Témoignage : Un mois au coeur du Magen David Adom

publié le mercredi 4 août 2010
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Nom : Boutboul
Prenom : Alexandre
Age : 27 ans
Session : May 2010 (MDA93)

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Magen David Adom... MDA... Trois lettres, un logo caractéristique...des ambulances qui roulent a vive allure... une symphonie de sirènes qui empêche de dormir sur la plage l’été...l’ami d’un ami du cousin d’un ami qui y avait travaillé et qui avait vu des choses « horribles »...voila un peu à quoi ressemblait ma vision de cet organisme. Après avoir passé une année 2009 assez difficile tant sur le plan professionnel que personnel, j’avais décidé de poser ma démission et de commencer les démarches pour passer 6 mois en Israël. Mais plus que simplement passer du temps en Israël, je voulais apporter quelque chose.

Apres avoir visité un bon nombre de sites Internet, j’ai finalement découvert le « Yochai Porat MDA Overseas Volunteer Program ». Le principe est simple : donner l’opportunité à des juifs du monde entier de passer au moins un mois aux cotés des urgentistes du MDA et de les assister dans leur travail quotidien (transport de patients, soins dans l’ambulance...).

L’idée m’a tout de suite plu !

Quelques mois et un entretien de sélection plus tard (entretien qui a pour unique but de vérifier que le candidat sait parler hébreu et qu’il sait ce qu’il l’attend), me voici a Jérusalem dans une auberge de jeunesse pour suivre 10 jours de formation intensive sur les gestes de premier secours.

Une cinquantaine de jeune sont au rendez-vous. La plupart ont une vingtaine d’années ... Une fois les présentations faites nous commençons la formation sur les chapeaux de roue avec le sacro-saint massage cardiaque ! Tout y passe : causes, facteurs, risques, symptômes, traitement et naturellement une partie pratique sur mannequins Le premier jour se finit par quelques conseils. Commencent alors une semaine et demie chargées avec un rythme d’enfer début des cours 8h, première pause pour le repas de midi (1h), reprise des courts de 13h à18h pour le repas du soir, reprise des cours de 19h à 20h30 et souvent plus (record 22h30). Tous les soirs, nous restons réviser les cours jusqu’à 1h30 du matin. J’avoue que les levers sont difficiles mais les cours sont passionnants et les professeurs intéressants. La plupart d’entre eux sont des jeunes de 23 ans qui ont plus de 5 ans de médecine d urgence à leur actif ! Tous nos cours sont agrémentés d images et de vidéos illustrant les maladies rencontrées.

Une fois les examens validés, nous recevons les chemisettes marquées du logo MDA et rentrons dans nos stations respectives (TLV, Ashdod, Ramat Gan, Jerusalem, Haifa...). Il s’enchaine alors un mois de gardes à raison de 5 gardes par semaine. Nous avons le choix entre les créneaux de nuit (23h-7h) ou les créneaux du matin (7h-15h). Au cours de mon mois passé, j’ai pu rencontrer plus de 75 cas. Certains étaient graves (syncopes, overdose, tentative de suicide, hémorragie crânienne...), d’autres récurrents (accidents de voiture, bagarres) mais toujours très émouvants. J’encourage toutes personnes motivées et matures à se lancer dans cette expérience unique. Il est important, néanmoins de s’y préparer psychologiquement. Faire face à la détresse, la douleur et parfois la mort n’est pas chose facile ! Même si il est impossible de savoir comment l’on réagira face à ce type de situations, il faut tout de même y penser et se préparer au mieux pour pleinement profiter de cette fabuleuse école de vie.

Une nuit de garde à Tel aviv

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Comme d’habitude, j’arrive vers 22h30 pour prendre ma garde de 23h. Je rencontre le « Medic » avec qui je vais être dans l ambulance. Premier constat, nous ne serons que tous les 2 ! D’habitude, nous sommes au moins 3 : lui et moi et un autre volontaire ou un senior medic.

22h40, je monte dans l ambulance pour faire remplir la « Check List » habituelle : vérification de la quantité d’oxygène, nombre de bandages, masques, planche....bref vérifier que rien ne manque avant de démarrer la garde. Malheureusement, à 22h45 sonne notre premier appel. Nous n’avons même pas le temps de finir de tout vérifier que le medic (Amit, jeune de 25 ans) démarre pour un cas de « douleur à la poitrine ». Nous arrivons sur place. Nous vérifions son activité cardiaque et Amit décide de faire appel à l’ambulance de soins intensifs qui possède un appareil qui nous permettra de suivre précisément les pouls, battements... L’ambulance vient prendre le relai et après quelques échanges, nous repartons. Je continue à remplir la « Check List » derrière tant bien que mal. Deux minutes plus tard, second appel pour un accident de scooter. Sirène, pied au plancher et nous voila 8 minutes plus tard sur une grande artère de Tel-Aviv. Nous y trouvons une jeune femme assise par terre en train de pleurer, le tibia salement amoché et son scooter pas loin. La jeune femme a glissé et s’est apparemment fracturée le tibia. La douleur a l’air vraiment intense car elle pleure sans interruption. Je m’occupe d’elle à l’arrière de l ambulance pendant qu’Amit nous conduit a l hôpital pour la transférer en traumato. Une fois les dossiers remplis, nous repartons sur la route.

4 minutes plus tard, appel pour ....femme enceinte ayant des contractions ! Nous fonçons chez elle ou elle nous attend les traits marqués par la douleur. Nous l’embarquons le plus vite possible et je supplie Amit de faire vite car je ne veux pas me retrouver face à un ...bébé ! Je la vois en larmes tellement la douleur se fait forte. Son mari à ses cotes ne bronche pas. Par miracle, nous arrivons à l’hôpital avant que cette dame n’accouche. Amit s’occupe d’elle et nous repartons l’esprit léger. 5 minutes plus tard, appel en urgence « douleur et perte de conscience ».

Nous arrivons dans une rue ou un homme nous attend. A ses cotes son ami est allongé en train de se tenir le foie. Amit fait un rapide diagnostic et me donne des consignes. Direction hôpital. Néanmoins, cet homme pèse plus de 100 kg ! Nous nous démenons pour le porter et le mettre sur le brancard direction : les urgences médicales.

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L’appel suivant nous amène au port pour une douleur au genou. Nous arrivons et avons à faire à un travailleur clandestin en liberté conditionnelle. Cet homme ne parle ni hébreu, ni anglais. Un ami à lui est là et traduit. Nous comprenons que l homme vient d’Erythrée et qu’il a fui la guerre. Il se tord de douleur. Nous lui apportons les premiers soins avant de le conduire à l’hôpital. Nous le déposons aux urgences et partons. Nous arrivons à rentrer à la station. Il est 4h30 du matin ! C’est notre première pause.

Nous décidons d’essayer de dormir en souhaitant que la nuit puisse être tranquille. Je m’endors devant la télévision. A 6h, le téléphone sonne, je tombe du canapé, Amit m’appelle...c’est reparti pour ...femme inconsciente...ultime urgence.

Nous arrivons devant un bâtiment sombre. Personne pour nous accueillir dehors...très bizarre. Nous nous aventurons dans un immeuble. Il n y a aucun bruit, les murs sont sales...il fait sombre. Je me demande ou je suis et je prends peur. Cela ressemble à un guet apens ! Amit appelle, personne ne répond. Bref, nous grimpons les escaliers doucement. Amit me regarde et me dit « je crois que j ai trouvé ». Je le rejoins un peu plus haut et je vois une femme par terre inconsciente. La trentaine, le visage pale, sale... je ne comprends pas ce qu’il se passe. Je suis complètement étourdi. Amit commence à lui parler mais nous n’avons que quelques gémissements en réponses. Il ouvre son sac : un paquet de pilules vides et une lettre de...suicide. Il faut faire extrêmement vite. J avoue avoir un peu peur sur le moment mais nous n’avons pas le temps. Je pars chercher une chaise dans l’ambulance ainsi que des sangles...Nous la portons dans les escaliers tout en nous assurant que celle-ci soit consciente. Puis, nous la déposons sur le brancard. Pendant qu’Amit se charge des premiers gestes, je la vois vomir. Il est 6h40, j ai dormi 1h30, il fait un soleil de plomb, cette femme qui a tenté de se suicider vomie. Elle pèse une tonne bien qu’elle soit fluette. Pendant qu’Amit fonce dans Tel-Aviv, j’essaie de m’occuper d’elle, de la nettoyer un peu.

Nous arrivons dans l’hôpital, la déposons dans un lit aux urgences et sentons la fin de la garde arrivée. Il est 7h50. La garde était censée finir a 7h...Nous nettoyons l’ambulance et nous nous disons que la nuit a été vraiment agitée !

Toutes les gardes de nuit n’ont pas été comme celle-ci mais j’espère que vous avez pu mieux comprendre comment se passe une nuit à Tel-Aviv.

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