« Haro sur Attali... »

publié le dimanche 25 octobre 2009
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Bonjour,

Qui aurait pu croire qu’un homme de l’envergure de Jacques Attali puisse parvenir à se mettre à dos la communauté juive ? Triste destin des grandes personnalités publiques qui sont un jour adulées et un autre piétinées. Jacques Attali qui, lorsqu’il était conseiller spécial de François Mitterrand, était la fierté et l’emblème d’une communauté juive qui voyait en ce jeune juif né en Algérie l’exemple même de l’intégration dans la société française. A l’Elysée, son bureau était mitoyen de celui du Président de la République et nul secret n’existait.

Le scandale est partie d’une interview que l’économiste français a accordée le 16 octobre dernier au quotidien israélien Haaretz. L’entretien devait porter sur le microcrédit, sur la place d’Israël dans le monde, le conflit israélo-palestinien, mais le journaliste renvoyait en permanence Jacques Attali sur la question de l’antisémitisme en France, un antisémitisme clairement identifié comme étant musulman. Excédé, Attali, a eu des mots durs et catégoriques réfutant l’idée que l’antisémitisme soit un problème en France. Plus encore l’illusion d’un antisémitisme en France n’existerait que par une « propagande israélienne ». Mais les fait sont têtus, le Ministère de l’intérieur rapportant pour le premier semestre de l’année 2008 631 actes antisémites sur le territoire français contre 474 pour l’ensemble de l’année 2007. Autant dire que l’antisémitisme n’est pas seulement un « problème » en France, c’est une réalité alarmante.

Et pourtant, j’aurais tendance, si ce n’est à justifier les propos de Jacques Attali, à lui trouver certaines excuses. Chacun de ceux qui se sont rendus en Israël ont fait cette expérience dans le taxi qui quitte l’aéroport d’un chauffeur qui interroge le passager sur sa nationalité.

Immanquablement, on nous parle de l’antisémitisme en France comme si le fait d’être identifié comme juif conduisait chacun d’entre-nous à s’exposer à une tentative immédiate de meurtre. Gaza apparait presque comme une zone de paix face à Paris et sa banlieue ! Oui les actes antisémites existent en France et en nombre, non la France et ses représentants ne sont pas antisémites.

Le Crif a été dans son rôle en le rappelant dans un communiqué et en constatant qu’il « existe un climat de détestation des Juifs qui s’exprime par des insultes et souvent par des agressions physiques ». En dépit de l’amitié et du respect que j’ai pour le BNVCA dirigé avec passion et abnégation par son président Sammy Ghozlan, la réaction de cet organisme qui lutte contre l’antisémitisme me semble disproportionné et insultant. On ne peut pas qualifier Jacques Attali de « négationniste », pas plus qu’il « n’injurie la mémoire d’Ilan Halimi ». Cela n’est pas sérieux. A se tromper d’ennemis on déroule un tapis rouge à ceux qui propagent l’antisémitisme. Est-ce bien responsable de répondre ainsi par communiqués de presse à ce qui est un dérapage sur lequel l’auteur est revenu. Acceptons l’idée selon laquelle il niait l’existence d’un antisémitisme politique. Pour celui qui a vu monter l’extrême droite en France jusqu’à être présent au second tour des présidentielles (on semble vite l’oublier), la marginalité du Front National dans le paysage politique français peut laisser à penser que cet antisémitisme là n’est plus un problème. C’est tout le crédit que je veux donner à Jacques Attali.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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