« La mémoire comme vecteur de l’action ... »

publié le dimanche 19 avril 2009
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Bonjour,

Le 19 avril 1943, c’est aujourd’hui la date anniversaire, commençait le soulèvement du ghetto de Varsovie dont chacun connaît l’issue tragique. On a pu considérer ce soulèvement comme un acte héroïque, pour d’autres comme un acte désespéré. Mais au milieu de la nuit, pour reprendre les termes d’Elie Wiesel, des hommes se sont levés en choisissant le combat. Varsovie ou Massada, le peuple juif a ses héros et ses martyrs surtout.

Cette commémoration sera suivie à partir de lundi soir par le Yom Hashoa, jour de mémoire entre tous. La Mémoire est cet héritage que nous possédons et que nous voulons transmettre. Un héritage n’est pas toujours constitué d’un patrimoine. En l’occurrence, transmettre la Shoa, c’est affirmer que nos six millions de frères et sœurs exterminés continuent de vivre dans nos cœurs, nos consciences et nos vies.

A l’obsession mémorielle que décrivent certains, nous voulons rappeler avec force le caractère unique de la Shoa. Le rappeler ce n’est pas nier toutes les autres souffrances dans l’histoire. Le fait est, et il est terrible, que la Shoa représente la plus grande catastrophe dans l’histoire de l’humanité. Personne ne pourra jamais expliquer le pourquoi de la Shoa mais l’on en sait le comment. Comment la haine antisémite a pu permettre qu’un peuple civilisé se dresse contre un autre pour l’anéantir. Comment la complicité d’autres pays que l’Allemagne, comme la France de Vichy, a contribué à accomplir la politique nazie en dehors des frontières germaniques. Comment le silence du Vatican à l’époque a constitué un encouragement à cette idéologie. C’est face à cette logique et à ces mécanismes implacables que nous pouvons nous dresser aujourd’hui en faisant de ces commémorations des temps qui éclairent les consciences. Le devoir de Mémoire est un appel à l’action. Il ne suffit pas de proclamer « plus jamais cela », il faut agir pour que ce « cela » ne trouve plus de terreau. Se souvient-on encore de cette phrase de Berthold Brecht : "Le ventre est encore fécond d’où est sorti la bête immonde" ?

Le caractère unique de la Shoa ne signifie nullement qu’elle ne puisse être reproduite. Que ne pense t-on que nous vivons dans une époque qui ne puisse plus permettre cela ! Les ennemis d’hier sont aujourd’hui amis, l’ONU veille sur l’ordre mondial. Chacun a conscience de ce que nous ne sommes pas meilleurs aujourd’hui qu’il y a un peu plus de 60 ans. Des génocides, des massacres ethniques sont encore aujourd’hui perpétrés à travers le monde. Ce qui a profondément changé pour le peuple Juif c’est qu’il a à présent une terre, un foyer, un pays refuge. C’est précisément en cela que l’antisionisme est un antisémitisme. Vouloir remettre en question la faculté pour les Juifs d’avoir un pays, c’est accepter qu’ils puissent être menacés là où ils se trouvent en diaspora.

« Dans toutes les générations on s’est élevé contre nous pour nous anéantir » avons nous dit à deux reprises lors de Pessah. Notre espoir est qu’un jour cette phrase n’ait plus de sens et ne constitue qu’un rappel historique. C’est cela aussi être Juif : espérer.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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