De l’antisémitisme de gauche

par Johann Cariou
publié le mardi 28 janvier 2003
Partagez cet article :


publicité

Les motions anti-israéliennes se poursuivent au sein de l’université française. Après Jussieu, c’est le conseil d’administration de l’Université Pierre Mendés France de Grenoble qui vient de voter cette motion sans que cette proposition ne figure à l’ordre du jour. Comme à Jussieu, la motion joue avec les mots et ne dit pas son nom. Sous le sempiternel prétexte des "Droits de l’Homme" il s’agit de dénoncer la politique du gouvernement Sharon vis-à-vis des palestiniens, chaque votant jurant soutenir les israéliens luttant pour la paix. En fait, il s’agit bien d’isoler les universités israéliennes en rompant les accords de jumelage et de partenariat signés avec ces dernières, et au-delà d’institutionnaliser un boycott d’Israël au niveau universitaire, voire plus. " La motion que nous avons votée ne visait pas à défendre nos collègues de Paris VI, injustement attaqués. Il s’agit simplement, au regard des désastres en Palestine, de demander que l’Union européenne veuille bien cesser de financer les universités israéliennes ". Puisque chacun sait que les universités israéliennes sont des nids de sionistes et de colonisateurs fanatiques... L’argument est d’une bêtise, mais passons. Selon les instigateurs de ces motions, celles-ci sont "spontanées" (sic !), en vérité il semble qu’une stratégie pilotée par le SNES-UP soit en oeuvre et vise à toucher tous les conseils d’administration des facs françaises. Pour Grenoble, tout ce ramdam ridicule commença par une distribution de tracts SNES-UP distribués par une élue, Alda Del Forno, professeur d’économie. Le texte de la motion reprenant mot pour mot le contenu du tract sans que cela ne choque les autres syndicats étudiants ou enseignants, et encore moins les dirigeants de cette faculté. Sachant par ailleurs que cette motion contrevient à la loi Savary du 26 janvier 1984, selon laquelle " le service public d’enseignement est indépendant de toute emprise politique, économique, religieuse ou idéologique ". Vœu pieux et loi gadget car l’université française comme l’Education Nationale est absolument verrouillée par le trop puissant SNES, (dont Claude Allègre tenta de discuter le leadership afin qu’enfin des réformes puissent se faire), syndicat qui bien que se réclamant de Gauche et progressiste et tolérant et vigilant n’est qu’une officine conservatrice soucieuse de la perpétuation de ses privilèges.

Cette affaire montre à nouveau combien, au fond, la Gauche française déteste Israël, et comment cette même Gauche, dans un conflit qui exige la nuance et la distance, s’est engagée à fond pour la cause palestinienne et pour l’impotent et sournois Arafat. - Qui se souvient aujourd’hui qu’Arafat et le terrorisme palestinien se nourrissait et se nourrit encore aux "Protocoles des Sages de Sion" et autres corpus idéologiques pour le moins douteux. - Il faut dire aussi que les rapports qu’entretient la Gauche, et surtout ses excroissances radicales, avec l’antisémitisme commencent à dater, ainsi Drumont, l’auteur de "La France Juive", paradait à la tribune, était acclamé par une foule en délire pendant les meetings socialistes aux côtés de Lafargue ("Le Droit à la paresse") et de Jules Guesde pendant que les militants, chauffés, criaient "Le Juif en Palestine", car le bon peuple francaoui n’en voulait plus ! Cela aussi est oublié par nos bonnes consciences qui ne veulent voir combien les autocollants pro-palestiniens de la LCR et de leur petit facteur sont des appels à la haine anti-israélienne. Et quel silence, lorsque, il y a peu, des synagogues brûlaient en France non pas à cause du Front National ou de quelques groupuscules néo-nazis, mais bien par des apprentis pyromanes de zones suburbaines soudainement sensibilisés à la cause palestinienne. Qu’il est courageux de porter le keffieh à 3000 kilomètres de Ramallah !

Sur la haine rentrée ils appliquent une bonne couche de Droits de l’Homme, un point de vue utile mais partial, car en cette matière, la violation des Droits de l’Homme, l’Autorité Palestinienne et le gouvernement Sharon se valent. De cela Madame Ada Del Forno et ses collègues du SNES se foutent bien puisqu’il s’agit d’une action partisane et politique. On aimerait au moins que ces militants plutôt que de se déguiser en valets humanitaires, assument et affichent leur combat politique. Madame Ada Del Forno, et sa centrale syndicale, devrait plus sûrement s’interroger sur le fait que dans certaines banlieues françaises les profs d’Histoire-géographie n’enseignent plus la Shoah à cause des ricanements et des "Hitler avait raison" que profèrent leurs élèves.

Johann Cariou, directeur de publication de la revue Cancer !

www.revuecancer.com johann@revuecancer.com



David Levy
webmaster




blog comments powered by Disqus



Articles incontournables