« Statu quo sur l’homosexualité... »

Billet du 1er août 2010
publié le dimanche 1er août 2010
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Bonjour, 60 Rabbins orthodoxes américains viennent de signer et publier un manifeste sur l’homosexualité dans le judaïsme. Ils entendent apporter une réponse juive religieuse moderne à l’une des questions les plus anciennes qui n’a connu depuis le Lévitique et son statut « d’abomination » que peu de développement théologique. Je vous propose ici une traduction et un résumé des grands principes de ce manifeste :

Tous les Etres humains étant créés à l’image de Dieu il convient d’apporter respect et dignité aux homosexuels selon le principe de « kevod haberiot ». Le mariage hétérosexuel demeure le « modèle idéal » dans le judaïsme.

Si la Halakha interdit les rapports sexuels homosexuels, elle n’interdit pas que de personnes de même sexe puissent ressentir l’un pour l’autre des sentiments amoureux.

Nous affirmons le droit religieux pour un homosexuel de ne pas devoir se soumettre à une thérapie qui aurait pour finalité de changer son orientation. Les Rabbins doivent apporter une aide responsable et éthique à la souffrance engendrée par l’homosexualité.

Les homosexuels doivent être accueillis pleinement dans la communauté comme par exemple compter dans le minyan ou monter à la Torah. Ils ne peuvent pas en revanche occuper de fonctions d’officiant de crainte d’apporter une gêne à certains fideles. Un officiant doit être accepté par tous ses fideles pour diriger la prière.

On doit encourager les homosexuels à accomplir le plus de mitsvoth possible selon le principe que le Judaïsme n’est pas « tout ou rien ». Les enfants de couples homosexuels, qu’ils soient biologiques ou adoptés, doivent être accueillis pleinement et sans restriction.

Une personne homosexuelle ne doit pas se marier avec une personne de sexe différent de crainte de causer de « grandes tragédies ».

Ce manifeste peut apparaître très progressiste pour certains qui ne sont pas habitués à entendre des Rabbins parler de ce sujet. En réalité il signe davantage un statu quo qu’une avancée. Tout au plus donne t-on une place, mesurée, aux homosexuels dans la communauté en général et la synagogue en particulier. Ce manifeste du 27 juillet est trop récent et je n’ai pu lire aucune réaction à celui-ci mais il y a fort à parier que la communauté juive homosexuelle ne l’accueillera pas favorablement. Ce texte fait l’effet d’un recadrage en soulignant que si les homosexuels ont leur place dans la communauté, celle-ci reste confinée. En France, la question n’a jamais été abordée officiellement par le corps rabbinique consistorial. Le Crif a de son coté rejeté à deux reprises la candidature du Beth Havérim, instance représentative des Juifs homosexuels. Richard Prasquier a justifié son refus d’une façon assez pertinente en considérant qu’une association juive qui ne s’identifie que par son appartenance sexuelle peut poser problème. En effet, le Beth Havérim ne se revendique pas sioniste ou non sioniste, laïc ou religieux, de gauche ou de droite. Il n’en demeure pas moins que la communauté juive française serait inspirée de lancer une véritable réflexion et de dire ou elle se situe par rapport à cette question qui est avant toute chose humaine.

Je vous retrouverai le dimanche 22 août. D’ici là Shavouah tov, bonne semaine à tous.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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