« A corps défendu ... »

publié le dimanche 26 avril 2009
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Bonjour,

De toutes les expositions présentées en France, et elles sont nombreuses, il en est une qui fait polémique. « Our body, à corps ouvert » est une exposition macabre pour certains, didactique pour d’autres. De quoi s’agit-il ? A l’Espace 12, dans le quartier de la Madeleine, 17 corps humains sont présentés dépecés, ouverts, décharnés. A coté, dans des présentoirs, tous les organes, os, viscères et j’en passe que le corps humain peut compter : thyroïde, poumons, utérus, fémur...sont offerts à la vision du spectateur qui se sera préalablement acquitté d’une quinzaine d’euros. Cette exposition n’est pas nouvelle en France, elle a rencontré un public nombreux à Marseille et à Lyon.

Lors d’un séjour à New-York, il y a quelques semaines, mon frère a tenu à me faire visiter cette exposition avec femmes et enfants. Très honnêtement ce que nous allions voir ne m’apparaissait pas bien clair, tout juste le titre de l’exposition : « body exhibit », une promesse racoleuse si l’exposition elle-même ne devait honorer amplement ce titre. Nous avons été servis, l’exposition française faisant office de résumé de sa grande sœur new yorkaise. Etait-ce une bonne idée d’effectuer cette visite en sortant de table ? La réponse est négative. Fallait-il y emmener les enfants ? La réponse demeure imperturbablement négative. Mais je dois avouer avoir vu dans cette exposition le corps humain comme jamais je ne pouvais imaginer le voir. Si ce n’était cette mise en scène parfois grotesque de corps humains sur un vélo ou tenant une raquette de tennis dans la main ou encore jouant de la guitare, le corps m’est apparu dans sa vérité conférant à un scanner ou à une radio une pale représentation de notre constitution anatomique. Tout y était jusqu’à cette découpe millimétrique en lamelles d’un corps. A vrai dire aucune zone du corps humain ne demeure secrète après cette exposition.

D’un point de vue scientifique c’est une réussite, un travail d’orfèvre. Nous apprenons et voyons que des dizaines de milliers de kilomètres de vaisseaux sanguins parcourent notre corps. Nous apprenons et voyons les dégâts du tabac sur les poumons. Nous apprenons et voyons tous les stades d’évolution semaines après semaines d’un embryon puis d’un fœtus. Tout cela est passionnant jusqu’à ce que l’on se pose cette question : mais d’où proviennent ces centaines de corps humains et d’organes ? C’est là que la polémique commence et que la justice française, c’est la seule, se met en marche jusqu’à interdire l’exposition. Des rumeurs prétendent que ces corps humains asiatiques sont tous issus de prisonniers chinois. Cette question posée qui ne trouve aucune réponse il en est une autre plus philosophique ou éthique qui consiste à savoir si l’on peut exhiber la mort. D’un point de vue théologique dans le judaïsme la réponse est négative. Le corps doit retourner à la terre et doit donc être inhumé. Nous savons également que lorsque nous nous approchons d’un mort, pour le veiller notamment, son corps doit être intégralement recouvert en raison du respect dû aux morts.

D’un autre coté, et des Rabbins ont statué sur cette question, les médecins, qu’ils soient étudiants ou en exercice, ont le droit d’examiner des corps morts pour mieux en appréhender la complexité. La question est trop vaste pour qu’elle soit traitée ici. Il n’en reste pas moins vrai que cette exposition vient d’ouvrir en Israël, à Haïfa, malgré les nombreuses protestations et pétitions. En 2007, le Comité consultatif national d’éthique, avait dénoncé la tenue d’une telle exposition en déclarant : « La dernière fois que l’on a pratiqué un traitement industriel, anonyme, dépersonnalisé des cadavres, c’était dans les camps de la mort. ». Il est vrai que l’on ne peut ressortir de cette exposition sans être traversé parc cette terrible analogie. Dans le même temps, tout Rabbin que je suis, je ne parviens pas à affirmer catégoriquement qu’il soit interdit de voir cette exposition. Tout dépend, me semble t-il, de l’intention et du regard du visiteur. La mise en scène donne bien des arguments justifiés aux détracteurs, la précision et la vérité scientifique en démontrent le caractère indispensable.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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