« Querelles de clocher... »

BILLET DU 6 DECEMBRE 2009
publié le dimanche 6 décembre 2009
Partagez cet article :


publicité

Bonjour, La votation suisse de dimanche dernier qui interdit l’édification de minarets lors de la construction d’une mosquée a été l’une des actualités la plus commentée, à juste titre. Il n’aura fallu que 48 heures pour que de l’émotion déclarée, les divers sondages, dont un très remarqué dans les colonnes du Figaro, démontrent que les français, s’ils étaient confronté à cette même question, auraient plus ou moins le même avis que leurs voisins helvétiques. Les Suisses qui ont votés en faveur de cette mesure se défendent de toute forme d’islamophobie, tout juste si la question ne serait pas davantage liée à des critères esthétiques. On aurait pu le comprendre en Hollande avec son plat pays qui s’accorde peu avec des reliefs et des minarets qui viendraient culminer au milieu de nul par parmi des Temples protestants bas et austères, mais en Suisse...

La raison invoquée, avec beaucoup de sérieux, est que ces minarets sont agressifs et témoignent du désir d’hégémonie de l’Islam. Un Islam conquérant et agressif par ses minarets européens dans lesquels aucun muézine n’a jamais appelé quiconque à la prière !

Passant cette semaine aux abords de la Grande Mosquée de Paris, je contemplai ce minaret, très haut pour le coup (33 mètres) et financé jadis par la France pour rendre hommage aux 100.000 combattants musulmans morts pour la France durant la Première guerre mondiale. Etait-ce ce style hispano-mauresque qui flattait l’œil du Juif séfarade que je suis, je ne le sais, mais je trouvais cette construction très belle. Le même jour, je passais à proximité de la cathédrale Notre-Dame, et là aussi, il me semblait que ce majestueux édifice religieux, qui est l’un des symboles de Paris à l’étranger, était décidemment remarquable. Mes pérégrinations parisiennes me conduisirent le lendemain devant la synagogue de la Victoire. N’était-ce cette rue étriquée à sens unique, les barrières de sécurité et la guérite de la police furent les seuls éléments qui me rappelèrent qu’à cet endroit se trouvait la plus grande synagogue parisienne.

Ce qui est intéressant vue de France, c’est que les synagogues et les mosquées sont des lieux que l’on remarque lorsque des fidèles en sortent ou y entrent. En revanche, dans le coin le plus reculé de l’hexagone, les heures sont rythmées par le son des cloches des églises. On sonne le glas comme on appellerait des fideles à la prière ou sonnerait du shoffar. C’est l’expression audible d’une religion, rien de moins choquant dans un pays qui fait de la laïcité le garant de l’expression religieuse.

Le débat porte aujourd’hui sur les minarets, il pourra porter demain sur les magen David. En cela, nous nous devons de joindre notre voix à celles et ceux qui réfutent le vote suisse et en dénoncent les dérives. Ce n’est pas une simple querelle de clocher, c’est une question de responsabilité collective face à toutes les exclusions et stigmatisations. Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




blog comments powered by Disqus



Articles incontournables