Parasha Chemini 5769

Chabbath 18 avril 2009 - 24 Nissane 5769 - Début : entre 19 h 20 et 19 h 35 - Fin : 21 h 37
publié le lundi 6 avril 2009
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Bénédiction du mois Lecture de la Torah : Lévitique IX, 1 - XI, fin : Entrée en fonction des prêtres ; animaux purs et impurs. Haphtara : II Samuel VI, 1 - 19 : (Achkenazim jusqu’à VII, 17) : Transfert de l’arche sainte à la Cité de DAVID.

Thème de notre étude : La relation de DAVID avec D.ieu selon ce que nous rapporte le Livre de SAMUEL.


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Introduction :

Le texte de notre Haphtara tiré du Livre de SAMUEL nous fait part de la montée de l’Arche Sainte vers JERUSALEM. Rappelons ici que celle-ci avait accompagné le peuple d’ISRAËL depuis l’entrée de ce dernier en terre de CANNAN (environ 1360-1200 av. J.C.) jusqu’à la période de DAVID (1005-972 av. J.C.). Ce transfert de l’Arche a été effectué sur ordre du Roi DAVID. Il avait décidé de construire le Temple de JERUSALEM. Cependant, ce projet fut refusé par D.ieu et ce refus fut signifié à DAVID par l’intermédiaire du Prophète NATHAN. Celui-ci fut informé par D.ieu que ce ne serait pas DAVID mais son fils qui aurait le privilège de construire le Temple (II SAMUEL VII, 13).

Composition de la Haphtara :

II SAMUEL VI, v. 1 à 10 : La première montée à PERETZ OUZA (catastrophe d’OUZA, ce personnage fut frappé de mort soudaine pour avoir touché de sa main l’Arche placée sur un chariot, qu’il craignait voir tombe.

« v. 11 à 19 : La seconde montée (vers JERUSALEM)

« v. 20 à 23 : DAVID et MIKHAL (fille du roi SAÜL)

« VII v. 1 à 3 : DAVID se propose d’édifier le Temple.

« v. 4 à 17 : Réponse de D.ieu à la demande de DAVID. Vision de NATHAN relative à ce projet.

Le rapport de la Paracha à la Haphtara.

Il semble clair que dans le cas de nos deux textes, celui de la Paracha et celui de la Haphtara, le choix du passage tiré de SAMUEL comme support de la Haphtara de CHEMINI soit lié à un incident tragique de même nature. Nous savons en effet, qu’au moment de l’inauguration du Tabernacle (LEVITIQUE IX), les deux fils les plus âgés, NADAV et AVIHOU, crurent bon de modifier quelque peu le cérémonial fixé par la Torah, en apportant « un feu profane « (chapitre X, versets 1 et 2), pour l’apporter devant D.ieu. Cet écart de conduite leur valut une mort immédiate et foudroyante. En effet, après le grand moment de liesse générale que fut celui de l’inauguration du Tabernacle tant attendue par le peuple, après que celui-ci fut béni par MOÏSE et ARON et que la gloire divine lui fut apparue (LEVITIQUE IX, 24), la joie collective fut assombrie par le drame qui frappa ARON en la personne de ses deux fils. Dans la Haphtara nous prenons connaissance d’un fait similaire se produisant à une époque plus tardive de quelques siècles. Le Roi DAVID ayant mené ses guerres avec succès, voulut donner à l’Arche sainte qui avait suivi le peuple d’ISRAËL depuis son entrée en terre sainte, une place honorable dans sa capitale JERUSALEM. Ce transfert se déroule au son des instruments de musique (II SAMUEL VI, 5). Au cours de ce déplacement, l’Arche étant posée sur un chariot, l’un des accompagnateurs OUZZA craignant qu’elle ne glisse, posa sa main pour la retenir. Il fut frappé à mort (v. 7). Ainsi, dans les deux épisodes cités, il nous paraît difficile de comprendre la gravité de la faute commise. Différentes interprétations sont fournies par les commentateurs bibliques quant à la faute commise par les fils d’ARON. Nous ne retiendrons ici que l’idée principale que nous indique le verset biblique mettant en cause leur spontanéité et disant : « ils apportèrent devant le Seigneur un feu profane sans qu’il le leur eût commandé » (LEVITIQUE X, 2)

Pour ce qui est du second épisode concernant le roi DAVID, ABRAVANEL dans son commentaire sur le Livre de SAMUEL s’étonne. Pour lui, le geste de OUZZA était dicté par un sentiment pur, celui d’éviter que l’Arche ne tombe par-terre. En quoi sa mort était-elle justifiée ? A son avis, OUZZA n’était pas de la tribu de LEVI. Il n’avait donc aucune raison de se préoccuper du transfert de l’Arche. Il aurait dû se souvenir de cette règle énoncée par la Torah : « Quiconque s’approche tant soit peu de la résidence du Seigneur est frappé de mort » (NOMBRES XVII, 28). En fait, OUZZA ayant oublié que l’ARCHE soulevait ses porteurs et non le contraire, a dans le cas présent manqué de confiance en D.ieu. Il n’avait pas le droit de craindre que celle-ci puisse tomber. C’est donc ce manque de confiance qui lui coûta la vie.

Quand on observe la personnalité des différents personnages en cause, on se rend compte qu’ils étaient de très grande qualité. Leur geste n’en était donc que plus grave, ce que veut souligner le passage suivant, sorte de consolation au Grand-Prêtre ARON pour la perte subite de ses deux fils en lui disant : « MOÏSE dit à ARON : « C’est là ce qu’avait décidé l’Eternel en disant : Je veux être sanctifié par ceux qui m’approchent et glorifié à la face de tout le peuple » (LEVITIQUE X, 3). Sur la mort de OUZZA, le Talmud (SOTAH 35 a) va jusqu’à dit que celui-ci, malgré sa faute, a mérité d’aller au paradis. Dans les deux cas de figure, s’agissant de personnages exceptionnels, la moindre faute leur valait une punition d’autant plus grande qu’ils auraient dû éviter de la commettre.

Il est intéressant de noter les réactions des proches de ces victimes. Pour ARON, le texte nous dit en deux mots simplement : « VAYIDOM AHARONE - ARON se tut ». RACHI nous indique à ce propos que pour prix de ce silence acceptant son destin sans broncher, ARON eut le mérite de se voir adresser exclusivement la parole divine au sujet d’interdiction faite aux prêtres de s’enivrer avant d’assurer leur service au Temple (LEVITIQUE X, 8-10). Par contre, il semble que la réaction de DAVID après la mort de OUZZA ait été différente. Le texte nous dit : « DAVID, consterné du coup dont l’Eternel avait frappé OUZZA, donna à ce lieu le nom de PERETZ-OUZZA (catastrophe d’Ouzza), qu’il porte encore aujourd’hui. DAVID, ce jour-là, redouta l’Eternel et dit : « Comment l’arche de l’Eternel viendra-t-elle chez moi ? » La crainte qu’il éprouvait était due au fait que DAVID se sentait responsable de ce qui s’était passé (METSOUDAT DAVID). Le point commun entre les deux récits de la Torah et de la Haphtara aboutissant à une tragédie, c’est qu’aussi bien NADAV et AVIHOU que OUZZA, ont été bien intentionné dans leur action. Cependant, les deux passages bibliques en question veulent nous montrer que l’important n’est pas uniquement l’intentionnalité, mais davantage l’obéissance stricte à un commandement indiqué par la Torah ou par un Prophète. Hormis ces cas de figure, le résultat d’un acte si bien intentionné qu’ait put être son auteur, peut déboucher sur une catastrophe.

La relation de DAVID avec D.ieu selon le Livre de SAMUEL

Notre Haphtara fait ressortir certains aspects du thème traité ici : La joie devant D.ieu ; la volonté de transporter l’Arche sainte, le souhait de pouvoir édifier le Temple, etc. Avant d’aborder ces questions dans le détail, il convient de s’arrêter un instant à la question posée dans un très long commentaire d’ABRAVANEL sur I SAMUEL XV. Selon lui, la position du Roi SAÜL et celle de DAVID après les fautes qui leur sont imputées est différente, relative à leur repentance et à leur regret. ABRAVANEL cite l’article IV, chapitre 26 du philosophe-médecin JOSEPH ALBO (qui soutint une disputation en 1413 à TORTOSE contre le pape BENOIT XIII). Reprenant ses paroles, ABRAVANEL dit ceci : « La repentance de DAVID était totale, sans réserve. Il a reconnu sa faute en disant : « Je confesserai mes transgressions devant le Seigneur » (PSAUMES XXXII, 5). Par contre, SAÜL a voulu cacher sa faute : « J’ai exécuté l’ordre de l’Eternel » (I SAMUEL XV, 13) alors qu’en fait il avait laissé en vie le Roi AGAG descendant d’AMALEK, qu’il était chargé de mettre à mort. Et pourtant, selon le Psalmiste (PSAUMES LI, 5) il est clairement dit : « mon péché est sans cesse sous mes regards ». De son côté, SAÜL cherche constamment à fuir ses responsabilités en disant : « SAÜL dit à SAMUEL : « J’ai péché, car j’ai transgressé la parole de l’Eternel et tes ordres. Je craignais le peuple, et j’ai cédé à sa voix » (I SAMUEL XV, 24) - « le peuple ayant épargné les plus gras (des animaux » (v. 15). Même la repentance de DAVID était sincère et il n’avait pas honte de le dire publiquement en disant plutôt : « Je voudrais enseigner tes voies aux pécheurs » (PSAUME LI, 15) tandis que SAÜL voulait ménager son honneur, malgré sa faute et dit à SAMUEL : « toutefois, en ce moment, montre-moi quelque égard devant les anciens de mon peuple » (I SAMUEL XV, 30) . ABRAVANEL en rapportant un Midrash sur le Psaume XXVII, montre que DAVID ne faisait rien sans demander à D.ieu, tandis que SAÜL, n’avait pas ce genre de comportement, estimant pouvoir se passer du concours de D.ieu, ce qui en définitive lui coûta le trône. Nous pouvons donner ici quelques exemples parmi les plus intéressants, pour décrire la personnalité religieuse du jeune DAVID, lorsqu’il affronta GOLIATH. Le texte biblique relatant cet épisode, si l’on compare les paroles du peuple et les propos de DAVID nous montre de quelle manière celui-ci comprit la provocation de son adversaire le PHILISTIN. Voici comment le texte nous rapporte les paroles du peuple : « Avez-vous vu cet homme qui s’avance ? » (I SAMUEL XVII, 25). DAVID perçoit la situation de façon différente et dit : « Qu’est donc ce Philistin, cet incirconcis, pour insulter les légions du D.ieu vivant ? » (v. 26) Même lorsque DAVID se trouve devant SAÜL qui craignait qu’il ne puisse vaincre le géant, il utilise les mêmes termes de « cet impur Philistin » (v. 36) . Il est déterminé à aller au combat mais il montre bien combien son âme est imprégnée de la croyance et de la confiance en D.ieu. Et il ajoute à l’encontre de SAÜL qui voulait l’empêcher d’aller combattre GOLIATH : « L’Eternel qui m’a protégé contre le lion et l’ours, me protègera aussi contre ce Philistin, et SAUL (devant cette détermination) lui dit : « Va, et que l’Eternel soit avec toi ! » (v. 37). Il est donc clair que DAVID ne présume pas de ses forces. Il est simplement convaincu qu’il tient celle-ci de D.ieu lui-même. Dans le combat que DAVID va engager contre GOLIATH, il voit que son acte servira de sanctification du Nom divin - KIDDOUSH HACHEM tant aux yeux du peuple d’ISRAËL que des nations. Voici ce qu’il déclare à ce propos : Tu viens à moi avec l’épée, la lance et le javelot ; et moi je viens au nom de l’Eternel-Cebaot, du D.ieu des légions d’ISRAËL que tu insultes. En ce jour, l’Eternel te mettra en mon pouvoir.......... Afin que toute la terre sache qu’il y a un D.ieu pour ISRAËL ! Et toute cette multitude saura que l’Eternel n’a pas besoin d’épée ni de lance pour donner la victoire..... » (v. 45-47). Un autre événement qui s’est produit dans l’existence de DAVID nous montre de quelle manière il cherchait à éviter la profanation du Nom Divin, même dans une situation où il n’y avait aucun risque de ce genre. Il a risqué sa vie pour le respect de cette cause sacrée et pour sauver la nation du danger que présentaient les Philistins. Mais lorsque trois de ses guerriers se sont mis en danger pour aller lui chercher de l’eau pour étancher sa soif, malgré le danger que cela représentait pour eux de se rendre à BETHLEEM occupé par les Philistins, DAVID refusa cette eau et en fit une libation à l’Eternel, en disant : « D.ieu me préserve de faire pareille chose ! N’est-ce pas le sang de ces hommes qui sont allés là au péril de leur vie ? » (II SAMUEL XXIII, 16-17) Par son attitude, DAVID a tenu à enseigner à toutes les générations qu’il ne fallait pas confondre entre acte héroïque souhaitable et un autre non désirable. L’esprit de bravoure n’a pas de prix. Le héros doit savoir pour qui et dans quelles limites il a le droit de se mettre en danger. Si DAVID, malgré sa forte soif, avait accepté de boire l’eau qu’on lui avait apporté, il aurait considéré son comportement comme attentatoire à la sanctification du Nom Divin. Comment cela ? Si des hommes sont prêts à se sacrifier pour assouvir un désir et une envie exprimée par un chef, cela reviendrait à être au servir de celui-ci, et cela constituerait une sorte de faute entre lui et la déification de son héros. DAVID, pour éviter une profanation du Nom Divin, a le souci d’amadouer les GABAONITES qui prétendaient que SAÜL avait rompu l’alliance que JOSUE avait contractée avec eux, disant : « DAVID donc dit aux GABAONITES : « que dois-je faire pour vous et quelle expiation vous offrir, pour que vous bâtissiez l’héritage du Seigneur ? » (II SAMUEL XXI, 3 Nous avions précédemment cité ALBO selon lequel la grande qualité de DAVID était celle de la « REPENTENCE - TECHOUVA ». A partir de quelques exemples, nous pouvons nous rendre compte de quelle manière il s’est fortifié par D.ieu, acceptant les épreuves par amour, YISSOURINE chel AHAVA, justifiant les décisions le frappant et sachant reconnaître ses fautes. DAVID se trouvait en dehors des limites du territoire de D.ieu. Pour la première fois, ses hommes se sont révoltés contre lui à CIKLAG après une bataille contre AMALEK. Le texte dit alors de DAVID : « Cependant, DAVID puisa des forces dans la pensée du Seigneur, son D.ieu » (I SAMUEL XXX, 6) Il est évident qu’en parlant ainsi du Seigneur son D.ieu, il attache une grande importance à cette appellation. Il se trouve en territoire étranger, ses femmes ont été mises en captivité, le peuple veut le lapider les femmes et les enfants ayant été emmenés en captivité. Mais lui, se renforce grâce à sa foi en D.ieu car il sent combien Il lui est proche par la formule rituelle généralement utilisée du « D.ieu d’ABRAHAM, du D.ieu d’ISAAC et de JACOB ». Un grand homme tel que DAVID a toujours une relation et une proximité avec D.ieu. Ce Roi nous paraît grand et vénérable lorsqu’il accepte l’admonestation très dure que lui adresse le prophète NATHAN après la faute que DAVID avait commise contre BETHSABEE et URIE, lorsqu’il déclara simplement et sans réticence « j’ai péché envers le Seigneur » (II SAMUEL XII, 13) Quelle force d’âme, quelle pondération, quelle intelligence et quelle croyance dans l’immortalité de l’âme se révèlent alors dans les actes et les propos de DAVID au moment de la maladie suivie de la mort de l’enfant qu’il attendait de BETHSABEE ! Aussi longtemps que l’enfant était en vie, « DAVID implora D.ieu pour cet enfant, s’imposa un jeûne et passa la nuit près de lui, couché par terre » (II SAMUEL XII, 16). Mais ayant appris la mort de l’enfant, il accepte la sentence : « alors DAVID se releva de terre, prit un bain, se parfuma et changea de vêtements, puis se rendit à la maison de D.ieu et se prosterna ; il rentra chez lui, et sur sa demande, on lui servit un repas qu’il mangea » (v. 20). De quelle manière justifie-t-il son changement d’attitude ? Il déclare ceci : « Alors que l’enfant vivait, j’ai jeûné et pleuré, car je pensais : Qui sait ? le Seigneur pourra me faire la grâce de laisser vivre cet enfant. Maintenant qu’il est mort, pourquoi jeûnerais-je ? Puis-je le faire revivre ? J’irai le rejoindre, mais lui ne reviendra pas près de moi. » (v. 22-23). De même, lors d’une seconde faute commise, celle consistant à opérer un recensement direct du peuple, nous trouvons de nombreux détails attestant son exemplarité en tant repenti : 1) le texte nous dit d’abord : « DAVID fut saisi de remords après ce dénombrement » (II SAMUEL XXIV, 10). 2) la réponse qu’il fournit à GAD (prophète), lorsque celui-ci lui transmet de la part de D.ieu, le choix entre trois calamités pour prix de sa faute. Il déclare alors : « Mon anxiété est grande....Livrons-nous cependant à la main de l’Eternel, car il est plein de miséricorde, plutôt que de tomber dans la main de l’homme »(v.14) 3) La plainte de DAVID et sa confession lorsqu’il vit l’ange de D.ieu frapper le peuple : « DAVID, en voyant l’ange qui faisait périr le peuple, avait dit au Seigneur : « Vois, c’est moi qui ai péché, c’est moi qui suis coupable, mais qu’ont fait ces brebis ? De grâce, que ta main ne frappe que moi et ma famille ! » (v. 1) Nous pouvons comprendre la conduite de DAVID et sa relation avec D.ieu lors de l’humiliation honteuse qu’il dut subir quand son fils ABSALON. Il donne l’ordre de ramener l’Arche à JERUSALEM et déclare : « Le roi à CADOK (le prêtre) : « Fais rentrer l’arche de D.ieu dans la ville. Si je trouve faveur aux yeux du Seigneur, il me ramènera et me la fera revoir ainsi que la demeure où elle réside. Que s’il dit : « Je ne veux plus de toi, » je suis prêt : qu’il me traite comme il lui plaira » (II SAMUEL XV, 25-26).

Nous voyons de façon très claire comment une intelligence pratique et une foi très profonde se trouvaient conjuguées dans son âme sans que l’une ne soit inférieure par rapport à l’autre. Quelle crainte révérencielle devant le Tabernacle et l’Arche qu’elle contenait se traduit par la bouche de DAVID ! Quelle précision se dégage de ses paroles pour justifier une sentence à son encontre ! En même temps, DAVID sait également profiter de la valeur pratique de la présence de l’arche et de ses prêtres dans la Capitale, près de son fils rebelle, lorsqu’il déclare à ZADOK : « Vois-tu, retourne en paix à la ville, et que ton fils AHIMAATZ et JONATHAN, fils d’EBIATAR, — vos deux fils, vous accompagnent. Voyez, moi je m’attarderai dans les plaines du désert, attendant qu’un message vienne m’informer de votre part. » (II SAMUEL XV, 26-27) Pour ne pas nous tromper sur l’appréciation de DAVID - comme s’il y avait un froid calcul de se servir de jeunes prêtres pour des besoins d’espionnage, ce qui d’une manière détournée serait une sorte de profanation de l’Arche, c’est pourquoi, très ponctuellement, le texte biblique nous raconte que DAVID s’est permis de donner libre-cours à sa peine. Quant au peuple, il était déjà dit à son sujet : « Tout le pays pleurait bruyamment » (II SAMUEL XV,23 Par contre, s’agissant de DAVID, après qu’il eut réglé les affaires publiques, il est dit : « Cependant DAVID montait la pente des Oliviers, s’avançant en pleurant, la tête voilée et nu-pieds ; et tout le peuple à sa suite avait également la tête voilée et montait en pleurant » (v. 30) De quelle manière DAVID était-il capable de justifier une décision de justice le concernant et pouvait-il voir dans tous les événements de l’existence la main de D.ieu ? Nous pouvons le savoir à partir de la malédiction de SHIMI ben GUERA contre DAVID. Lorsque AVISHAÏ ben SEROUYA lui conseille de mettre à mort SHIMI ben GUERA, DAVID répond : « Si mon propre fils, sorti de mes entrailles, en veut à ma vie, qu’attendre de ce Benjaminite ? Laissez-le prodiguer l’injure, si D.ieu le lui a dit ! Peut-être le Seigneur considèrera-t-il ma situation (ma misère) et me rendra-t-il du bonheur en échange des outrages que je subis en ce jour. » (II SAMUEL XVI, 11-12) DAVID a élaboré un nouveau concept religieux - l’attaque contre « l’oint de D.ieu ». Selon les règles de la Torah, il n’y a pas de différence entre le meurtre d’une personne ordinaire et la mise à mort d’un roi. Le motif de l’interdiction de meurtre est déjà clairement indiqué au sujet des NOACHIDES : « Celui qui verse le sang de l’homme, par l’homme son sang sera versé ; car l’homme a été fait à l’image de D.ieu » (GENESE IX, 6). DAVID fait attention à ne pas tuer SAÜL. Il veut éviter de fournir un tel motif aux autres en disant : « D.ieu me préserve d’agir ainsi contre mon souverain, de porter la main sur l’oint du Seigneur ! Oui, il est l’oint du Seigneur. » (I SAMUEL XXIV, 6). Et en insistant davantage encore, il dit : « Qui porterait impunément la main sur l’élu du Seigneur ? » (I SAMUEL XXVI, 9). Il utilise cet argument et va jusqu’à ordonner de tuer le jeune Amalécite qui s’était vanté d’avoir tué SAÜL en lui disant : « Comment n’as-tu pas craint de lever la main pour faire périr l’oint du Seigneur ? Puis DAVID appela un des serviteurs et lui dit : « Approche, jette-toi sur lui ! » Le serviteur le frappa à mort. Et DAVID lui dit : « Ton sang retombe sur ta tête ! car ta propre bouche a déposé contre toi lorsque tu as dit : c’est moi qui a fait mourir l’oint du Seigneur. » (II SAMUEL I, 14-16) A propos de ce terme « l’oint du Seigneur », ABRAVANEL veut souligner le lien utilitaire que l’on peut trouver dans ce concept nouveau. Il dit ceci : « Il est indubitable que DAVID tenait tellement à donner une valeur à la préservation des rois pour que l’on ne minimise pas l’honneur qui leur était dû. Sachant qu’il serait amené à régner, il a voulu donner une leçon qui lui serait utile par la suite. C’est pourquoi il a tué l’Amalécite qui avait tué SAÜL, ainsi qu’aux hommes qui avaient tué ISH BOSHETH (descendant de SAÜL). Il nous semble que là aussi se vérifie à nouveau l’hypothèse déjà émise au sujet de la relation de DAVID avec l’Arche, lors de sa fuite devant ABSALON. Il y avait chez lui un mélange particulier entre le religieux et l’utilitaire. Il va jusqu’à déclarer de façon solennelle : « Parole de DAVID, fils de JESSE, parole de l’homme haut placé, de l’élu du D.ieu de JACOB, du chantre aimable d’ISRAËL ». (II S A M U E L XXIII, 1) Il nous semble que DAVID a également exprimé un langage religieux qu’il a forgé et introduit dans la langue parlée. Déjà dans la Torah, dans le Cantique de la Mer, nous trouvons le souhait : « que tu les aies amenés, fixés sur ce mont, ton domaine..... » (EXODE XV, 17). Mais ce n’est qu’à l’époque de DAVID que l’oon a utilisé comme une sorte d’expression parallèle qualifiant la Terre d’ISRAËL comme étant le domaine de D.ieu. Le lien unissant DAVID à sa terre était très fort, et sa douleur cuisante lorsqu’il dût s’exiler dans un pays étranger. C’est ce qui ressort de la plainte qu’il fait entendre à SAÜL en ces termes : « Et maintenant, que mon seigneur le roi daigne écouter les paroles de son serviteur : si c’est l’Eternel qui t’a excité contre moi, qu’il accueille mon offrande : mais si ce sont des hommes, ils seront maudits de D.ieu, parce qu’ils m’ont empêché, en me chassant, de m’attacher à l’héritage de l’Eternel (NA’HALAT HACHEM) et m’ont dit : Va servir des dieux étrangers ! » (I SAMUEL XXVI, 19). Même lorsqu’il tente d’amadouer et de sauver les GABAONITES, il utilise la même expression : « DAVID donc dit aux Gabaonites : « Que dois-je faire pour vous et quelle expiation vous offrir, pour que vous bénissiez l’héritage du Seigneur ? » (II SAMUEL XXI, 3). Que cette expression « héritage de D.ieu » ait été couramment utilisée à l’époque de DAVID dans le langage du peuple, nous le savons à travers les propos tenus par la femme habitant la ville de ABEL BETH-MAAKHA disant à JOAB assiégeant la ville pour récupérer CHEVA fils de BIKHRI : « tu voudrais anéantir une ville, une métropole d’ISRAËL ! Pourquoi veux-tu supprimer l’héritage du Seigneur ? » (II SAMUEL XX, 19). Tous les autres lieux du pays d’ISRAËL indiqués dans la Bible avec cette mention « héritage du Seigneur » se trouvent soit dans le Livre des Psaumes, soit à l’époque de DAVID ou dans des périodes plus tardives. Nous avons encore une démonstration tirée de l’univers des sentiments religieux animant DAVID. Un homme dont la foi est très profonde est capable de supporter, sans vouloir tirer vengeance, car il sait que la Justice doit s’exercer et qu’il y a un Juge. Lors de deux entretiens entre DAVID et SAÜL, alors que ce dernier était entre les mains de DAVID, celui-ci souligne et répète que D.ieu le vengera. La première fois, il dit : « que D.ieu juge entre toi et moi ! il pourra me venger de toi, mais je ne porterai pas la main sur toi. Comme dit le proverbe des anciens, c’est des mauvais que vient le mal ; mais ma main ne te touchera pas..... Oui, l’Eternel sera juge et prononcera entre nous deux ! Qu’il voie, qu’il prenne ma cause en main et qu’il me fasse justice de toi ! » (I SAMUEL XXIV, 12-13 et 15). Une seconde fois, DAVID souhaite que lui soi donné acte qu’il n’a pas cherché à se faire justice lui-même. Il dit : « L’Eternel rendra à chacun selon son mérite et sa loyauté ; car il t’a mis tout à l’heure à ma merci, mais je n’ai pas voulu porter la main sur l’oint du Seigneur ; Et maintenant, comme ta vie a été, en ce jour, chose précieuse à mes yeux, puisse la mienne être précieuse aux yeux du Seigneur et puisse-t-il me sauver de toute peine ! » (I SAMUEL XXVI, 23-24). La même idée est exprimée dans II SAMUEL III, 39. JOSEPH ALBO déjà cité, rappelle la qualité positive par laquelle DAVID se distingue par rapport à SAÜL son prédécesseur : l’obéissance absolue aux prophètes - GAD et NATHAN - ainsi qu’à la parole divine émanant des OURIM et TOUMIM soit REVELATION et PERFECTION, qui donnaient les réponses aux questions qui leur étaient posées. Plusieurs exemples de ce procédé auquel eut recours DAVID se trouvent indiqués dans I SAMUEL XXIII, 2 à 5 - I SAMUEL XXIII, 10 à 13 - I SAMUEL XXX, 8-9 - II SAMUEL II, 1 - II SAMUEL V, 19 et II SAMUEL V, 22-25. Nous remarquerons que ce n’est que dans le dernier exemple que le texte précise : « DAVID se conforma aux instructions du Seigneur, et il battit les PHILISTINS..... » (II SAMUEL V, 25). Sur cette répétition « DAVID se conforma » et « aux instructions », ABRAVANEL trouve là un mérite religieux concernant DAVID. Rappelons ici que pour ce qui est de l’action de DAVID à vouloir construire le Temple, nous avions déjà traité récemment la question des rapports du Roi au sanctuaire dans notre commentaire sur TEROUMA. Soulignons cependant un dernier point concernant l’expérience religieuse supérieure dans l’existence de DAVID, à savoir la JOIE qu’il ressentit lors du transfert de l’Arche Sainte vers JERUSALEM. Aux reproches que lui avait adressé sa femme MIKHAL de s’être donné en spectacle aux servantes de ses serviteurs, DAVID répond : « et volontiers je m’humilierai davantage et je me ferai petit à mes propres yeux ; pour ces servantes dont tu parles, c’est auprès d’elles que je me glorifierai » (II SAMUEL VI, 22). MAIMONIDE dans son Code de Lois MICHNE TORAH, se sert de cet exemple du Roi DAVID pour décrire ce que doit être la JOIE de la MITZWA. Nous n’avons pas abordé dans cette longue étude, le portrait religieux de DAVID tel qu’il est indiqué dans ses prières et ses psaumes remarquables que nous trouvons soit dans le Livre de SAMUEL, comme par exemple dans II SAMUEL VII, 18-29 et II SAMUEL XXII, soit dans le Livre des PSAUMES, trop longs à citer. De même, nous n’avons pas achevé de parler de ses rapports avec D. qu’il convient de rapprocher des rapports de D.ieu avec DAVID. Nous pouvons seulement insister sur le fait que DAVID symbolise le portrait remarquable du serviteur de D.ieu, pour sa génération et toutes les générations futures.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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