« Nous sommes tous des étrangers... »

BILLET DU 1ER NOVEMBRE 2009
publié le dimanche 1er novembre 2009
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Bonjour, Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais au-delà de positions politiques, je me sens très mal à l’aise avec le débat actuel autour de l’identité nationale sur fond de clandestins reconduits par charters dans leurs pays d’origine, même lorsque celui-ci est en guerre. Le seul fait de fixer un quota de reconduites à la frontière d’étrangers est nauséabond. Le débat doit dépasser les clivages traditionnels. On se souvient encore des propos de Michel Rocard : « La France ne peut accueillir toute la misère du monde ». Aujourd’hui la droite est au pouvoir et la question est portée par un socialiste repenti. Quadrature du cercle bizarre qui consiste à la fois à devoir expulser et définir ce qu’est l’identité française.

Comme beaucoup, mes racines hexagonales ne dépassent pas une génération. Ma mère est née en Tunisie et mes grands-parents paternels en Turquie. Je suis certainement moins légitime dans la communauté française qu’un descendant d’un ancien tirailleur sénégalais ! Et pourtant je suis français, mes enfants aussi. Suis-je un étranger sur ma terre natale ? Probablement pour certains. Je sais simplement qu’en tant que Juif, le souci de l’étranger est le mien. « Vous aimerez l’étranger, vous qui avez été étrangers dans le pays d’Egypte ». Cette injonction dans le Deutéronome est une Mitsvah, un précepte positif. Qui est l’étranger pour moi ? Tous ceux qui ne sont pas Juifs ? Tous ceux qui ne sont pas français ? Tous ceux qui ne sont pas des Juifs français ? Non, l’étranger est celui qui m’est différent et pourtant semblable car ayant le même Créateur. Plus encore, la Torah nous le rappelle avec force : « Si un étranger vient séjourner avec toi, dans votre pays, ne le molestez point. Il sera pour vous comme un de vos compatriotes, l’étranger qui séjourne avec vous, et tu l’aimeras comme toi-même, car vous avez été étrangers dans le pays d’Egypte Je suis l’Éternel votre Dieu ». Et comme si cela ne suffisait pas, Rashi précise les choses : « Je suis l’Eternel votre Dieu, cela signifie : Je suis ton Dieu et son Dieu ».

Notre perspective en tant que Juifs ne peut s’orienter que vers une seule question et aucune autre : comment intégrer l’étranger dans notre communauté, religieuse ou nationale ? Je ne suis pas d’accord avec l’orientation actuelle donnée par le Gouvernement, et pourtant je ne pense pas un instant, comme le disent de nombreux observateurs, qu’il y ait des relents pétainistes dans les propos du Président de la République autour de la valeur de la terre comme vecteur de l’identité nationale. Cette terre dont les sillons seraient abreuvés par un sang impur, cette terre qui serait le dernier rempart contre l’étranger, le droit au sol qui le disputerait au droit du sang. L’identité nationale, à l’heure de l’Europe, de la mondialisation, de l’instantanéité des échanges n’est pas dans le sol. L’identité nationale réside avant tout dans le sentiment profond de partager des valeurs communes et de les défendre. Celles-ci ne sont pas à chercher loin, mais dans notre devise nationale qui devrait nous éloigner d’un débat qui n’est pas digne de la France.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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