d’Avi Cohen avec le soutien du Grand Rabbin sépharade Shlomo Amar. Pourtant le refus de quelques Rabbins ultra-orthodoxes aura privé Avi Cohen d’agir selon sa volonté en rajoutant encore un mort à la centaine d’israéliens qui meurent chaque année faute de n’avoir trouvé sur leur chemin un donneur compatible.

Un éditorial du Jerusalem Post relayait l’émotion nationale : « protéger la vie d’un juif qui a subi des dommages cérébraux irréversibles est devenu plus important pour ces personnalités irresponsables que sauver des vies d’êtres humains, juifs ou non-juifs ». Puisqu’il convient de respecter la dignité d’un mort, on serait en droit de réfléchir à la dignité d’un vivant sans qu’on les oppose l’un à l’autre.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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