parasha A’hare-Moth Kedochim 5769

Chabbath 2 Mai 2009 - 8 Iyar 5769 - Début ; entre 19 h 35 et 19 h 50 - Fin : 22 h 00
publié le mardi 28 avril 2009
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Lecture de la Torah : LEVITIQUE XVI, 1 - XX, fin : Kippour ; lois de sainteté. Haphtarah : Achkenazim : AMOS IX, 7-15 : D.ieu ramène les captifs d’ISRAËL ; Sephardim : EZECHIEL XX, 1-20 : Malgré les révoltes d’ISRAËL, D.ieu l’a mené d’âge en âge.

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Sujet de notre étude : De la nature de la suspension de l’idée du peuple élu selon les prophètes.

Construction et contenu de la Haphtara :

Nous commenterons ici le texte de la Haphtara lue selon le rite achkenaze. Le lecteur sera informé plus loin des raisons de ce choix. Ce passage sert de conclusion au Livre d’AMOS. Il contient à la fois des paroles de réprimandes et de consolations.

AMOS IX, 7 - 10 : ISRAËL est pécheur comme toutes les nations, et les méchants en ISRAËL seront perdus. « 11 - 12 : Mission politique à la fin des temps. « 13 - 15 : La bénédiction espérée pour la période du retour et de la délivrance.

Relation entre la paracha et la Haphtara :

Nous sommes à nouveau face à un exemple d’opposition intentionnelle ayant amené nos Sages à choisir ce court passage tiré du prophète AMOS pour accompagner les textes de la Paracha qui contient de très nombreuses lois, des préceptes modèles relatifs à « au Royaume des Prêtres et à une Nation sainte (EXODE XIX, 6) tout en s’adressant directement à chacun de façon individuelle pour l’inviter à se sanctifier. Aussi, par rapport au début solennel de notre Paracha disant : « Parle à toute la communauté des enfants d’ISRAËL et dis-leur : « soyez saints ! car je suis saint, moi l’Eternel, votre D.ieu » (LEVITIQUE XIX, 2), nous trouvons la négation complète et l’obsession de la différence fondamentale existant entre ISRAËL en état de péché semblable à celui des autres peuples, selon les paroles du prophète AMOS s’exclamant : « N’êtes-vous pas pour moi comme les fils de l’ETHIOPIE, ô enfants d’ISRAËL ? dit le Seigneur. N’ai-je pas fait émigrer ISRAËL du pays d’EGYPTE comme les PHILISTINS de CAFTOR (Chypre ou Crète) et les ARAMENS de KIR ? » (AMOS IX, 7)

Toutefois, AMOS n’achève pas son livre par des paroles de châtiment et de désespoir, mais de consolation. Au lieu d’insister par des propos méprisants « N’êtes-vous pas pour moi comme des ETHIOPIENS », le dernier verset du Livre vient à nouveau fixer la proximité de la Présence Divine (CHEKHINA) par rapport au peuple élu en disant : « et ils ne seront pas déracinés de ce sol que je leur ai donné, dit l’Eternel, ton D.ieu » (AMOS IX, 15).

Parmi les grands exégètes médiévaux, RACHI notamment, considère que cette dénomination « les ETHIOPIENS » comme une sorte d’abaissement du niveau d’ISRAËL par rapport aux autres peuples. Il paraphrase notre texte en disant : « Pour quelle raison renoncerais-je à vous châtier alors que vous ne revenez pas vers moi. N’êtes-vous descendants des fils de NOE comme les autres peuples, comme les ETHIOPIENS auxquels vous ressemblez par votre incapacité de changement et dont il est dit : « le Noir peut-il changer sa peau (JEREMIE XIII, 23), alors que vous êtes capables de vous améliorer ? ». C’est cette possibilité d’amélioration qui a incité nos Rabbins à choisir ce passage d’AMOS comme texte de notre Haphtara.

Il convient cependant de souligner le fait que certains commentaires voient dans le terme KOUCHI - le Noir, choisi par JEREMIE, une expression respectable. ABRAVANEL introduit son commentaire biblique par ces termes en disant qu’ils lui sont inspirés par D.ieu, : « ces gens avaient été condamnés à être des esclaves permanents, de la même manière que vous (enfants d’ISRAËL) êtes totalement mes serviteurs que j’ai fait sortir d’EGYPTE et que j’ai acquis de main forte. »

Même la AGADA (Littérature homilétique) a expliqué de manière libre et en maints endroits, le concept de « KOUSCH - le Noir », comme étant un titre positif. C’est ce que nous indique le YALKOUT CHIMONI sur le Livre de SAMUEL, allusion 157 : « CHIGAYON de DAVID, qu’il chanta à l’Eternel à propos de COUSHI, le BENJAMINITE » « D.ieu dit à DAVID : Tu entonnes un chant devant moi pour la défaite de SAÜL ? Si tu étais SAÜL et lui DAVID, j’aurais détruit beaucoup de DAVID devant lui. Tu entonnes ce chant sur lui, il ne s’appelle pas COUSH mais SAÜL. Mais de même qu’un Noir (COUSHI) est différent par la couleur de sa peau, ainsi SAÜL se distingue-t-il par ses actes positifs et par son aspect, ainsi qu’il est dit : « SAÜL, jeune et beau, que nul enfant d’ISRAËL ne surpassait, en beauté et qui dépassait de l’épaule tout le reste du peuple » (I SAMUEL IX, 2). Nous voyons également l’expression « la COUSHITE - la femme de couleur noire » qui était en réalité TSIPORA, la femme de MOÏSE (NOMBRES XII, 1). Elle aussi, se distinguait des autres, non par la couleur, mais par ses bonnes actions et par sa beauté (cf. EXODE IV, 24-26). Revenant au verset d’introduction à notre Haphtara tiré du texte d’AMOS, on peut également dire qu’ISRAËL se distingue des autres nations par ses actes ».

Par cette AGADA, nous constatons qu’ABRAVANEL ainsi que MALBIM, nous enseignent que l’injonction de AMOS appelant ISRAËL les COUSHITES, est une dénomination favorable. Mais en comparant le texte de notre Paracha et celui de notre Haphtara, nous constatons une sorte d’identification de la conception « du peuple saint ». S’il est dit en introduction aux Dix Commandements « vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte » (EXODE XIX, 6), cette sorte de discrimination se trouve déjà indiquée dans le verset qui le précède, lorsqu’il est dit : « Désormais, si vous êtes dociles à ma voix, si vous gardez mon alliance, vous serez mon trésor entre tous les peuples ! Car toute la terre est à moi » (v. 5). L’élection du peuple d’ISRAËL est conditionnée à son obéissance aux lois de D.ieu. La Paracha KEDOCHIM contient précisément de nombreuses lois très détaillées nous enseignant de quelle manière chacun peut parvenir au stade de la sainteté, et ce, par une obéissance absolue à la parole divine. De la sorte, l’aspiration vers l’idéal de sainteté selon la Torah et la comparaison d’ISRAËL avec les COUSHITES (en cas de désobéissance) sont étroitement imbriqués.

Nature de la suspension de l’idée du peuple élu selon les prophètes.

La réflexion portée sur le texte de notre Haphtara nous conduira à élargir la question telle qu’elle ressort des textes prophétiques, mettant en garde ISRAËL pour lui ôter l’idée que s’ill est un peuple élu, il doit lutter contre toute trace d’orgueil à ce sujet. Nous commencerons notre étude par les propos d’AMOS visant à enraciner directement ou par voie détournée l’opinion perdue, comme si ISRAËL se trouvait au-dessus des autres nations du simple fait que D.ieu l’a choisi comme peuple d’élite, et comme s’il continuait à bénéficier de ce privilège, même sans se distinguer par ses vertus et sa fidélité envers D.ieu. Nous avions déjà abordé cette question dans notre commentaire sur la Haphtara de VAYECHEV sous le titre : « le problème des prophéties en direction des nations ».

Nous mentionnerons ici trois citations tirées du Livre d’AMOS.

1° Prophétie-réprimande générale contre les nations : DAMAS, les PHILISTINS, TYR, EDOM, AMON, MOAB, par lesquelles débute le texte d’AMOS tout en adressant ses reproches à ISRAËL : « A cause du triple, du quadruple crime..... je ne le révoquerai pas » (AMOS I, 3- 6 - 9 -11 - 13). Par ces mises en garde, le prophète veut se montrer plus sévère envers son propre peuple qu’envers les autres. (AMOS II, 4-12). 2° Il explicite même sa pensée en disant à l’intention de JUDAH et d’ISRAËL : « C’est vous seuls que j’ai distingués entre toutes les familles de la terre, c’est pourquoi je vous demande compte de toutes vos fautes » (AMOS III, 2), c’est-à-dire, l’ELECTION n’est qu’un engagement moral et religieux renforcé. C’est ce que RADAK fait particulièrement ressortir dans son commentaire sur ce verset en disant : « Parce que je vous connais et que je vous ai choisis parmi tous les autres peuples, aussi tiendrai-je compte de toutes vos fautes. Vous avez vu et connu tous mes signes et prodiges réalisés en votre faveur, il est donc juste que je tienne compte de vos fautes. Le roi s’irrite contre ses sujets s’ils désobéissent à ses ordres bien plus que s’il s’agissait de personnes éloignées de lui. Pour les autres familles de la terre, il ne tient pas compte de leurs actes, bons ou mauvais, sauf quand ils agissent avec violence, comme à l’époque du Déluge, par exemple. » Toutefois, les deux citations formulées ci-dessus n’indiquent pas encore qu’il s’agit d’une annulation de la notion d’élection mais d’un avertissement quant au poids de l’engagement découlant de celle-ci. Ces citations veulent également écarter de nous l’idée selon laquelle il suffit d’appartenir simplement au peuple élu. On veut nous enseigner par ailleurs qu’il ne s’agit pas d’un choix lié à une question biologique, raciale comme on le pense encore assez couramment de nos jours. Il s’agit avant tout de comprendre le sens de la vocation et le rôle éminent qui s’attache à cette élection pour chacun des membres du peuple d’ISRAËL. Cependant, à la fin du Livre d’AMOS, et c’est le troisième passage de son Livre que nous avons voulu mettre en évidence, où nous trouvons l’expression la plus sévère de la négation de l’ELECTION par l’interpellation suivante : « N’êtes-vous pas pour moi comme les fils de l’ETHIOPIE, ô enfants d’ISRAËL ? dit le Seigneur » (AMOS IX, 7). Nous ne serons pas trop éloignés de la vérité si nous émettons l’hypothèse selon laquelle c’est de manière non intentionnelle qu’AMOS évoque ici le nom de COUSH, le fils aîné de ‘HAM (GENESE X, 6). Il y est aussi question de CANAAN - un autre fils de ‘HAM - au sujet duquel il est dit à deux reprises qu’il sera esclave et une autre fois qu’il fut maudit (voir GENESE IX, 25-26). Cela vient nous enseigner que non seulement, le peuple élu ne surpasse pas les autres nations mais qu’il ne suffit pas de le comparer à celles-ci, et qu’il s’est même tenu éloigné de D.ieu comme le plus vil des peuples, tel celui de ‘HAM. 

A de nombreuses reprises, le texte biblique souligne, soit en indiquant le sens des commandements, soit par des discours d’avertissements et d’intimidation ou encore par des homélies de consolations, que l’expérience fondamentale de la nation, c’est la sortie d’EGYPTE. C’est par cet événement et non exclusivement par celui de la Création de l’Univers, que le croyant juif trouvera un sens à sa Foi en D.ieu. C’est ce qui ressort clairement du passage introductif aux Dix Commandements : « Je suis l’Eternel ton D.ieu qui t’ai fait sortir du pays d’EGYPTE, de la maison d’esclavage » (EXODE XX, 2).

C’est alors que vient AMOS pour annuler la valeur de cet événement puissant. Il sert de témoignage fiable pour marquer le caractère spécifique de la Nation et le signe de sa proximité envers D.ieu que la TORAH souligne en disant : « Et quelle divinité entreprit jamais d’aller se chercher un peuple au milieu d’un autre peuple, à force d’épreuves, de signes et de miracles, en combattant d’une main puissante et d’un bras étendu, en imposant la terreur, toutes choses que l’Eternel, votre D.ieu, a faites pour vous, en EGYPTE, à vos yeux ? » (DEUTERONOME IV, 34). Par rapport à ces paroles de la TORAH, le prophète AMOS s’enhardit à dire à son peuple : « N’ai-je pas fait émigrer ISRAËL du pays d’EGYPTE comme les PHILISTINS de CAFTOR et les ARAMEENS de KIR ? (AMOS IX, 7)

Pour quelle raison ce Prophète juge-t-il nécessaire d’annuler sous une forme aussi véhémente la valeur de ce grand événement qui se produisit à l‘aube de la naissance de la Nation ? Ce ne pouvait être que du fait qu’elle se vantait avec prétention être le peuple élu, qui bénéficiait du privilège, dès le départ, de la grâce divine. De même que l’idée de Nation tient au miracle de la sortie d’EGYPTE, de même se conservera pour toujours, sans se forcer le moins du monde, la mission qui lui a été assignée par voie législative, celle de ne suivre qu’une voie religieuse et morale.

L’on peut remarquer ici que les premiers exégètes, RACHI, IBN EZRA et RADAK ne commentent pas le verset d’introduction de notre Haphtara comparant ISRAËL à COUSH comme s’il s’agissait d’une annulation de fonction spécifique du peuple. Mais il semble que notre approche possible se fasse en fonction de l’explication littérale, qui nous contraint malgré tout à approfondir le sens du verset et à étudier les méthodes moralisatrices des prophètes en général.

AMOS n’est pas l’unique prophète à vouloir en quelque sorte atténuer la mission spécifique dévolue au peuple élu lorsque se déverse sur lui la réprimande nécessaire. Bien d’autres de nos prophètes lui ont emboîté le pas.

Le Prophète OSEE, pour dénommer ses fils nés d’une femme prostituée, donne au troisième de ses fils, selon l’ordre divin, (de manière à montrer la distance séparant le peuple de son Créateur), le nom de « LO AMI - il n’est pas mon peuple ». Il déclare notamment : « car vous n’êtes plus mon peuple, et moi, je ne serai plus à vous » (I, 9). Il ne se contente pas de fustiger les GRANDS (OSEE I, 4), pas plus que le peuple d’ISRAËL n’obtiendra la miséricorde et la compassion en raison de ses fautes : « je ne continuerai pas à chérir la maison d’ISRAËL de façon à lui accorder un plein pardon » (I, 6), mais il va jusqu’à dire que le lien reliant D.ieu à son peuple est rompu, comme si celui-ci avait cessé d’être son peuple : « Et D.ieu dit à OSEE : « Appelle-le LO AMI (non mon peuple) » car vous n’êtes plus mon peuple, et moi, je ne serai plus à vous ». Après l’attitude à nouveau positive du peuple appelant D.ieu « mon époux » (II, 18-19), la réponse sera ensuite donnée par D.ieu : « Je rendrai mon affection à LO ROUHAMA et à LO AMI je dirai : « Tu es mon peuple » et lui, il m’appellera : « Mon D.ieu » (II, 25). Nous voyons ainsi que lorsque D.ieu suspend son alliance avec le peuple élu, c’est pour l’éduquer à sa mission active, pour créer et maintenir sa relation avec ISRAËL, qui ne peut être effective que par la préservation de la Foi et l’observance des commandements de la TORAH.

Le Prophète JEREMIE, dans un court discours, exprime de façon très claire et sévère, le caractère unique d’ISRAËL en disant : « Voici, des jours vont venir, dit l’Eternel, où je sévirai contre tous ceux qui sont circoncis sans l’être (allusion à la dureté du cœur), contre l’EGYPTE et JUDA, contre EDOM, contre les fils d’AMMON et MOAB, et contre tous les habitants du désert qui se taillent les coins de la barbe (pratique interdite aux Israélites - cf. Lévitique XIX, 27) ; car si tous ces peuples sont incirconcis, toute la maison d’ISRAËL a, elle, le cœur incirconcis ». (JEREMIE IX, 24-25). Sur ce verset, RADAK précise que le prophète ne vise pas les peuples du fait qu’ils ne sont pas circoncis mais bien davantage ISRAËL, qui bien que circoncis selon le commandement de la TORAH, ne se comporte pas bien. Pour cet auteur, ce n’est pas par la circoncision qu’ISRAËL se distingue, mais c’est en tendant à un comportement différent des autres peuples. Par ce mauvais comportement de la part d’ISRAËL, celui-ci n’est donc guère différent des autres peuples mentionnés par le prophète. Celui-ci, nous le savons, conteste aussi une idée bien ancrée dans le peuple risquant de dénaturer le pur concept de l’ELECTION, à savoir : la croyance en un lieu choisi particulier, le Temple, car en pensant que sa présence aurait la vertu de protéger ISRAËL des châtiments. JEREMIE l’exprime avec véhémence : « Ne vous fiez pas à cette formule trompeuse : « c’est ici le sanctuaire de l’Eternel, le sanctuaire de l’Eternel, le sanctuaire de l’Eternel...... Mais elle est donc devenue à vos yeux une caverne de brigands, cette maison qui porte son nom ! Eh bien, moi aussi, j’ai vu les choses de cette façon...... je traiterai la maison qui porte mon nom et vous inspire cette confiance ainsi que la résidence que je vous ai assurée, à vous et à vos ancêtres, comme j’ai traité SILO ; je vous rejetterai de devant ma face...... » (JEREMIE VII, 4, 11, 14-15). Paraphrasant le verset 4 parlant du Sanctuaire de D.ieu, MALBIM explique que celui-ci ne sera sanctuaire que dans la mesure où ceux qui y pénètrent feront en sorte que D.ieu sera effectivement dans le cœur des hommes car c’est là sa véritable résidence. Pour JEREMIE, le Temple en tant que tel ne doit pas être considéré comme un lieu magique.

Le Prophète EZECHIEL quant à lui, détruit l’idée de l’ELECTION en utilisant deux comparaisons terribles. Il dit notamment : « Fils de l’homme, fais connaître à JERUSALEM ses abominations. Tu diras : Ainsi parle le Seigneur D.ieu à JERUSALEM [Le lieu de] ton extraction et ton pays natal, c’est la terre de CANAAN ; ton père était AMORREEN et ta mère HETHEENNE » (EZECHIEL XVI, 2-3) En s’exprimant ainsi, EZECHIEL semble vouloir dire qu’ISRAËL se comporte comme les peuples dont il est issu, comme SODOME connue pour sa méchanceté. Il réprimande ISRAËL pour son orgueil non-justifié en disant : « Est-ce que le nom de SODOME, ta sœur, ne devait pas être une leçon dans ta bouche, au jour de l’orgueil ? (EZECHIEL XVI, 56). Il ne semble donc non plus attacher d’importance à la notion de peuple élu.

Dans les reproches exprimés par MALACHIE quant au mépris manifesté par le peuple dans sa manière d’offrir les sacrifices, ce dernier prononce un verset que l’on pourrait considérer comme constituant une négation du caractère de peuple élu, comme un avertissement annonçant la supériorité des peuples sur ISRAËL. Utilisant uns sorte d’exagération prophétique, il déclare : « Ah ! s’il s’en trouvait un parmi vous pour fermer les portes, afin que vous n’allumiez plus mon autel en pure perte ! Je n’ai aucun plaisir à vous voir, dit l’Eternel-Cebaot, l’offrande de votre main, je ne la veux pas. (MALACHIE I, 10) ?

Voyons enfin de quelle manière s’exprimait déjà ISAÏE ? Il adopte une double position sur la notion de peuple élu. D’une part, il perçoit que le peuple élu qu’il a en face lui est réduit, quand il constate que l’aspiration à cette qualité est spirituelle et religieuse sur un plan général. Il se demande donc si tout le monde peut obtenir ce privilège de peuple élu en disant : « Et qu’il ne dise pas, le fils de l’étranger qui s’est rallié à l’Eternel : « certes, le Seigneur m’exclura de son peuple ! » (ISAÏE LVI, 3 ) ; autrement dit, que l’étranger ne se dise pas qu’il ne lui est pas possible de se rapprocher de D.ieu aussi longtemps qu’une cloison le sépare du peuple élu. La reconnaissance des fondements de la Foi juive doit amener à effacer les distinctions existant entre le peuple élu et ceux qui suivent D.ieu pour Le servir. C’est pourquoi dit le Prophète : « Et les fils de l’étranger, qui s’agrègent à l’Eternel, se vouant à son culte, aimant son nom et devenant pour lui des serviteurs ; tous ceux qui observent le sabbat et ne le profanent point, qui persévèrent dans mon alliance, je les amènerai sur ma sainte montagne, je les comblerai de joie dans ma maison de prières, leurs holocaustes et autres sacrifices seront les bienvenus sur mon autel ; car ma maison sera dénommée Maison des prières pour toutes les nations. » (LVI, 6-7) La voie des personnes individuelles trouvant le chemin qui mène vers D.ieu témoigne de leur aspiration et du but auquel elles veulent parvenir, puisqu’en fin de compte, l’universalité triomphera du rétrécissement national. ISAÏE lui aussi, veut ôter de l’esprit de son peuple l’idée orgueilleuse selon laquelle il appartient à un peuple élu. Selon ce prophète, le jour viendra où il ne sera plus utile de conserver cette notion, puisque la TORAH commence par nous décrire dans le Livre de la Genèse son caractère universaliste, celui de l’Homme en général. Mais, en raison d’une série d’échecs (le Déluge, la génération de la tour de Babel), un seul peuple reçut pour mission de conserver le lien entre l’Homme et son Créateur. Cette réduction s’annulera d’elle-même le jour où l’ensemble des peuples se rapprochera de D.ieu. Citons ici les paroles enflammées d’ISAÏE : « En ce jour-là, ISRAËL uni, lui troisième, à l’EGYPTE et à l’ASSYRIE, sera un sujet de bénédiction dans l’étendue de ces pays, car l’Eternel-Cebaot lui aura conféré sa bénédiction en ces termes : « Bénis soient mon peuple d’EGYPTE, l’ASSYRIE, œuvres de mes mains, et ISRAËL, mon bien propre » (XIX, 24-25). En citant ces peuples pour la fin des temps, le Prophète veut souligner le rôle qu’ils auront alors, avec une puissance extraordinaire ne nécessitant plus qu’il soit nécessaire de faire appel à un peuple élu.

La position des Prophètes déniant le fait qu’appartenir au peuple élu confère une protection et un privilège permanents, s’inspire d’une mise en garde déjà lancée bien longtemps auparavant par MOÏSE lorsqu’il déclare : « Sache-le, ce ne peut être pour ta vertu que l’Eternel, ton D.ieu, t’accorde la possession de ce beau pays, puisque tu es un peuple réfractaire » (DEUTERONOME IX, 6). Tous sont d’accord pour souligner combien il est important de se comporter fidèlement selon les principes de la TORAH pour mériter de toujours faire partie du peuple élu, auquel peuvent appartenir tous ceux qui en reconnaissent la valeur, et en acceptant par conséquent de reconnaître D.ieu.

En conclusion à cette étude, il est intéressant de noter deux prises de position sur la question de peuple élu. Elles émanent de deux de nos grands penseurs juifs du Moyen-Age. D’un côté, nous lisons un passage du KOUZARI de Juda HALEVI dans lequel il considère que même celui qui se convertirait au Judaïsme ne pourrait jamais atteindre le degré de prophétie que détient un authentique fils d’ISRAËL, celui-ci faisant à jamais partie du peuple d’élite. (KOUZARI - Portique ler - paragraphe 27). Cette position assez restrictive est heureusement compensée par le texte d’encouragement que nous trouvons sous la plume de MAÏMONIDE et que celui-cil adresse à une personne voulant se convertir au Judaïsme. Une telle démarche était tout de même extrêmement rare à son époque, au point qu’il juge nécessaire d’affirmer qu’un converti a de plein droit la même importance que n’importe quel fils d’ISRAËL. (MAÏMONIDE - Responsae paragraphe 369).

Il faut tout de même remarquer que les prophètes dont nous avons extrait quelques passages, ont estimé qu’il fallait à toutes les époques, pour mériter d’appartenir au peuple élu tel que cela l ressort du passage de EXODE XIX, 6 annonçant à ISRAËL qu’il serait un royaume de prêtres et une nation sainte, que l’on ne cesse de se conformer aux lois de la TORAH. Nous en sommes les porteurs et les garants. Appartenir au peuple élu nous confère par conséquent des devoirs plus que des droits. C’est ce que n’ont malheureusement pas compris nos ennemis et nos détracteurs, durant tous les siècles et aujourd’hui encore.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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