Parasha Behaalothekha 5769

Chabbath 16 Mai 2009 - 21 sivan 5769 - Début : entre 20h14 et 20h29 Fin : 22h56
publié le mardi 12 mai 2009
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SUJET : Vision du Candélabre. Les visions chez Zacharie : leurs particularités - leur enseignement pour notre époque.

Texte étudié : ZACHARIE II, 14 à IV, 7. (Ce même texte est lu le premier Chabbat de Hanoucca).

Lecture de la Torah : Nombres VIII, 1 à XII, 16 : Le Candélabre. Consécration des Lévites ; seconde Pâque ; la marche dans le désert ; plaintes et médisance.


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INTRODUCTION

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Au mois d’août 520, un prophète nommé Aggée -Haggaï mit, de la part de D.ieu, les chefs et le peuple de Juda, en demeure d’entreprendre enfin la réédification du Temple. Cet appel était sans doute motivé, dans la pensée du prophète, par les événements politiques du moment. Depuis les derniers temps du règne de Cambyse, mort au printemps 522, l’empire perse était en proie à la plus violente agitation. Dans toutes les provinces du centre et de l’est surgissaient sans cesse de nouveaux prétendants, qui visaient soit à s’emparer du pouvoir central, soit à se tailler des royaumes indépendants. Les désordres durèrent au moins jusqu’en avril 520. Mais l’effervescence ne tomba sans doute pas sur le champ. Les provinces occidentales durent mettre du temps à se convaincre que l’ordre était définitivement rétabli jusque dans les lointaines régions de l’Iran et de la frontière de l’Inde. On s’explique alors qu’Aggée considérât encore en août 520 les heurts qui s’étaient produits entre les nations comme le présage, non seulement de l’écroulement de l’empire perse, mais de l’ébranlement final de la terre, et qu’il en déduisit le devoir pour les JUIFS de reconstruire sans délai le Temple : serait-il admissible que, au moment où D.ieu va inaugurer son règne, il n’eût pas son palais dans sa capitale ? Le prophète, en tout cas, trouve dans la négligence de ce devoir élémentaire l’explication des déceptions qu’ont essuyées les juifs au cours des dernières années : "vous êtes dans la détresse, dit-il, mais pourquoi ? Parce que la maison de l’Eternel est encore en ruine, tandis que vous vous empressez chacun pour sa maison." (I, 9). Rebâtissez le Temple et les champs produiront de nouveau d’abondantes récoltes. Bien plus, ce sera le signal de la venue du règne messianique. Aggée décerne à Zorobavel, le descendant de David que les Perses avaient nommé gouverneur en remplacement de Sesbassar des titre qui montrent que le prophète est prêt à saluer en lui le roi espéré. Il l’appelle l’élu de D.ieu, le Serviteur de l’Eternel, le Sceau que D.ieu conserve précieusement. (Agg. I, 23). Bientôt, un autre prophète, le prophète Zacharie, joignit ses pressants appels à ceux d’Aggée, promettant la fin de la colère du Seigneur - donc la venue du salut attendu - pourvu que le peuple revînt à son D.ieu : "revenez à moi et je reviendrai à vous" (Zach. I, 1-6, nov. 520). La première pierre du nouveau Temple fut posée solennellement en décembre 520 (Agg. II, 18 - Zach. IV, 9). Les événements ne tardèrent pas cependant à troubler ce bel enthousiasme. Il s’avérait de plus en plus clairement que, sous la main énergique de Darius, les forces de désordres étaient matées. L’affermissement de la paix dans le monde causa aux croyants de Jérusalem une profonde déception Nous en trouvons l’écho dans le second oracle de Zacharie, daté de février 519. Pour combattre le découragement, il rapporte huit visions que le Seigneur lui a accordées dans une même nuit et qui doivent donner aux pieux révolutionnaires la certitude que la catastrophe souhaitée va se produire incessamment.

BEHAALOTHEKHA

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Composition et contenu : Les prophéties rapportées par Zacharie au Chapitre I, verset 7 jusqu’au chapitre VI, verset 8, contiennent huit visions. Notre Haphtara en rapporte deux.

ZACHARIE II, 14-17 : Paroles de consolation annonçant le retour de la présence divine. Nouvelle installation dans le pays. " III, 1-5 : Vision du Grand-Prêtre. Les vêtements souillés. " III, 6-10 : Mise en garde et promesse. " IV, 1- 7 : Vision du Candélabre. Paroles d’encouragement à Zorobavel.

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Notre texte et celui de la Paracha offrent des points de ressemblances visibles et évidentes. On y parle du Candélabre (Nombres VIII, 1-4) et il en est de même dans notre Haphtara. En étudiant les deux textes, nous pouvons tirer de nombreux enseignements, aussi bien par les ressemblances que par les dissemblances. Dans le texte de la Torah, le passage traitant du candélabre est surprenant, car sa fabrication, l’allumage de la lumière perpétuelle ont déjà été mentionnés dans Exode XXV, 31-40 - XXVII,20-21. Pourquoi donc en rappeler le caractère rituel et pour quelle raison à nouveau dans notre texte ? Nachmanide, soulevant des objections contre Rachi, nous fournit un certain nombre de raisons. Dans le précepte dont l’ordonnancement vient d’être répété, il ne s’agit pas pour lui d’une simple répétition, mais plutôt d’une promesse ou une allusion à l’avenir. Il nous explique également pour quelle raison c’est ici, dans le Livre des Nombres que l’on en reparle. Voici donc son commentaire sur Nombres VIII, 1 : "Behaalothekha" : pourquoi ce passage fait-il suite à l’intronisation des Princes ? (Nb. VII, 1-89). Car, en assistant à cette intronisation, Aaron fût troublé de n’avoir pris part à cette cérémonie, ni ses descendants. D.ieu lui dit alors : "Je te le promets, ta part sera plus grande que la leur, car tu auras pour mission d’allumer et d’arranger le candélabre matin et soir, selon Rachi inspiré par le Midrach Tan’houma sur Behaalothekha." Je ne comprends pas de quelle manière D.ieu a ainsi consolé Aaron, en lui parlant de l’allumage du candélabre, au lieu de lui rappeler qu’il brûlerait l’encens. (Ex. XXX. 7-8), dont la Torah fait la louange (Deut. XXXIII, 10) : "ils présentent l’encens devant Ta face" (bénédiction de Moïse à la tribu de Lévi). D.ieu aurait pu également le consoler par l’invitation à célébrer le culte du jour de Kippour que seul peut réaliser le Grand-Prêtre, dans le Saint des Saints. De plus, pourquoi Aaron fût-il troublé ? Le sacrifice qu’il avait à offrir était plus important que celui offert par les princes, puisqu’il eût à offrir de nombreux sacrifices durant tous les jours d’inauguration du Tabernacle (Lévitique VIII et IX). S’il fallait répondre qu’Aaron aurait voulu comme les princes, offrir de façon spontanée et bénévole des sacrifices, et non de façon obligatoire, alors le chandelier faisait également l’objet d’un commandement imposé et ne permet aucune spontanéité. . Après ces interrogations, Nachmanide trouve dans ce Midrach une allusion à la fête de Hanoucca avec l’allumage qui eût lieu durant la période du second Temple, puisqu’en disant dans notre texte que c’était Aaron et ses fils qui auraient la charge du Candélabre, cela concernerait plus tard ses descendants les Hasmonéens." Nachmanide poursuit : "Dans le midrach Tan’houma et le midrach Rabba sur notre section, j’ai encore trouvé un autre texte selon lequel D.ieu aurait dit à Moïse d’aller rassurer Aaron à qui une charge plus grande serait dévolue, celle d’offrir les sacrifices aussi longtemps qu’existerait le Temple. Par contre, nous savons que le Candélabre serait toujours illuminé, toutes les bénédictions qu’Aaron serait chargé d’adresser au peuple d’Israël ne seraient jamais abolies. (Nb. VI, 26-27). Aussi, après la destruction le Temple, lorsque les sacrifices sont abolis, les lumières du candélabre restent également éteintes, puisqu’il n’y a plus de Temple. Nous pouvons donc dire que notre Paracha fait bien allusion aux lumières de Hanoucca allumées par les Hasmonéens après la destruction du Temple et même en période d’exil. Aaron a donc occupé une place particulière, bien à part de celle des Princes. Ainsi, l’explication de ces textes du Midrach tels que les comprend Nachmanide, la répétition dans notre paracha du commandement relatif au candélabre valent plus qu’un ordre donné, car il s’agit là d’une allusion pour l’avenir, annonçant le miracle de l’huile se produisant lors de Hanoucca et sa perpétuation par les lumières de cette fête. C’est ce point qui relie notre paracha à la Haphtara. Dans la première, on nous parle d’une mitzwa de la Torah qui devint ensuite une mitzwa ordonnée par les rabbins, alors que dans notre Haphtara, on nous parle d’une vision difficile à comprendre concernant le candélabre. Cette vision n’a pour but que de nous fournir une description concrète des relations d’un guide par rapport à son avenir, en traçant une voie pour surmonter les malheurs présents. En prenant la vision du candélabre pour exemple, le prophète veut en tirer une enseignement : (Zacharie IV, 6) "Ceci est la parole de l’Eternel à Zorobavel : Ni par la puissance, ni par la force, mais bien par mon esprit ! — dit l’Eternel-Cebaot." Rachi fournit une explication politique pour un avenir proche en disant : "Je mettrai mon esprit sur Darius, il vous ordonnera de construire et d’accomplir tout ce qui est nécessaire à cette construction en donnant sa contribution pour vous aider avec du blé, du vin, de l’huile, du bois, ainsi qu’il est précisé dans Ezra VI, 6-12, et vous n’aurez besoin de nulle autre aide des hommes." Nous trouvons encore un autre point particulier de convergence au sujet du candélabre, entre notre haphtara et la section Terouma, par rapport à ce qui dira Zacharie quelques versets après le texte de la Haphtara. Dans Exode XXV, 37, la Torah donne l’ordre suivant : "Tu feras ses lampes au nombre de sept." Comme il nous semble difficile de comprendre à quoi correspond ce chiffre sept, Zacharie nous fournit l’explication en disant (IV, 10) : "Ces sept-là sont les yeux de l’Eternel qui parcourent toute la terre." Dans son commentaire moderne sur la Bible, A. Ch. HARTOUM fait observer à propos de ce passage : "Les sept lampes et les sept réceptacles symbolisent la providence divine, les yeux de D.ieu voyant tout." (cf. IV, 10). Du discours du prophète nous pouvons cependant comprendre un détail des commandements de la Torah. Si l’on pose la question de savoir si les prophètes sont chargés d’expliciter ce qui paraît obscur dans la Torah, il y a lieu de répondre qu’il existe d’autres exemples du même genre. Et si toutefois le prophète ne venait pas expliciter les paroles de la Torah, il viendrait simplement fournir une explication comme on en trouve généralement dans les textes tardifs du Midrach. Ainsi, dans la Torah, il n’existe pas de passage plus obscur que celui de la vache rousse, et pour cette raison ses prescriptions appartiennent à ce que l’on appelle un ’HOK = un décret (décision divine que nul ne peut remettre en cause - cf. Rachi sur Nombres XIX, 2). Lorsque nous ouvrons le livre du prophète Ezechiel dans ses chapitres de consolation, nous constatons que ce prophète a utilisé la démarche de la purification d’une personne impure pour avoir été en contact avec un mort, pour nous dire que la nation juive est en mesure de se purifier et de se régénérer de même que chaque individu qui en fait partie. Voici ce que dit Ezechiel (XXXVI, 25-26), le premier verset servant d’exemple, le second de leçon : "et j’épancherai sur vous des eaux pures afin que vous deveniez purs : de toutes vos souillures et de toutes vos abominations, je vous purifierai. Je vous donnerai un coeur nouveau et je vous inspirerai un esprit nouveau ; j’enlèverai le coeur de pierre de votre sein et je vous donnerai un coeur de chair." Aussi bien pour parler des sept lampes dans la vision de Zacharie que des propos d’Ezechiel, D.ieu utilise les symboles de la Torah pour revêtir les prophéties sur le futur. Elles donnent un éclairage sur les commandements ordonnés par D.ieu dans la Torah, et c’est par la prophétie que nous apprenons pour quelle raison il était nécessaire qu’il y eût précisément sept lampes sur le candélabre, de même que le prophète Ezechiel nous permet de mieux comprendre le sens de la vache rousse, par l’enseignement relatif à la purification des coeurs. Pour ce qui est de la vision de Zacharie, nous y trouvons ce qu’il y a d’important dans l’existence quotidienne qui est la nôtre, à savoir, nous préoccuper de l’huile dont nous nous servons afin qu’elle soit toujours renouvelée, que la flamme soit constamment rallumée, tout nous étant indiqué sous une forme extraordinaire.

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Les visions de Zacharie : leurs particularités et leur enseignement pour notre époque.

Pour montrer la différence existant entre les prophètes en général et le plus grand d’entre eux Moïse, nous disposons de deux citations bibliques. Pour les premiers, il est écrit (Nombres XII, 6) : "je me manifesterai à lui par une vision", alors que pour Moïse il est clairement indiqué (Nombres, XII, 8) : "Je lui parle face à face, dans une claire apparition et sans énigme." C’est ce que souligne Rachi en commentant : "La Divinité ne se manifeste pas à eux dans un miroir bien poli mais dans un rêve et une vision." C’est donc à partir de ces exemples que nous pouvons comprendre qu’en maints endroits où l’on parle des prophètes, il soit indiqué qu’ils ont fait l’objet de visions et de rêves. Chez AMOS, JEREMIE et EZECHIEL nous en trouvons beaucoup d’exemples. (Amos VII - IX - Jérémie I, XXIV et XXV - Ezechiel I à III, VIII, IX, XI, XXI, la vision de l’épée, XXXVII, les ossements desséchés - XL-XLVIII, et surtout Iaïe VI). Mais quand nous examinons les huit visions de Zacharie, nous y trouvons quelque chose de particulier, par leur unité interne, nous permettant de comprendre les problèmes de notre époque. Lorsque nous lisons les six premiers chapitres de Zacharie, nous sommes frappés par deux points : I. - Le prophète lui-même décrit son expérience de prophète en disant (IV, 1) : "L’ange qui conversait avec moi revint : il me réveilla comme un homme qu’on réveillerait de son sommeil". Il s’agit donc d’une témoignage sur ses propres sensations, comme s’il s’éveillait d’un profond sommeil, voulant exprimer son émerveillement de ce qui lui a été annoncé dans la vision. II. - Ce n’est qu’ici chez Zacharie et nulle part ailleurs que revient à plusieurs reprises l’expression particulière : "l’ange qui parlait avec moi" (I, 9 - II, 2 et 7 - IV, 1 et 5 - V, 5 et 10 - VI, 4). Il s’agit donc de formuler une explication quant à ces différences par rapport aux autres prophètes. Les explications sont d’ailleurs nombreuses. Rachi éprouve quelques difficultés car il considère que les visions de Zacharie sont énigmatiques et difficiles à expliquer. Voici ce qu’il dit à propos du passage de Zach. I, l : "la prophétie de Zacharie est très obscure, car on trouve chez lui des visions ressemblant à des rêves que nous devons interpréter, et nous n’y parviendrons que lorsque viendra le Juste Maître." Ibn Ezra ne voit dans ces passages non seulement l’expression propre à chaque prophète, mais plutôt une dégradation par rapport à l’époque du premier temple. Pour cela, Ibn Ezra compare Zacharie à Daniel chez qui nous voyons également l’influence que peut exercer la prophétie sur celui qui est chargé de la transmettre : (VIII, 27 - X, 7-8). C’est bien chez Daniel que l’on mentionne les deux anges GABRIEL (Daniel VIII, 16 - IX, 21) et MICHAEL (d° X, 13 et 21 - XII, 1). Ibn Ezra dit encore à ce propos : "les degrés de la prophétie sont nombreux, on ne saurait les compter, car la force des âmes susceptibles d’avoir l’esprit saint n’est pas identique pour chaque prophète. Lorsque la gloire divine est avec Israël, avant qu’il ne fût envoyé en exil, la prophétie n’avait nul besoin d’être expliquée, comme par exemple dans I Rois XIII, 2 : "Un fils va naître à la famille de David - Josias sera son nom". Cette annonce pouvait se vérifier d’elle-même mais après l’exil, les visions nécessitaient des explications comme chez Daniel, car sans l’ange, il n’aurait pas compris le sens du songe, d’autres que lui encore moins. Et tel fût le cas également chez Zacharie." Pareille position concernant la prophétie après l’exil est adoptée par RADAK. Pour en revenir aux visions de Zacharie, nous constatons leur unité, chacune complétant l’autre. Elles vont deux par deux. Voyons donc cet ensemble : 1) vision des chevaux (I, 7 et 17) - 2), vision des cornes et les quatre forgerons (II, 1-4) - 3), l’arpenteur tenant son cordeau (II, 5-17) - 4), vision des habits souillés et leur changement par des vêtements de prix (III, 1-10) - 5), vision du candélabre devant le Grand-Prêtre (IV, 1-14) - 6), vision du rouleau volant (V, 1-4) - 7), vision de l’Epha (mesure (V, 5-11) - 8), vision des quatre chars (VI, 1-8). Ces huit visions sont réparties en quatre groupes. La première et la dernière exprime la même idée du rapport des peuples envers Israël et celui de D.ieu aux nations. Le second groupe concerne les visions 2 et 3 et traite du châtiment des nations et de la renaissance de la capitale et de son extension. Les visions 4 et 5 s’adressent aux dirigeant des peuples. Enfin, les visions 6 et 7, la situation morale du peuple et la punition qui résultera de l’inconduite. GROUPE UN - Visions 1 et 8 : Que voit le prophète dans la première (I. 8-11) ? Il voit quatre chevaux. Ce nombre de quatre apparaît également dans II, 1-3 et VI, 1. Le texte dit clairement dans la huitième vision (VI, 5) : " L’ange me répondit : ce sont les quatre vents du ciel qui sortent, après s’être présentés devant le Maître de toute la terre." De même, dans la quatrième vision (II, 10), nous retrouvons les quatre vents du ciel : "Hola ! Hola ! Fuyez du pays du Nord, dit l’Eternel, car comme aux quatre vents du ciel, je vous ai dispersés, dit l’Eternel." Nous comprenons donc que l’exemple des chevaux, symbole de vitesse ( Jér. IV, 13 et Habacuc I, 8) est utilisé ici pour décrire la situation, afin que l’on rende compte à "l’homme" (I, 8) appelé "ange" (I, 11). C’est ce qu’explique Ibn Ezra sur Zach. I, 9 : "les chevaux sont envoyés par D.ieu pour parcourir la terre comme le satan de Job qui était lui aussi un messager." Que devaient faire ces chevaux ? Ils étaient chargés de dire : "Nous avons parcouru la terre, et voilà que toute la terre est tranquille et paisible." On serait en droit de se dire que la situation est totalement idéale. Mais la vision se poursuit en disant qu’après ce compte-rendu, l’ange prie en faveur d’Israël en disant (I. 12) "jusqu’à quand seras-tu sans pitié pour Jérusalem et les villes de Juda, contre lesquelles tu t’es irrité, voilà soixante-dix ans ?" Mais à la réponse formulée précédemment, selon laquelle la terre était tranquille et paisible, le prophète est chargé d’annoncer que D.ieu en veut à tous ces peuples qui vivent si paisibles, en coopérant à la ruine, alors qu’Il n’était qu’un peu irrité (I, 15). La vision et son interprétation nous indiquent que D.ieu, qui se sert pourtant des nations pour frapper Israël, leur en veut, car elles sont paisibles, et ne font rien pour aider à la délivrance d’Israël. Nous retrouvons une situation analogue dans la huitième vision (VI, 1) dans laquelle, au lieu de nous parler des quatre sortes de chevaux il est questions de quatre chars partant dans des directions différentes (VI, 8). Il y a là une allusion à Cyrus et Darius, puisqu’il est question de Babel, le Nord, à qui il est reproché de n’avoir pas suffisamment aidé Israël à se réinstaller sur sa terre. Nous voyons ainsi que si dans la première vision, D.ieu blâmait la situation trop paisible des peuples, ne se souciant pas trop d’Israël, dans la huitième, ces nations vont davantage contribuer à la restauration d’Israël sur sa terre. GROUPE DEUX : (Visions 2 et 3) on nous montre d’une part le châtiment qui frappera toutes les nations, et d’autre part le secours nettement énoncé en faveur d’Israël. C’est dans ces deux passages que sont clairement énoncés les idées contenues dans les versets. D’un côté (II, 1-4), il est question de cornes et de forgerons, venus terrifier les habitants du pays, indifférents au sort du peuple juif. (II, 4). Mais après nous avoir relaté le châtiment destiné à frapper les nations, la troisième vision veut par sa réponse, nous montrer le calme et la sécurité régnant dans le pays et sa capitale, Jérusalem en nous parlant de l’arpenteur qui indiquera des dimensions de plus en plus larges (II, 5). Comme pour montrer que la ville n’a nul besoin de murailles et que D.ieu est son unique protecteur, le prophète annonce (II, 8) : " Jérusalem sera habitée à l’état de ville ouverte en raison de la multitude d’hommes et de bêtes qui s’y trouveront." D.ieu sera pour son peuple une muraille de feu (II, 9). Disons au passage que cette idée a été formulée dans la Amida de l’après-midi du 9 Ab, dans la prière intercalaire de "Na’hem - console". Dans cette dernière partie, nous trouvons déjà une idée consolatrice formulée par le prophète selon laquelle les nations elles-mêmes viendront un jour aider Israël. GROUPE TROIS : (Visions 4 et 5) : nous y trouvons les problèmes politiques complexes que se posaient les dirigeants de l’époque. Il s’agit là du pouvoir à l’époque du second Temple. L’autorisation de retourner dans la patrie ancestrale fut donnée par Cyrus, sans aller jusqu’à l’indépendance politique. Comme nous l’indique Maimonide à propos de la Michna de Midoth - chap. I, michna 3, « sur la troisième porte devait être représentée la capitale Suse, de manière à toujours faire sentir l’autorité de l’empereur, et rappeler aux juifs qu’ils n’avaient pas à se révolter contre lui. En raison des liens politiques existant entre la Terre Sainte et le pouvoir de Babylone, le prestige de la prêtrise en fut rehaussé. » Le Grand-Prêtre était donc considéré comme le représentant des habitants du pays par rapport au pouvoir. Il en résultait que très souvent les Grands-Prêtres n’étaient pas toujours dignes de leur charge et n’avaient pas nécessairement les connaissances requises (Yoma chap. I, michna 6). C’est notamment dans le texte de notre Haphtara que l’on verra la figure du Grand-Prêtre Josué, comme s’il apparaissait devant un tribunal en situation d’accusé. Il est revêtu d’habits souillés. Ceux-ci, selon Sanhedrin 93 a, figurent les enfants de ce personnage ayant contracté des unions illicites. En fait, c’est la mauvaise conduite générale qui est mise en cause. Ce qui paraît plus difficile à comprendre, c’est la vision du candélabre rapportée au chef politique, ZOROBAVEL. (IV, 2 et 3) où l’on nous fournit l’explication relative aux deux oliviers en liaison avec la vision du candélabre. Celui-ci est construit par des mains humaines. L’olivier fournissant l’huile destinée à l’éclairer pousse très loin. Pourtant, tout se tient. La réponse nous est fournie par les versets célèbres : "non par la force, ni par la puissance mais par esprit, dit l’Eternel". Rachi vient nous dire que de même que l’olivier pousse tout seul, sans le concours de l’homme, de même, le Temple ne pourra être reconstruit que par l’intervention de D.ieu auprès de Cyrius et Darius, mais non par la force. Ce discours fut adressé à Zorobavel pour lui montrer les limites de son pouvoir. Cela revient à dire qu’en général, comme le souligne Rachi, les hommes font beaucoup d’efforts pour leur réussite personnelle, mais que tout est dépendant de la volonté divine. Par cette vision où il est question de deux oliviers alimentant directement le candélabre, on veut nous enseigner que les deux pouvoirs, politiques = Zorobavel et religieux = Grand-Prêtres sont indissolublement liés, et c’est à ce prix que le Temple pourra être reconstruit, d’où l’expression de joie de la fin de notre Haphtara :"qu’elle est belle ! qu’elle est belle ! " (IV, 7). GROUPE QUATRE : Le prophète est ici introduit dans l’univers messianique (III, 8) : "oui, certes, je vais faire apparaître mon serviteur, le Rejeton." (allusion à Isaïe IV, 2 - Jérémie XXIII, et XXXIII, 15). Le rouleau volant dont il est question comporte les noms de tous ceux qui ont fauté et qui devront rendre des comptes à la fin des temps. Il signifie entre autres que ceux-là n’auront pas leur place en Terre Sainte. Le Talmud Meguila 14 a nous enseigne que "les prophéties utiles pour les générations à venir ont été écrites textuellement, celles qui ne sont pas utiles, n’ont pas été écrites." Les époques ne se ressemblent pas toujours et les générations ne comprennent pas toujours la véracité de nombreuses prophéties. Mais il semble que l’on puisse quelque peu trouver matière à réflexion dans les visions de Zacharie. Notre époque n’est pas si éloignée de la sienne. Comme autrefois, une grande partie de l’existence de notre peuple est tributaire de l’existence du monde environnant. La plupart des nations sont indifférentes voire hostiles à notre sort. Pour qu’il y ait une existence nationale en Terre d’Israël, il faut seulement compter sur la protection divine, seule capable d’élever une muraille de feu. Une conduite conforme à l’esprit de la Torah doit inspirer la politique que mènent les dirigeants. Elle doit être fondée sur une volonté de paix entre tous. C’est la condition nécessaire pour une existence nationale normale. Les deux dernières visions nous invitent surtout à lutter contre toutes les perversions morales. Elles nous invitent à nous inspirer de cette devise du prophète : "Parlez loyalement l’un à l’autre, rendez des sentences de vérité et de paix dans vos portes ! Ne méditez dans votre coeur aucune méchanceté l’un contre l’autre, n’aimez pas le faux serment, car toutes ces choses, je les hais, dit l’Eternel...................Chérissez la vérité et la paix." (Zach. VIII, 16 et 19).

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Alain Goldmann
Grand Rabbin




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