« Un climat malsain... »

BILLET DU 29 AOUT 2010
publié le dimanche 29 août 2010
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Bonjour,

« Je trouve qu’il s’est développé dans notre société un climat malsain ». C’est par ces mots que l’Archevêque de Paris, André Vingt-Trois a voulu décrire la situation actuelle autour de l’affaire de l’expulsion des Roms. Ces paroles font écho à l’exhortation faite par le Pape dimanche dernier de respecter et d’accueillir l’étranger. Pour que cette pensée soit plus claire encore, Vendredi devant 4000 personnes rassemblées en la basilique de Lourdes, durant son homélie, l’Archevêque de Toulouse, Monseigneur Robert Le Gall a lu la lettre rédigée en août 1942 par son prédécesseur, Monseigneur Jules-Géraud Saliège. Cette lettre est puissante et émouvante car elle en appelait à la conscience humaine durant les heures les plus sombres de la Shoah à venir en aide aux Juifs. Ainsi les plus hauts dignitaires de l’Eglise se saisissent de ce qui ne pourrait être considéré comme une question de politique intérieure de la France. La séparation entre l’Eglise et l’Etat a rarement été aussi malmenée que ces derniers jours. Interrogé sur ce même sujet, le Grand Rabbin de France Gilles Bernheim a pour sa part voulu se situer quelque part entre « mesure et fermeté » en souhaitant que ne soit pas stigmatisée une communauté, en l’occurrence les Roms, dans son ensemble.

Les représentants des religions monothéistes seront prochainement reçus par le ministre de l’Intérieur, qui est aussi celui des Cultes, pour un échange et une consultation. Autant dire que là où la volonté politique sécuritaire est érigée en religion d’Etat, les religieux, eux, entendent bien faire porter leur voix. Mais pourquoi donc cette levée de boucliers ? Car il est ici question d’un principe premier des religions qui est celui de l’étranger, de l’autre, de celui qui est notre semblable et qui dans le même temps nous est lointain. La fête de Pessah nous rappelle avec insistance que nous avons été un peuple d’étrangers sur une terre étrangère. Le « souci des autres » pour reprendre les mots d’un ouvrage de Gilles Bernheim est notre souci propre. Le sort réservé aux Roms, sans tomber dans l’intolérable amalgame fait avec celui des Juifs durant la Shoah, doit nous préoccuper au plus haut point. Qu’un Etat comme la France décide de qui peut vivre sur son sol et qui ne le peut pas est un droit souverain. Ce qui déclenche ici des hostilités c’est le fait de considérer une communauté dans son ensemble qui n’aurait pas vocation à vivre sur le territoire français. Les Roms dans leur ensemble serait t- ils tous des vagabonds, des voleurs, des délinquants, des personnes qui envoient leurs enfants mendier ou chaparder dans la rue ? Bien entendu que non. Une justice équitable est celle qui considère l’individualité du justiciable, sa singularité. Le fait de stigmatiser une ethnie, mais cela vaut aussi pour une corporation ou un groupe, est simplement inacceptable. On ne peut douter que l’indignation de l’ONU ait été mesurée. Lorsque un pays comme la France voit, bien au-delà des clivages partisans, autant de personne s’élever contre une décision, cela mérite qu’on la suspende sous forme d’un moratoire, jusqu’à ce qu’une réflexion politique soit plus affinée.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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