« Fixation névrotique... »

BILLET DU 3 JANVIER 2009
publié le dimanche 3 janvier 2010
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Bonjour,

On n’en fini plus de parler de cette dernière étape en béatification de Pie XII par l’actuel occupant du Vatican. Benoit XVI, en reconnaissant les « vertus héroïques » de son encombrant prédécesseur se met à dos bien des esprits éclairés, à commencer par des catholiques, qui ne comprennent pas cette nécessité de rendre saint un homme qui a participé, par son silence, à l’œuvre du régime nazi. Pourquoi faudrait-il que seules des voix juives s’élèvent contre cette provocation ? En France, le Crif, le Consistoire et le grand rabbinat ont dénoncé cette intention. Une seule voix discordante s’est faite entendre, celle de Serge Klarsfeld, et ça fait mal. En ne comprenant pas ce qui empêcherait à Pie XII d’être saint, l’infatigable chasseur de nazis et récent Commandeur de la Légion d’honneur, sème l’embarras et la tristesse dans la communauté. Serge Klarsfeld ne peut pas raisonnablement dire dans un même entretien que la communauté juive n’a pas à s’immiscer dans ce débat et défendre dans le même temps la béatification de Pie XII !

Comment ignorer les importants travaux de deux des plus grands historiens contemporains, Léon Poliakow et Saül Friedlander ? Pour ce dernier, Hitler n’a pu agir avec autant d’ampleur qu’avec la certitude que l’Eglise resterait silencieuse. En cela Pie XII a été, même passivement un solide allié du IIIème Reich. Il a fallu des décennies pour qu’un dialogue judéo-chrétien puisse s’installer après cette immense blessure, et il en faudra probablement de nombreuses autres pour que ce dialogue se poursuive de façon féconde après que Eugenio Pacelli aura été béatifié. Pour ne rien arranger, l’Archevêque de Paris, Monseigneur Vingt-Trois semble opportun de déclarer ceci : « Dire qu’il n’a rien fait, ou prétendre que les 5000 Juifs romains qui ont été épargnés dans la rafle de juin 1944 l’ont été à son insu, c’est complètement aberrant. (...) Il y a une espèce de fixation névrotique dans ce cas-là, on veut à tout prix en faire une caricature... ». « Fixation névrotique... ». Oui, ce peuple qui était encore considéré comme « déicide » sous Pie XII demeure assez névrosé par la Shoah et peut être plus encore par les relents nauséabonds actuels. André Vingt-Trois n’œuvre pas réellement à l’apaisement, ce que l’on été en droit d’attendre du successeur du Cardinal Lustiger. Deux époques, deux générations, deux styles. D’un coté Jean-Paul II et Jean-Marie Lustiger, de l’autre Benoit XVI et André Vingt-Trois. Le silence assourdissant et complice de Pie XII trouve aujourd’hui un écho verbalisé. Il y a douze ans, l’Evêque de Saint-Denis lisait devant le camp de Drancy une déclaration de repentance de l’Eglise chrétienne. En 1986, Jean-Paul II se rendant dans la grande Synagogue de Rome parla des Juifs comme les « frères ainés des chrétiens ». Tout ceci appartiendrait donc à une autre époque désormais révolue ? Nous ne voulons y croire, mais il faudra bien des signes et des paroles pour renouer un dialogue nécessaire.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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