« Droit de grève... »

BILLET DU 24 OCTOBRE 2010
publié le dimanche 24 octobre 2010
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Bonjour,

La France connaît des mouvements sociaux importants depuis la rentrée. Plus que des manifestations populaires dans les rues des grandes villes, il aura fallu toucher les français dans leur mobilité et cet objet, la voiture, qui représente bien plus qu’un moyen de locomotion pour que l’émotion, la solidarité ou l’indignation gagnent la population. Comme d’habitude s’opposent ceux qui se sentent « pris en otages » et ceux qui revendiquent le « droit de grève ». Il n’en demeure pas moins que le principe constitutionnel de la grève est inaliénable et que l’on peut aisément concevoir que celui-ci engendre des désagréments. Il n’en est pas moins vrai non plus que la liberté d’aller et de venir est elle aussi un droit inaliénable. Quand des droits inaliénables s’opposent les esprits s’échauffent.

J’ai cherché à savoir si notre vieille tradition pouvait éclairer la situation actuelle. Et de façon surprenante le Talmud prévoyait déjà la possibilité pour une corporation professionnelle de s’unir en un syndicat pour faire valoir ses droits auprès des employeurs. Certes, pour être plus précis, il faut se référer au traité Baba Batra pour voir des abatteurs rituels se réunir et envisager de nombreuses hypothèses qui pourraient les voir entrer en conflit avec des patrons. Il résultait des discussions de ce « syndicat des bouchers » que si l’autorité civile en place était respectable et reconnue alors il fallait se conformer à ses décisions. Si tel n’était pas le ca, seul un « din Torah », c’est à dire un jugement émis par une autorité rabbinique pouvait résoudre le différend.

Le Judaïsme s’est toujours inscrit, si l’on devait employer la terminologie moderne, dans une optique davantage sociale que libérale. Plus que le profit, c’est le respect du travailleur, le « journalier », qui doit être considéré. Ceci est probablement dû au fait que la Torah avait déjà conscience que dans tous les cas l’employé est toujours en situation de fragilité ou d’infériorité face à l’employeur. Les lois devraient donc garantir les droits des plus faibles. J’entends déjà certains revendiquer le droit de tous et pas seulement celui des plus faibles. Mais c’est précisément en ayant le souci de tous, et en particulier de ceux que l’on pourrait négliger, que la loi s’applique à tous.

Avec sagesse et raison on serait en droit d’imaginer, dans la situation actuelle en France, que ceux qui revendiquent doivent pouvoir être entendus. La limite réside dans cette tension entre compréhension des revendications et incompréhension face aux moyens déployés pour les faire entendre. Le gouvernement dit entendre les manifestants quand ces derniers jugent le pouvoir autiste. Au fond il faudrait presque un « din Torah » pour départager les uns et les autres. C’est pourquoi on se montre si attentif aux paroles de ceux que l’on appelle « les intellectuels » ou les « sages » qui sont au-dessus de la mêlée et peuvent apporter des paroles de nature à donner une dimension plus apaisée dans une situation conflictuelle.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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