« Wie Gott in Frankreich leben... »

BILLET DU 3 OCTOBRE 2010
publié le dimanche 3 octobre 2010
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Bonjour,

La date du 3 octobre, de sinistre mémoire, nous rappelle l’attentat de la synagogue de la rue Copernic et cette volonté de tuer des Juifs parce que Juifs. Depuis la Shoah, les Juifs pouvaient estimer vivre relativement paisiblement en France si l’on ne considérait la question d’Israël et les diverses crises diplomatiques, notamment celle de la guerre des six jours qui avait fait déraper le Général de Gaulle qui voyait en Israël et plus généralement dans le peuple Juif : « un peuple sûr de lui et dominateur ». Et puis il y a eu la fusillade de la rue des Rosiers jusqu’au meurtre d’Ilan Halimi en passant par une courbe exponentielle des actes antisémites. Et depuis 30 ans, la communauté juive doit composer avec un antisémitisme qui fluctue avec l’actualité israélo-palestinienne.

Et pourtant, la communauté juive française est la plus importante de la diaspora européenne et la seconde mondiale. Elle se développe à travers ses synagogues, centres communautaires et autre commerces. Elle représente un soutien essentiel envers l’Etat d’Israël le disputant à la communauté juive américaine. Ses instances représentatives sont fortes et en place, on les écoute et on les consulte. Aurait-on pu imaginer dans le passé qu’un président de l’Autorité palestienne demande à rencontrer le président du Crif ? Cette rencontre était courageuse et utile. Richard Prasquier a démontré que si la communauté juive française se veut être un soutien indéfectible à l’Etat d’Israël, elle entend aussi être dans une dynamique d’une résolution pacifique de ce conflit. Notre Communauté est belle, dans ses divisions aussi.

Un vieux proverbe Yiddish, faisant suite à l’émancipation des Juifs de France en 1791 disait ceci : « Wie Gott in Frankreich leben », « Heureux comme D.ieu en France ». Ce pays qui avait été capable de reconnaître ses Juifs et de leur accorder la citoyenneté ne pouvait être, au lendemain de la Révolution, qu’un havre de paix. Cette expression fait aujourd’hui partie de la culture allemande pour définir la plénitude. Entre-temps il y a eu l’affaire Dreyfus et la loi du 3 octobre 1940 portant statut des Juifs dans les ténèbres de la Shoah.

Si le trentième anniversaire de l’attentat de la synagogue de la rue Copernic continue de susciter autant d’émotion c’est que chacun a conscience que le climat actuel ne nous permet pas d’affirmer que cela ne se reproduira plus. Lorsque l’on parle de menace terroriste, nul n’est besoin de jouer les Cassandre pour comprendre que nos institutions sont exposées. Marquer un tel anniversaire revient à nous renforcer dans notre vigilance et à se poser avec Richard Prasquier cette question qui conclut sa tribune dans Le Figaro : « Avons-nous tiré les leçons de Copernic ? » Une autre question pourrait s’ajouter à celle-ci : D.ieu est-Il toujours aussi heureux en France ?

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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