Écrire la Shoah et la Seconde guerre mondiale au XXIe siècle

Colloque autour des Bienveillantes de Jonathan Littell
publié le mercredi 17 juin 2009
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A visiter : Site du colloque

Colloque international, Université hébraïque de Jérusalem (21-23 juin 2009)

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« Frères humains, laissez-moi vous raconter comment ça s’est passé ». Ainsi commence Les Bienveillantes, ce livre de 900 pages qui a créé l’événement en France lors de sa publication en 2006. Le narrateur est un officier nazi, et ce « ça » n’est rien de moins que la Seconde Guerre mondiale et la Shoah. « [...] il s’est passé beaucoup de choses » poursuit-il « Et puis ça vous concerne : vous verrez bien que ça vous concerne. »

Les Bienveillantes est le premier roman de Jonathan Littell, un jeune Américain écrivant en français. Le livre a monopolisé l’actualité littéraire : il a connu un grand succès de vente et a remporté deux prix prestigieux (le Prix Goncourt et le prix de l’Académie française). De fait, il inaugure une nouvelle écriture de la Shoah et de la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, Jonathan Littell fait usage de techniques qui ne sont pas nouvelles et n’hésite pas à intégrer des genres populaires ou encore à entrer en dialogue avec d’autres textes ; néanmoins, Les Bienveillantes est un phénomène.

Les participants du colloque de Jérusalem analyseront en quoi ce livre inaugure une nouvelle ère dans l’écriture de la Shoah. À la fois unique et représentatif, le roman cristallise des problèmes qui se posent quand on écrit sur cette période plus de 60 ans après les faits, et y répond à sa façon : comment écrire sans la légitimité de l’expérience ? Comment conserver la mémoire au moment où disparaissent les derniers témoins ? Quel rôle la littérature est-elle appelée à jouer dans cette nouvelle ère ? Comment fictionnaliser un passé bien connu qui cependant reste un passé inconcevable ?

Avec Les Bienveillantes, Jonathan Littell propose une nouvelle représentation de la Shoah et de la Seconde Guerre mondiale, essentiellement en adoptant le point de vue d’un bourreau fictif et en mêlant savoir historique, discours historique et imagination. En réalité, dans l’immédiat après-guerre, il s’est trouvé, parmi les survivants, des écrivains qui justifiaient le recours à la fiction pour dire l’indicible (Robert Antelme) et des écrivains qui voulaient entendre la voix des bourreaux (Primo Levi).

La publication des Bienveillantes a suscité de vives réactions : un accueil enthousiaste (par exemple de la part de Jorge Semprún ou de Julia Kristeva), des critiques acerbes (de la part d’Édouard Husson ou de Pierre-Emmanuel Dauzat), ou des réactions plus mêlées comme celle de Claude Lanzmann ; écrivains, journalistes et universitaires confondus. Autre tendance : les critiques favorables ont ressenti le besoin d’approuver le roman, de le justifier en quelque sorte, avant de l’analyser.

La première vague de réception est derrière nous. Il est temps, désormais, de procéder à des analyses plus rigoureuses sur le texte lui-même et sur les questions qu’il soulève, de suivre ses intertextes, d’examiner les contextes importants, de se pencher plus en profondeur sur les questions historiques et de s’intéresser au roman en tant que phénomène culturel. Le colloque se penchera sur l’œuvre dans sa dimension littéraire, historique et culturelle. Déchirés entre la spécificité de la Shoah et l’universalité de la guerre et du meurtre, entre la liberté artistique et l’importance de la réalité historique, nous nous demanderons : comment comprendre Les Bienveillantes ? Que peut la littérature dans la compréhension des atrocités, du comportement des hommes en situations extrêmes ou même de l’idéologie ? Les questions soulevées par Les Bienveillantes dépassent le cadre du roman. En toute logique, le colloque est le plus possible interdisciplinaire.

Les organisateurs ont sollicité la participation de chercheurs américains, français, allemands, autrichiens, polonais et israéliens dans le but de favoriser un véritable échange. Les différences de réception dans les pays où le livre a paru ne sont pas surprenantes. En fait, le livre a joué un rôle de révélateur : il a permis de montrer où en étaient les différents pays dans leur perception de la Shoah et de dégager un certain nombre de particularités. Pour l’instant, ces différentes perspectives n’ont pas encore eu l’occasion d’être mises en dialogue et c’est bien l’une des raisons d’être de ce colloque : créer un cadre qui le permette. Par ailleurs, le livre d’un Américain écrit en français, qui explore la pensée d’un Allemand, le suit dans ses pérégrinations dans l’Europe en guerre et le fait participer à la destruction du peuple juif, mérite un tel forum international.

Le colloque est organisé par Liran Razinsky et Cyril Aslanov de l’Université hébraïque de Jérusalem et Aurélie Barjonet, maître de conférences en Littérature comparée à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ/CHCSC). Il aura lieu du 21 au 23 juin au département de français de l’Université hébraïque de Jérusalem. La rencontre sera inaugurée par une conférence plénière de Susan R. Suleiman, titulaire de la chaire C. Douglas Dillon à l’Université de Harvard, Professeur de Civilisation française et de Littérature comparée. Elle sera immédiatement suivie d’une conférence-réponse de Sidra Ezrahi, Professeur de littérature juive et de littérature comparée à l’Université hébraïque de Jérusalem.

Les langues du colloque sont l’anglais et le français. Une traduction des résumés des interventions données en français sera disponible sur place.






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