« A quand la fin du deuil ? »

BILLET DU 27 JUIN 2010
publié le dimanche 27 juin 2010
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Bonjour,

Mardi aura lieu le jour de jeûne du 17 Tammouz qui commémore la prise des deux Temples de Jérusalem qui conduira à la destruction du premier Temple de Jérusalem par les Babyloniens en 586 avant l’ère chrétienne ainsi que le second Temple, détruit par les romains en 70 de l’ère chrétienne. Ainsi porterons-nous le deuil de l’un des évènements les plus tragiques de notre histoire vieux de 25 siècles !

A l’issu d’un office du Shabbath, une dame fidèle de ma communauté était venue m’interpeller de la façon suivante : "Monsieur le rabbin, jusqu’à quand serons-nous en deuil ?" J’ai tout d’abord cru à une forme d’ironie dans ses propos. Mais comprenant son insistance je lui ai répondu de la façon la plus traditionnelle qui soit : "Nous porterons le deuil de la destruction des deux Temples de Jérusalem jusqu’à l’avènement des temps messianiques. Alors le Temple sera reconstruit dans un esprit de paix entre tous les peuple et de reconnaissance du Dieu unique". Mais en quittant cette femme érudite, sœur de Rabbin, je me rendis compte que ma réponse n’était pas à la hauteur de sa question. Si nous suivons l’enseignement de Kohélet, de l’Ecclésiaste, alors il y a un temps pour tout : un temps pour vivre et un temps pour mourir, un temps pour le deuil et un temps pour sortir du deuil. C’est en tous cas ainsi qu’un deuil personnel est vécu dans le judaïsme. Durant une année le deuil est divisé en trois parties : les Shiva, les Shloshim et la première année. Par la suite, chaque anniversaire est marqué comme un témoignage vivant de souvenir. Toutes ces étapes du deuil sont autant de moments qui doivent permettre à l’endeuillé de retourner vers la vie, de s’autoriser à vivre pour employer un langage plus psychologique. Alors pourquoi nous aujourd’hui, plus de cent générations après la destruction du second Temple devrions-nous, et de façon si stricte, porter le deuil ? Ne vous méprenez pas je n’essaye pas de réformer le principe du deuil du 17 Tammouz ou celui du 9 Av, mais je suis en train de dire qu’il y a une certaine légitimité à s’interroger. Le deuil ne permet pas de reconstruire notre existence. En pleurant la destruction du temple de Jérusalem, notre vision et notre pratique du judaïsme se trouvent chargées d’un esprit de tristesse qui semble s’opposer à la notion d’une "Torat Haïm" d’une Torah, d’une loi de vie et vivante.

Et pourtant, notre identité juive est bâtie sur ces destructions. C’est dans notre faculté à nous souvenir que nous pouvons vivre notre présent et construire l’avenir. Je lisais dans le « Nouvel Observateur » de cette semaine un dossier consacré à la mémoire. Un Professeur de neuropsychologie établissait que « la mémoire du passé sert avant tout à construire l’avenir ». Parfois la science et la religion s’accommodent bien l’un de l’autre !

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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