« Ferrat : Un homme debout... »

BILLET DU 14 MARS 2010
publié le dimanche 14 mars 2010
Partagez cet article :


publicité

Bonjour,

Jean Ferrat est mort hier à l’âge de 79 ans. Jean Tenenbaum, né d’un père Juif et d’une mère qui ne l’était pas, aura vu à 11 ans son père partir, sans retour, vers les camps de la mort. Il devra sa vie à des militants communistes qui le cacheront durant la Shoah. Il sera resté fidèle jusqu’au dernier jour à cet idéal allant jusqu’à soutenir une liste régionale en Ardèche dans le scrutin qui se déroule aujourd’hui.

Il faisait partie de ces monstres sacrés tels Brassens, Brel ou Ferré. On peut raisonnablement dire qu’une page de la chanson française se tourne laissant dans nos souvenirs ces chanteurs engagés et à textes. Jean Ferrat aura su chanter Aragon d’une façon unique et, on l’apprend aujourd’hui, il était l’un des dix chanteurs en France dont les disques se vendaient le mieux.

Mais Ferrat aura été avant tout celui, le seul, qui a osé chanter la Shoah. En écrivant les paroles et la musique de « Nuit et brouillard », il s’est inscrit dans ce travail de Mémoire au même le titre que Primo Levi, Elie Wiesel, Serge Klarsfeld ou Simone Veil.

« D’autres ne priaient pas, mais qu’importe le ciel, Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux ». Jean Ferrat refusera toute sa vie d’être un homme à genoux. Ses combats et ses luttes se sont faits debout, la tête haute et souvent le poing dressé. Quand en 1963 il écrit cette chanson, c’est l’époque du yéyé et du twist. On ne chante pas la Shoah dans les émissions de variétés, chez les Maritie et Gilbert Carpentier. Et pourtant, « Nuit et brouillard » sera ce qu’il est convenu d’appeler un « tube » et il chantera cette chanson à la télévision aux heures de grande écoute. Etait-ce la mélodie, les paroles ou les deux ? Ferrat avait conscience de ne pas se plier aux exigences musicales du moment et il le chantera : « On me dit à présent que ces mots n’ont plus cours, Qu’il vaut mieux ne chanter que des chansons d’amour, Que le sang sèche vite en entrant dans l’histoire et qu’il ne sert à rien de prendre une guitare ».

Témoigner, dire, écrire, peindre ou chanter la Shoah mais transmettre. Jean Ferrat partira certainement sans une prière, comme son père, mais demeurera dans le cœur des Hommes un artiste talentueux dont la voix grave et enveloppante sortant de cette bouche coiffée d’une moustache résonnera à jamais dans notre mémoire.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




blog comments powered by Disqus



Articles incontournables