Les « Justes de France »

Honneur à ceux qui ont su sauver des Juifs
publié le mercredi 23 juillet 2003
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23 Juillet 2003 - 14h07

Qu’ils en soient remerciés, les « Justes de France », dans le Val-de-Marne, François et Berthe BOUSSON, Albert et Elia LECOQ, Joseph-Marie MASSE, Yvette TRACHTENBERG, Georges et Amélie PERRET, Albert et Fernande LOILIER, Lucien GRANGIER, Marie-Anne, François et Francine BURTIN, Cécile et Thérèse LEGARS, Joseph-Marie et Albertine CARDIN, Jeanne ROTH.

Dimanche 20 juillet 2003. Jean-Christophe LEPLAT, Directeur de Cabinet du Préfet du Val de Marne, a prononcé le discours à l’occasion de la Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’Etat français et d’hommage aux « justes » de France.

M. le Maire, Mesdames et Messieurs les Elus, M. le Président du Conseil des Communautés Juives du Val-de-Marne, Mesdames et Messieurs ;

Nous sommes réunis aujourd’hui pour évoquer la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’Etat français et ne rien oublier des persécutions, du Vel d’Hiv, de tous les camps de transit, antichambres de la mort, organisés, gérés et gardés par des français.

Comme l’a exprimé le Président de la République, Jacques CHIRAC, le 16 juillet 1995, « il est, dans la vie d’une Nation, des moments qui blessent la mémoire et l’idée que l’on se fait de son pays ». Il est difficile de trouver les mots justes pour rappeler l’horreur de la déportation de près de 76000 juifs de France, dont si peu revinrent.

Parmi les 320 000 juifs qui vivaient sur notre sol, nombreux venaient d’Europe centrale et orientale ; ils avaient fui les persécutions antisémites, et leur choix pour la France ne constituait pas un hasard ; ils avaient choisi la patrie des droits de l’homme et du citoyen, pays laïc depuis la Révolution française, qui leur offrait la liberté de croyance et d’opinion, la possibilité à ceux qui le souhaitaient de devenir français, et l’assurance pour leurs enfants nés ici, d’acquérir la nationalité française.

Pourtant, dès octobre 1940, le premier statut des Juifs fut promulgué ; ensuite, ceux qui n’étaient pas de nationalité française furent internés dans des camps spéciaux, en zone libre ; les juifs seront bientôt recensés, dépossédés de leurs biens et dès 1941 les rafles débutèrent, à Paris, tandis qu’ouvraient les camps de Beaune-la-Rolande, Pithiviers, Drancy et Compiègne. En mars 1942, les premiers convois de la déportation juive partirent de France pour Auschwitz ; et, à partir de juin, les juifs de plus de 6 ans durent porter l’Etoile jaune dans la zone occupée.

C’est le 16 juillet 1942 que fut déclenchée la rafle qui rassembla au Vel d’Hiv près de 14000 hommes, femmes et enfants, avant que ceux-ci ne soient déportés vers les camps de la mort. Combien d’entre eux ne revirent jamais leur foyer ? Et combien, à cet instant, se sentirent trahis  ? Décidée, planifiée et réalisée par des français, cette rafle - comme celles qui suivront - constitue une marque d’infamie.

Trahissant les valeurs et la mission de la France, le gouvernement de Vichy s’est fait le complice, parfois zélé, de l’occupant. Mais si le mal doit être reconnu, le bien ne doit pas être méconnu. Nous rendons aussi hommage aujourd’hui à tous ces Français anonymes, ces « justes parmi les nations » qui au plus noir de la tourmente aidèrent à sauver les trois quarts de la communauté juive résidant sur notre sol.

Justes, ces doyens de faculté qui refusèrent de communiquer la liste de leurs étudiants juifs ; justes, ces policiers et ces gendarmes qui alertèrent les familles juives afin qu’elles puissent échapper aux rafles ; justes, tous ceux qui recueillirent et protégèrent des Juifs, parmi lesquels des milliers d’enfants. Ces hommes et ces femmes sont l’honneur et la fierté de notre pays. Dans une période sombre ils ont incarné le meilleur de la France, ses valeurs de fraternité, de tolérance et de justice.

Qu’ils en soient remerciés, eux qui se sont vus décerné le titre de « Juste de France », comme, dans le Val-de-Marne, François et Berthe BOUSSON, Albert et Elia LECOQ, Joseph-Marie MASSE, Yvette TRACHTENBERG, Georges et Amélie PERRET, Albert et Fernande LOILIER, Lucien GRANGIER, Marie-Anne, François et Francine BURTIN, Cécile et Thérèse LEGARS, Joseph-Marie et Albertine CARDIN, Jeanne ROTH.

Il faut aujourd’hui se souvenir de ces crimes et de ces souffrances, comme de ces héros anonymes. La Shoah est un génocide unique dans l’histoire. Sa préméditation, sa planification et son ampleur sont ce qui fondent son unicité. Il faut continuer de parler de cette tragédie qui a marqué à jamais les corps et les âmes de ceux qui l’ont vécue ; il ne faut pas qu’elle soit oubliée par les générations futures. En cette journée de mémoire, toutes nos pensées s’élèvent vers le souvenir des victimes de la barbarie. Pour que vivent les six millions de victimes de la Shoah, pour que de telles atrocités ne se reproduisent jamais, l’esprit de vigilance doit nous animer.

La République doit à tous ses enfants la protection de la loi.

L’antisémitisme est contraire à toutes les valeurs de la France.

Afin que l’antisémitisme ne relève pas la tête, il faut promouvoir les valeurs de la République, cette communauté de destin librement choisie, qui n’enferme pas les individus dans leur religion ou leur ethnie.

Cette commémoration doit donc servir à ce que nous enfants et petits-enfants se souviennent, mais doit aussi nous faire œuvrer au quotidien à la défense de nos valeurs démocratiques et républicaines.

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Discours de Maître BENAYOUN, président du C.C.J. 94

Nous sommes le 16 Juillet 1942.

En ce jour, ce seul jour, sur les instructions reçues des services allemands, dirigés par EICHMANN, qui avaient pour fonction d’acheminer vers leur destin les victimes promises aux fours crématoires, le gouvernement de VICHY fit arrêter par sa police : 13.000 Juifs.

Et encore, ce fut un demi-échec. Il y eut des fuites, des avertissements secrets. L’objectif initial prévoyait, désignait 28.000 personnes.

Le 16 Juillet 1942, 13.000 personnes hommes, femmes, enfants, vieillard, malades, infirmes - furent saisis à l’improviste, enfournés dans les cars qui les attendaient, conduits au VELODROME D’HIVER. Dans un entassement affreux, les conditions sanitaires les plus immondes, cette foule innocente et misérable eut à croupir jusqu’à son départ vers AUSCHWITZ.

On arrête aussi en banlieue à IVRY, chez les BARBANEL, c’est à 5 heures du matin que se présentent les policiers avec leur liste. Ils réclament le père de famille : on leur répond qu’il travaille sur un chantier et ne rentre que le samedi.

Ils vont emmener, Madame BARBANEL qui est polonaise et les aînés des cinq enfants, ceux qui sont nés en Pologne. Mais ceux-là aussi sont absents. Il n’y a là que la mère de famille et ses deux derniers, un garçon de 9 ans et une fille de 13 ans.

 C’est deux là, je n’en veux pas, dit l’inspecteur. Ils sont nés en France. Je n’ai pas à les emmener. Mais, grâce à eux, on vous libérera certainement s’ils viennent avec vous.

Devant les voisins qui assistent passifs, les enfants crient et pleurent, ils veulent rester aux côtés de leur mère. On les entraîne tous les trois pour un voyage sans retour.

Les instructions des services allemands sont claires et ne souffrent aucune discussion « l’on ne doit pas discuter l’état de santé ». On arrête Monsieur EPSTEIN qui s’était cru protégé par son asthme.

On emmène les femmes en couches, les enfants qui ont 40° de température, qui ont la rougeole, la scarlatine, la varicelle, la coqueluche, les oreillons. Cependant, un cas exceptionnel n’a pas été prévu aux instructions : celui de la personne à arrêter et qui vient de mourir.

Au 18, cité du Pont, Monsieur JABLONKA bouleversé par son arrestation fait une crise cardiaque. Les agents sont bien ennuyés. L’homme est là, écroulé dans la rue, se tordant de douleur.

Que va-t-on en faire ? On le remonte, en poussant, en tirant, on le jette sur son lit et on l’abandonne à son triste sort. Monsieur JABLONKA vit seul. Sa fille de 12 ans est à la campagne. Il mourra seul, deux jours après, le 18 Juillet 1942.

Tous les Juifs sont montrés du doigt. Accusés de la défaite de la France ; et être les auteurs « d’un complot anti-français ».

« Il faut refaire la France, nouvelle et pure, débarrassée de ses Juifs » répète VICHY. Dans les rues et les meetings des collabos, on lève le bras, en singeant les nazis pour prêter serment au vieux maréchal auquel le naufrage de son âge fait commettre le plus irréprochable des crimes ; livrer les Juifs de France et leurs enfants à la mort allemande dans la relative indifférence.

Dans cet univers d’effroi, il est important de souligner le mérite de ceux - bien qu’ils fussent l’exception - de s’opposer aux mesures inhumaines. Il y eut à la préfecture de police des fuites qui furent à l’origine du salut d’un nombre de famille juives. Après la rafle, des policiers démissionnèrent. Un tract d’époque parlait « de centaines de démissions ». Il a été retrouvé dans notre département la trace de deux démissions notamment celle d’un des deux agents ayant procédé à l’arrestation de la famille ROSEN à NOGENT SUR MARNE. Un autre tract relate qu’à CHOISY LE ROI des gendarmes auraient refusé de participer aux arrestations.

S’il est important de rappeler la barbarie humaine, il est tout aussi important de rendre hommage à des hommes et à des femmes qui ont risqué leur vie, au nom de simples principes humanitaires. Mettre en valeur leurs actions, c’est mettre en valeur, ce qu’il y a de bon en l’homme.

C’est du moins ce qu’affirme le verset 15 du chapitre 30 du Deutéronome « Vois-tu, j’ai disposé devant toi aujourd’hui la vie et le bien et la mort et le mal ». Tout être humain possède le pouvoir de choisir.

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DIDIER (Ephraim )SENDER



David Levy
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