Il était une Foi

publié le dimanche 17 octobre 2010
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La figure d’Abraham est associée à la vertu du ‘hessed. Bienveillance et altruisme caractérisent, en effet, le parcours de vie de ce patriarche.

Mais en même temps, Abraham est reconnu par la tradition comme « le premier des croyants ». Sa foi inébranlable dans le « Dieu suprême » qu’il découvrit et auquel il s’attacha sa vie durant, suscita beaucoup de remous et d’incompréhension de la part de ses concitoyens idolâtres. Mais il arriva à surmonter toutes ses difficultés, « les dix épreuves », y compris celle que Dieu lui-même lui opposa pour le tester : « la ligature d’Isaac ».

Comment Abraham est-il arrivé à ce degré de perfection morale et spirituelle ? Existe -t-il un lien de causalité entre sa foi et le ‘hessed qu’il incarnait ? La Tora n’en dit pas un mot ; elle se borne au récit des événements marquants de sa vie. D’ailleurs, la première fois qu’Abraham est mis au devant de la scène biblique, il est déjà âgé de 75 ans. C’est à ce moment qu’il est le destinataire de la première parole divine de Lekh lekha. Nous savons, en revanche, que les dix générations qui le séparent de No’ah n’ont pas été dignes d’intérêt pour que le récit biblique s’y arrête. Téra’h lui-même, le père d’Abraham, aurait été à la tête d’une congrégation idolâtre.

Comment donc Abraham est-il devenu ce grand croyant solitaire dans une société absolument acquise au culte et à l’idée de l’idolâtrie ?

Probablement par une démarche intellectuelle. Toutes les pistes ont pu être envisagées : il n’existe pas d’œuvre sans auteur ; l’origine de la vie ne peut trouver son secret dans la matière ; les événements qui dérogent aux lois de la nature (les miracles) témoignent de la providence ; la singularité de l’essence humaine ; le mystère de la parole et de la pensée humaines, etc.

Même si elle est opérante pour certains grands esprits, nous connaissons les limites de cette démarche. D’ailleurs, la majorité de la population qui se dit croyante ou non croyante est-elle parvenue à cette conviction après un processus intellectuel ? Rarement ç’en est le cas.

En général, les gens qui se disent athées ou croyants se recrutent plutôt dans des familles qui leur ont inculqué et transmis ces croyances de manière verbale ou par des rituels. Bien que convaincus, interrogés sur leurs croyances, ces gens sont rarement capables d’argumenter avec pertinence pour justifier leur choix. Ils cherchent leurs arguments a posteriori. L’environnement culturel et l’éducation reçue déterminent souvent à eux seuls le choix de la foi ou de l’athéisme.

Une autre voie est aussi possible pour retrouver ou perdre la foi. C’est celle de l’expérience et son cortège d’émotions. Après un pèlerinage, après un événement heureux ou malheureux, parfois même après un rêve, un individu peut se sentir transformé, habité par un sentiment qui lui commande de renouer avec la foi de ses pères qu’il avait délaissée ou ignorée jusque-là. Un signe du Ciel ! Un miracle qui ne dit pas son nom. Mais, dans ce cas, peut-on s’y fier et en rester là sa vie durant ? Un signe du Ciel peut-il se substituer au travail de toute une vie de quête de Dieu comme Abraham a dû le faire ? Certainement pas.

Ni l’éducation reçue au sein d’une famille religieuse, ni un signe providentiel, ni même une étude assidue mais naïve de la Tora ne mènent naturellement l’homme à une adhésion sincère et éclairée au Dieu d’Israël.

Notre patriarche Abraham nous apprend que la Emouna ne s’acquiert qu’au prix d’une démarche existentielle longue et patiente. D’une quête intellectuelle permanente, certes, mais aussi d’une expérience de vie dans laquelle la question de l’être se trouve au centre de l’existence (de l’être à l’Être ; de soi à l’Autre ; du père au Père).

Un préalable reste néanmoins indispensable pour accéder au Dieu d’Israël. La connaissance de ce « Dieu suprême » n’est possible, en effet, que si l’homme est prêt à se hisser à son niveau, c‘est à dire à contrôler son ego pour Lui laisser place dans sa vie. « A l’image de Dieu » qui S’est Lui-même restreint (tsimsoum en hébreu) pour laisser de la place à l’homme, à son existence et à sa liberté.

En accordant une place centrale à autrui par son ‘hessed et en déclarant à Dieu avec une humilité sincère : « Je ne suis que poussière et cendre », Abraham a tracé pour toute l’humanité la voie d’accès de la Foi.



Docteur Elie Botbol
Strasbourg




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