« Faire du ciel le plus bel endroit de la terre... »

BILLET DU 18 AVRIL 2010
publié le dimanche 18 avril 2010
Partagez cet article :


publicité

Bonjour,

Peut-être vous souvenez-vous du slogan de la compagnie Air France qui entend « faire du ciel le plus bel endroit de la terre ». Ce slogan publicitaire je ne l’ai compris que ces derniers jours à la faveur de l’éruption volcanique en Islande et de ses nuages aussi épais qu’invisibles qui clouent au sol tous les avions en Europe du Nord. Cela fait donc 48 heures à présent qu’aucun avion ne s’est fait entendre dans nos cieux. La pagaille est à la hauteur de cet événement unique dans l’histoire moderne de l’aviation. Rendez-vous compte, la terre gronde et les cieux se taisent. Il y a dans ce bouleversement naturel quelque chose qui ressemble beaucoup aux paroles des Psaumes bibliques sur l’interaction entre le céleste et le terrestre qui doivent se répondre l’un à l’autre.

Les entrailles de la terre s’expriment avec force, cela a toujours été, mais les conséquences sont d’un nouvel ordre. On pensait jusque-là que seule l’action de l’homme pouvait contrarier une machine aussi performante que l’aéronautique. On a appris à jongler avec les grèves, les mouvements sociaux, les actes terroristes ou même une tempête de neige. Mais cela ne dure jamais bien longtemps et ne fait que retarder un vol de quelques heures, une journée au plus. Pourtant la nature demeure dans sa force et je dirais presque sa majesté.

Cette situation aura des conséquences difficilement quantifiables. Economiques bien entendu mais surtout humaines. Combien de personnes ne peuvent se rendre à un événement important, parfois capital dans leur vie ! Voyez-vous, même la halakhah, la Loi Juive, s’invite dans ces péripéties. J’imagine le nombre de Juifs observants bloqués à la veille du Shabbath dans un aéroport.

Un cas pratique s’est présenté devant moi jeudi dernier alors que les derniers avions atterrissaient en France. Une famille qui venait de perdre un proche parent pensait pouvoir inhumer le lendemain avant Shabbath le défunt au cimetière. La question me fut posée, sachant qu’un enfant se trouvait en Israël et ne pourrait pas être à Paris le vendredi, de savoir s’il fallait procéder à l’inhumation en l’absence de l’un des enfants mais accomplir le précepte selon lequel nous enterrons nos morts au plus vite, ou bien remettre au début de semaine d’après l’inhumation sans pour autant avoir la garantie que cet enfant pourrait venir en France. Dans cette situation exceptionnelle, la solution la plus adaptée m’a semblé résider dans l’attente de l’enfant pour que celui-ci puisse prononcer le Kaddish au moment de l’inhumation. Et pourtant cette décision ne s’inscrit pas dans le cadre strict de la Loi. A ma connaissance le seul précédent qui nous soit connu remonte à l’été caniculaire 2003 où les corps attendaient jusqu’à deux semaines avant d’être inhumés. Certes les circonstances ne sont pas les mêmes mais dans les deux cas, la nature nous contraint à faire les choses autrement. Terrible paradoxe qui consiste à attendre que la terre finisse de gronder pour qu’un corps y retourne !

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




blog comments powered by Disqus



Articles incontournables