« L’homme est un arbre des champs... »

BILLET DU 23 JANVIER 2010
publié le dimanche 24 janvier 2010
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Bonjour,

« Car l’homme est un arbre des champs » nous enseigne la Torah. A l’approche de la fête de Tou Bishevat, qui coïncidera avec le Shabbath, ce verset prend toute sa dimension. L’homme est intégré à la nature et ses racines sont dans le sol. Penser que nous dominons la nature ou que nous lui sommes supérieurs est une hérésie. Nous ne sommes que, et c’est déjà beaucoup, des créatures parmi les autres. Cela signifie que nous sommes apparus sur terre et que nous en disparaitrons un jour, comme toutes les espèces. Cela signifie aussi, d’une façon plus positive, que notre destin est lié aux autres éléments qui composent la faune et la flore. Est-ce pour autant plus positif ? Rien n’est moins sur tant la question de l’écologie devient une priorité majeure en nous alarmant sur la perspective à court et moyen terme de l’activité humaine sur l’équilibre de la planète.

Le drame haïtien a montré avec désolation de quelle façon l’homme est fragile lorsque les forces de la nature se déchainement. Un tremblement de terre, un Tsunami, une éruption volcanique peuvent avoir raison de la vie de centaines de milliers d’individus sans que nous n’y puissions rien y faire. Notre vocabulaire s’est enrichi ces dernières années de mots qui nous étaient inconnus comme l’empreinte carbone, l’évaluation de CO2 que nous émettons à travers nos activités. Ce qu’il y a de plus remarquable probablement c’est la prise de conscience unanime que nous avons une responsabilité sur les générations à venir. Plus encore, c’est la réalisation que notre destin se joue solidairement de toute l’humanité. On a pu penser un temps que la pollution en Asie ne regardait que les Asiatiques, que la destruction massive de la foret amazonienne restait quelque chose d’exotique pour nous en Europe. Nous savons aujourd’hui que cet « effet papillon » est bien réel et que ce qui se passe à 10.000 kilomètres de chez nous est aussi important que dans notre ville.

Pour toutes ces raisons, Tou Bishevat ne peut demeurer une fête exclusivement juive qui serait la célébration du renouveau de la nature en Israël avec la montée en sève de nombreux arbres. C’est dans sa capacité à être au premier plan de la préoccupation écologique, que le peuple Juif réalise sa vocation prophétique d’être « une lumière pour les nations ». Le KKL montre la direction qui doit être la notre en n’ayant comme seule préoccupation la nature sans distinction de peuples ou de religions. En plantant des arbres, en veillant à ce que l’eau soit un bien partagé et durable, le KKL est un emblème écologique. La question va bien au-delà de planter des arbres, des bosquets ou des forets, c’est une question de vie humaine. Si « l’homme est un arbre des champs », l’humanité est une forêt. Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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