« Dos au mur... »

BILLET DU 14 FEVRIER 2010
publié le dimanche 14 février 2010
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Bonjour,

La semaine passée, le vice-premier ministre israélien Dan Meridor, a fait une déclaration assez inattendue dans le débat compliqué sur le statut religieux du Kotel, du Mur occidental, à Jérusalem. Selon Dan Meridor : « le Kotel doit être un site national et non une synagogue ». En quoi cette déclaration est-elle importante ? Depuis plusieurs années des groupes de Juifs religieux non-orthodoxes ont saisi la Cour Suprême israélienne pour que soit reconnu le droit de tous les Juifs qui le souhaitent de prier de façon égalitaire au Kotel. Il n’est pas question d’abolir la mehitsah, la séparation entre les hommes et les femmes, mais qu’un espace mixte existe sur l’esplanade actuelle afin que les hommes et les femmes puissent prier ensemble ou plus encore que des femmes puissent se rendre sur ce site le plus emblématique du judaïsme religieux, revêtues du talith et de la kippa si elles le souhaitent et lisant dans la Torah et notamment lors du Rosh Hodesh, de la néoménie.

La question n’est pas simple et l’intervention du vice-premier ministre semble donner un signal encourageant à ce collectif rassemblant des femmes orthodoxes, conservatrices et libérales : « les Femmes du mur ». Dire que le Kotel est un « site national et non une synagogue » revient à affirmer que ce lieu n’a pas à être gouverné selon les règles des Rabbins mais selon celles de l’Etat d’Israël. C’est une première brèche, si ce n’est dans le mur, dans les principes qui en régissaient la gouvernance au lendemain de la guerre des six jours et jusqu’à aujourd’hui.

De fait les règles actuelles sont orthodoxes et chaque visiteur au Kotel doit s’y conformer. Les hommes et les femmes ont un espace séparé et délimité. 20% de l’espace est réservé aux femmes. Dans cette espace un Sefer Torah n’a pas sa place, pas plus qu’un talith. Les femmes doivent être vêtues décemment ce qui signifie souvent pour les touristes en plein été une métamorphose totale pour approcher au plus près les vestiges du Temple de Jérusalem. Du coté des hommes les tètes doivent être couvertes et avouons-le, l’exigence de « décence » n’est pas aussi scrupuleux que de l’autre coté !

A qui appartient donc le Kotel ? Est-ce l’héritage de l’ensemble du peuple Juif qui y voit un emblème national, parfois même politique, davantage que religieux ? Sont-ce les Rabbins orthodoxes qui doivent être les « gardiens du Temple » ? La vocation première du Kotel est-elle d’être le point de convergence du Judaïsme religieux ? C’est probablement un peu de tout cela à la fois. La vérité c’est que le Kotel représente pour chaque Juif un lieu central. Chacun s’y rend avec ses raisons : pour y prier, pour y pleurer, pour se réjouir, pour y déposer un vœu, pour y faire un don, pour prêter serment à l’issue du service militaire, pour y célébrer un événement familial...Ce n’est pas de la démagogie que d’affirmer que ce lieu appartient à tous. En revanche il y faut des règles pour que tous puissent y cohabiter et s’y rendre avec ses raisons. On ne peut pas raisonnablement exiger l’unité de Jérusalem si à l’intérieur de ses murailles on se divise !

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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