« En sanctifiant le nom de Dieu... »

BILLET DU 11 AVRIL 2010
publié le dimanche 11 avril 2010
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Bonjour,

C’est aujourd’hui le Yom Hashoah, ce jour fixé par l’Etat d’Israël lors d’une session à la Knesset le 12 avril 1951, pour commémorer la mémoire des six millions de nos frères et sœurs, hommes, femmes, nourrissons, enfants et vieillards exterminés parce qu’ils étaient juifs. La date retenue fut le 27 sivan qui est ce temps intermédiaire entre le début de Pessah, qui fut aussi le premier jour de la révolte du ghetto de Varsovie, et Yom Ha’atsmaouth, l’anniversaire de la proclamation de l’Etat d’Israël.

C’est en 1991, soit 40 ans après la décision de la Knesset, que le rabbin Daniel Farhi, mon père, eut l’idée, avec son ami Serge Klarsfeld de ritualiser cette journée de commémoration en lui donnant une dimension dans laquelle tous les juifs, religieux ou non, pourraient ensemble se retrouver. Ainsi, les 10 et 11 avril 1991, commença ce qui deviendra la traditionnelle lecture ininterrompue des noms des 77000 juifs déportés de France durant 24 heures. Chaque année, la foule venait se presser et les personnalités de tous bords se sentaient un devoir d’être présentes, Place des Martyrs juifs du Vélodrome d’Hiver, dans le XVème arrondissement de Paris. Les riverains, après de nombreuses plaintes déposées pour « tapage nocturne » s’habituaient à cette lecture qui venait percer la quiétude de la nuit alors que le dernier métro aérien devait se taire jusqu’à l’arrivée du suivant au petit matin.

De très nombreuses manifestations auront lieu dans la France entière aujourd’hui et demain. La lecture des noms au Mémorial, des offices religieux, des cours spécifiques, des projections de films, des témoignages de survivants... Et à chaque fois que nous prierons nous rappellerons que nos 6 millions de frères et sœurs sont morts « al kiddoush hashem », en sanctifiant le nom de Dieu, en d’autres termes en martyrs de notre religion. Cette notion de « Kiddoush hashem » est compliquée. Compliquée car elle évoque une connotation forcement religieuse alors que la question la plus souvent répétée par les survivants eux-mêmes est de savoir, de comprendre « Où était Dieu pendant la Shoah ». Cette question apparait comme la plus difficile. Si elle doit être posée, le simple fait de vouloir commencer à y répondre nous amène à nous perdre. Aucune réponse ne pourra jamais être apportée parce que l’intelligence de l’homme se heurte alors à l’indicible. Ce n’est pas une question théologique ou philosophique, c’est une question légitime du croyant qui interroge ou de l’agnostique qui ne trouve pas de raison de ne plus l’être. Le jour où l’on cessera de se poser cette question, la mémoire sera vidée de tout sens.

« Avec Dieu ou contre Dieu, mais jamais sans Dieu » disait Elie Wiesel. Là réside le risque de vouloir donner un sens à la Shoah : celui d’être « sans Dieu » simplement parce qu’il est inacceptable pour toute conscience d’imaginer qu’Il puisse apparaitre d’une façon ou d’une autre dans les années les plus ténébreuses de l’histoire humaine.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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