« Pour Nadav... »

Billet du 25 juillet 2010
publié le dimanche 25 juillet 2010
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Bonjour,

Il s’appelait Nadav. Nadav Shavit. C’était un jeune garçon âgé de 11ans, prêt à entrer dans la tumultueuse adolescence. Fils de parents israéliens, Yaël et Yaron, ils formaient ensemble avec son grand frère Eden un quatuor familial aimant.

Et pourtant depuis l’âge de 3 ans, Nadav était frappé de surdité, de ce handicap invisible pour les autres. Toute la famille s’est mise à l’apprentissage de la langue des signes pour communiquer avec Nadav mais aussi avec ses amis et ses éducateurs. Depuis quelques mois Nadav était atteint d’une maladie neurodégénérative qui l’a plongé dans de grandes souffrances jusqu’à le priver de la vue. Nadav s’est éteint la semaine dernière et a été inhumé la veille de Tishea BeAv.

Lors de ses obsèques pourtant c’était la vie qui prévalait. Ses parents réconfortaient les uns et les autres. Des jeunes de l’Hashomer Hatzair ont chanté avec beauté et émotion la magnifique chanson d’Arik Einstein «  Ouf gozal », « l’oiseau s’envole ». Il y a parfois des chants populaires qui résonnent avec la même intensité qu’une prière séculaire. Un de ses camarades Bachir, sourd comme lui, a chanté en langue des signes « Il est cinq heures Paris s’éveille », Nadav aimait tant cette chanson qu’il n’avait jamais entendu mais vu, dans ses rythmes et ses gestes.

Yaron, le papa de Nadav m’avait dit que son fils avait vécu « une petite Shoa »
Me fallait-il comme le veut la tradition ouvrir la cérémonie par la bénédiction « Dayan haémèt » où nous déclarons que Dieu est un Juge de vérité, qu’il nous faut nous incliner devant Sa volonté lorsqu’Il retire une vie humaine de cette terre ? Je n’y suis pas parvenu... Yaron, le papa de Nadav m’avait dit que son fils avait vécu « une petite Shoa ». J’ai alors pensé à cette profonde phrase d’Elie Wiesel qui disait : « Avec Dieu ou contre Dieu, mais jamais sans Dieu ». Mais il ne nous fut même pas pensable un instant d’être « contre Dieu », toute l’assemblée au contraire élevait ses prières. Yaël, la maman de Nadav, qui avait veillé son fils par la lecture des Psaumes fut interpellé par le Psaume 6 de la Bible qui de la souffrance jusqu’au souvenir nous rappelle la fragilité de nos vies. Décidemment, chacun trouve son chemin pour prier, pour s’adresser à Dieu. Quelques instants avant, en ce même cimetière de Pantin, c’était un autre petit enfant de deux ans et demi décédé accidentellement, Joey Avi Taïeb, qui sous le regard de ses parents et grands-parents rejoignait trop tôt une demeure improbable. Les larmes des deux familles se croisèrent à vingt mètres d’intervalle. Et pendant ce temps, Paris se vidait de ses habitants et l’on inaugurait « Paris plage ». Un Kohélèt des temps modernes aurait probablement était ému par cette situation. Il y a peut-être un temps pour tout mais ce temps n’est pas toujours juste.

Nadav aurait voulu avoir le temps de grandir pour être connu, c’était son souhait. Exister pour des inconnus. Etre connu et reconnu. Il s’appelait Nadav Shavit. Ne l’oubliez pas !

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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  • « Pour Nadav... »
    12 août 2010, par Carole

    Je connaissais Nadav, Je me suis occupée de lui deux soirs par semaines pendant son année de CM2. Nous fesions les devoirs, regardions ensemble cette émission qu’il aimait tant. Puis il s’occupait de moi, m’apprenait le langage des signes, me posait des questions sur ma vie. Nadav voulait être chef cuisinier et ouvrir son propre restaurant. Il aimait inventer des recettes, goûter de nouvelles saveurs. J’ai toujours été impressionnée par sa grande personnalité. 11 ans et déjà savoir ce que l’on veut. C’est comme ci il avait peur de ne pas avoir assez de temps pour faire ce qu’il voulait. Il dévorait d’épais livres en quelques jours, c’était une éponge, il ingurgitait les connaissances et par dessus tout, Nadav était généreux. Il aimait voir son entourage heureux. Il était très à l’écoute de mon comportement. Si j’avais un visage fermé, il s’empressait de me demander ce qu’il se passait. Nadav, merci d’être passé dans ma vie.

    Nadav, le petit gourmet, Nadav le généreux.

    Carole.



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