« L’Islam des caves à la rue... »

BILLET DU 30 MAI 2010
publié le dimanche 30 mai 2010
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Bonjour,

Il ne fait pas bon être musulman en France de nos jours. On ne parle de l’Islam aujourd’hui que pour pointer une communauté qui porterait en elle les germes du terrorisme ou pour la stigmatiser à travers cette affaire du voile intégral, de la burqa. Souvenez-vous, il y a quelques années encore c’était l’Islam des caves qui était pointé du doigt. Cachés, dissimulés, les musulmans devaient sortir de leur terrier pour vivre leur religion au grand jour et être ainsi mieux contrôlés. Une fois dehors, sortis des caves et des parkings, les musulmans se voient reprocher leurs minarets trop ostentatoires. On peut les voir mais pas trop en quelque sorte. Quand l’Islam est visible il est ostentatoire, lorsqu’il disparait du champ de vision de la société, il complote.

C’est un fait, cette question de la burqa empoisonne la communauté musulmane. Une poignée de femmes porte ce voile intégral et la France tremble. Les piliers de la République seraient-ils à ce point fragiles qu’ils ne puissent supporter cette particularité vestimentaire ? Bien sur, je partage l’opinion selon laquelle la femme musulmane qui se dissimule dans ce vêtement ne le fait pas réellement de son fait et se soumet aux plus intégristes, à des hommes. Mais demain, si une loi devait passer et ne pas être invalidée par le Conseil Constitutionnel, combien de femmes, plus nombreuses encore qu’aujourd’hui épouseraient cette « mode vestimentaire » pour protester et défier la France ! Tout le paradoxe réside dans ce constat : les musulmanes, dans leur communauté, n’ont pas d’existence visible, elles n’occupent aucune fonction religieuse ou même laïque. Connaissez-vous un Recteur de mosquée qui soit une femme ? Non. En portant la burqa, bien que semblables à des fantômes, elles existent, on ne parle même que d’elles. Pour exister il faut se cacher ! C’est cela que la France ne devrait pas accepter et puisque la République est à l’origine de la création du CFCM, elle devrait peser de tout son poids pour que dans cette instance représentative, les femmes soient visibles et occupent de hautes fonctions.

En disant ceci, je suis conscient que la communauté juive n’est pas beaucoup plus exemplaire et qu’à l’exception d’un nombre non significatif de synagogues, aucune femme n’occupe le poste de président de communauté. Ne parlons pas de l’Eglise où le clergé qui gouverne toutes choses est uniquement masculin. D’une façon générale, les femmes dans les religions ne sont visibles et comptent réellement que lorsqu’elles se singularisent des hommes. Tant que dans l’Islam aucune autre voie ne sera proposée que la burqa pour exister, les seules femmes dont on parlera continueront de déambuler dans les rues dans leurs habits noirs.

Si la République marginalise les femmes musulmanes comme le fait déjà leur propre communauté, elles n’auront d’existence que dans les polémiques. Je vous retrouverai le dimanche 13 juin, d’ici-là Shavouah tov, bonne semaine à tous.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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