« Lettre à Serge Benattar... »

BILLET DU 8 NOVEMBRE 2009
publié le mardi 10 novembre 2009
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Bonjour, La lecture de l’éditorial du dernier Actualité Juive, m’a inspiré cette lettre que je souhaite partager avec les auditeurs de Judaïques FM : Cher Serge Benattar,

Comme de très nombreux lecteurs, lorsque Actualité Juive arrive dans ma boite aux lettres le jeudi matin, je m’empresse de lire votre éditorial. Parfois en lien avec la couverture de votre hebdomadaire et parfois, ce sont les éditoriaux que je préfère, inspirés par votre regard sur la communauté, vos propos sont parmi ceux qui inspirent les orientations communautaires. Il vous arrive même, c’est rare dans la presse en général, de dénoncer des attitudes ou des comportements faisant fi des retombées face aux annonceurs.

Dans votre dernier éditorial, en pleine campagne électorale du Consistoire, vous proposez une piste en apparence audacieuse qui devrait contribuer, au-delà des querelles et vaines polémiques, à nourrir la réflexion de celles et ceux qui aspirent demain à diriger cette institution bicentenaire. En vous frottant au problème préoccupant et urgent des conversions, vous avez conscience que votre initiative ne fera pas l’unanimité. Vous prônez la création en France d’un « Conseil rabbinique national » dont la seule compétence sera d’accepter au sein du Peule Juif ceux qui aspirent à y entrer. Vous précisez cependant que cela concernera exclusivement les enfants nés d’un père Juif et d’une mère qui ne l’est pas. Aujourd’hui les enfants nés d’un mariage mixte ont la possibilité de « régulariser »leur statut pour prendre la terminologie consistoriale ou de se « confirmer » dans leur religion selon les libéraux. La « régularisation » me fait un peu penser au sort des sans-papiers, la confirmation elle, laisse à penser qu’il s’agit d’une simple formalité. Dans les faits, le Consistoire fait peu de différence entre un enfant né d’un père Juif et un candidat sans ascendance juive. Si les Pirké Avot nous demandent de faire « une haie autour de la Torah », les candidats à la conversion se trouvent souvent en réalité, comme vous le soulignez, devant un mur infranchissable et disons-le hostile. Le judaïsme ne fait pas de prosélytisme, c’est entendu. Pour autant, le sectarisme ne devrait jamais pouvoir être associé à notre belle et vieille religion.

Le saviez-vous, cher Serge Benattar, René Samuel Sirat, alors Grand Rabbin de France, avait proposé lorsqu’il était en fonction aux libéraux qu’il puisse exister un Beth Din commun dans lequel siégerait, sur les trois Rabbins, un Rabbin libéral. Lequel aurait eu toute liberté pour choisir et former ses candidats avant de les présenter. Oui mais voila, si cette idée était en apparence généreuse (le Grand Rabbin Sirat avait même dit avoir fait alors 90% du chemin vers les libéraux), elle se heurtait à la différence de la question des conversions entre orthodoxes et libéraux. Pour les premiers, les candidats doivent être instruits quasi-exclusivement des questions halakhiques (Hallah, Nidda, Hadlakah), alors que pour les seconds, la halakhah est un sujet au milieu d’autres comme l’histoire, la pensée juive... Un « candidat libéral » se serait alors retrouvé face à un Beth Din dans lequel les critères d’évaluation n’auraient pas été communs. Sans surprise, cette proposition n’a jamais été reprise par le successeur du Grand Rabbin Sirat. Aujourd’hui nous pourrions penser que l’actuel Grand Rabbin de France, Gilles Bernheim, serait plus enclin à étudier cette question. S’il se montre particulièrement ouvert sur de nombreuses questions et accepte le dialogue avec tous, je crains que votre proposition ne se heurte à l’orthopraxie légitime revendiquée par Gilles Bernheim. Il y a, en France, une dizaine de Rabbins libéraux qui acceptent environ deux cents candidats à la conversion par an. Plus d’un millier sont refusés ou « disparaissent » en cours de route. Voyez-vous ce n’est pas vraiment ce que l’on peut appeler du laxisme ou des conversions « au rabais ». Oui cela honorera le Consistoire, qui aujourd’hui a toute la légitimité, à considérer la question des conversions en réfléchissant à la notion d’unité communautaire. Votre éditorial avait un parfum messianique, mais n’est-ce pas là notre responsabilité que d’hâter l’avènement de ce temps ?

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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