Parasha Tsav 5769

Chabbath 4 avril 2009 - 10 Nissane 5769 - Début : de 19 h 04 à 19 h 19 - Fin : 21 h 14
publié le mardi 31 mars 2009
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Chabbat Hagadol Lecture de la Torah : Lévitique VI, 1 à VIII, fin : Suite des préceptes sur les sacrifices ; investiture des prêtres. Haphtara : MALACHIE III, 4 - fin du livre : Le grand jour final. Dans certaines communautés, lecture correspondant à la Sidra : JEREMIE VII, 21 - VIII, 3 et IX, 22-23 : Sans une véritable fidélité à D.ieu dans la vie, le culte n’a pas de valeur.

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ETUDE :

La rétribution selon les textes bibliques (formulations et interprétations).

Composition de la Haphtara : Elle est tirée du chapitre 3 du prophète MALACHIE, le dernier des prophètes indiqué dans la Bible hébraïque. Elle est généralement lue dans les communautés achkenaze ou séfarade, le chabbat précédant la fête de PESSA’H. Nous y trouvons le passage suivant ayant une relation avec ce chabbat, dénommé « HAGADOL - le grand » et disant : « Or, je vous enverrai ELIE, le prophète, avant qu’arrive le jour de l’Eternel, jour grand et redoutable ! » (MALACHIE III, 23)

C’est le terme HAGADOL utilisé dans ce passage qui est en relation avec ce chabbat particulier précédant la fête de la Pâque. En effet, au moment de la sortie d’EGYPTE qui eut lieu selon la Tradition, un jeudi, soit le 15 NISSANE, les Hébreux reçurent l’ordre de préparer l’agneau pascal dès le 10 de ce même mois, conformément au texte de EXODE XII, 3. Ainsi, ce fut un grand chabbat pour eux, en quelque sorte une longue semaine de préparation pour parvenir enfin à la sortie de l’EGYPTE. Ce pays, nous le savons, considérait l’agneau comme un animal sacré. Aussi, en le réservant quatre jours avant pour le sacrifier à la date prévue, et au vu et au su des Egyptiens, le peuple d’ISRAËL manifestait à la fois sa confiance en D.ieu et sa volonté de montrer aux Egyptiens qu’il ne les craignait plus.

Après cette introduction et pour mieux suivre la pensée du prophète, voici la composition de notre Haphtara :

MALACHIE III, 4 - 6 : Réponse à l’argumentation : « Où est le D. de justice ? « Et je m’approcherai de vous pour faire justice : je serai un témoin empressé contre les magiciens, contre les adultères, contre les parjures..... »

« « 7 - 12 : Le motif de la malédiction : « L’homme peut-il frauder D.ieu ? et cependant vous me fraudez »

« « 13 -18 : « Vous dites : « C’est une chose vaine de servir D.ieu ; que gagnons-nous à observer son culte et à cheminer tristement dans la crainte de l’Eternel-Cebaot ? »

« « 19 - 21 : Le jour du jugement.

« « 22 - 23 : Conclusion au Livre de MALACHIE et à l’ensemble des textes prophétiques.

La rétribution selon les textes prophétiques (formulations et interprétations.

Notre Haphtara, comme l’ensemble du Livre de MALACHIE s’intéresse au problème de la RETRIBUTION. Il lui accorde une place très importante. Les voies divines sont impénétrables. Personne n’est en mesure d’en comprendre la profondeur. Nous en avons de nombreuses formulations. Tantôt, le Prophète place dans la bouche du peuple la question et la plainte suivante : « Parce que vous dites : « Tous ceux qui font le mal sont bien vus aux yeux de l’Eternel, et ce sont eux qui sons ses favoris ! ou bien encore : « Où est donc le D.ieu du bon droit ? » (II, 17). Et dans le texte même de notre Haphtara nous lisons : « Vous avez parlé ainsi : « C’est une choses vaine de cheminer tristement dans la crainte de l’Eternel-Cebaot.......

Et à présent, nous estimons heureux les impies : vraiment ils sont solidement établis, ceux qui font le mal ; oui, ils ont tenté D.ieu, et ils sont demeurés sains et saufs ! » (III, 14-15). Il nous a cependant paru urgent de consacrer l’étude de cette Haphtara à la question de la rétribution.

Le premier concept c’est avant tout le réflexe religieux du judaïsme biblique suivant : il existe une force supérieure, ayant tout créé et susceptible également d’y inclure la perfection morale. Dans l’univers divin et dans le champ de sa conception du monde, il y a place pour celui qui commet le mal. Mais la Foi dans le D.ieu Unique ne laisse aucune place pour associer la Divinité à l’accomplissement du Mal. Aussi, tout le Mal que nous observons dans la société et la marche du monde, toute inadéquation entre le sort du Juste et ses actes, la réussite du Méchant - soit, de l’individu soit des Nations méchantes maltraitant un peuple en particulier, tout cet ensemble, rend compliquée les contradictions pour appréhender une essence supérieure avec laquelle identifier D.ieu avec la Justice absolue. Il ne faut donc pas s’étonner que cette question de la RETRIBUTION ait occupé la majeure partie des Livres de la Bible. Elle a ainsi pu s’exprimer sous des formes diverses.

Parmi toutes les parties de la Bible, nous distinguons notamment les Livres de la Sagesse tels que ceux de JOB et de l’ECCLESIASTE, sans omettre certains chapitres des PSAUMES. Bien entendu nous rencontrions certaines interrogations relatives au problème de la Rétribution dans la TORAH ou chez certains Prophètes. Les deux premiers textes cités s’occupent de la question de la VIE, KOHELETH ou l’ECCLESIASTE abordant tous les aspects de la vie en y ajoutant ce problème de la Rétribution, tandis que le Livre de JOB lui consacre l’essentiel comme étant pour lui l’unique sujet fondamental.

Le Livre de JOB aborde cette question soit dans la partie écrite en prose (Chapitres I et II - XLII, 7 - 17), soit dans la partie écrite sous forme poétique (III, 1-42 - VI). A propos de la question de savoir pour quelle raison le Juste connaît souffre - TSADIK ve RA LO, JOB veut se justifier en disant qu’il n’a commis aucun mal. Par contre, ses amis sont fortement persuadés qu’on ne saurait autrement expliquer les souffrances qu’à cause de la punition venant sanctionner une faute. Même ELIHOU,poursuit dans la direction que veulent motiver les autres amis. De même, dans les réponses que D.ieu au questionnement de ces amis, nous n’en avons aucune qui réponde de manière directe. C’est par des détours, que l’on peut dégager des réponses, car la compréhension de la conduite de D.ieu semble dépasser l’entendement humain.

TSVI ADER, dans son ouvrage « Les valeurs éducatives de la Bible » tente d’approfondir la question de la RETRIBUTION. Dans son étude sur le Livre de JOB, il montre la différence de position entre les chapitres introductifs de JOB, par rapport à la partie essentielle, à caractère poétique. Il écrit ceci : On peut se demander comment distinguer la Morale authentique dont la réussite en sera la conséquence par rapport à une Morale frelatée qui est un but en soi ? Existe-t-il en général une Morale authentique ? Il convient de tenter l’examen de la question. Le meilleur moyen pour avoir une réponse serait de considérer que l’Homme Moral le restera toujours, même lorsque survient une entrave à son succès. Le Bien est totalement intérieur si l’Homme reste ferme dans ses convictions même face à un Malheur extérieur. Nous constatons ainsi que JOB n’est pas l’objet principal mais D.ieu également. D.ieu veut examiner la MORALE, l’INNOCENCE et la FOI RELIGIEUSE de JOB. C’est alors que ce dernier à son tour procède à l’examen de la droiture de D.ieu. On serait tenté de penser que dans son réquisitoire, JOB se transforme en Juge de la Morale divine. »

Ainsi, le Livre de JOB avec un L majuscule, est consacré à la question de la Rétribution divine. En même temps, ce Livre présente une des formes les plus élevées de la FOI, la croyance en D.ieu comportant aussi le courage de Le critiquer, de croire en D.ieu en étant trouble sur la conduite des affaires du monde. Seul un grand croyant peut supplier en criant, mêlant la fermeté avec la Foi en un D.ieu dont il ne comprend pas les méthodes. JOB dit en effet : « Qu’il me fasse périr, j’aurai fini d’espérer, [c’est en Lui que j’espère] mais je n’aurai pas laissé de lui mettre ma conduite sous les yeux. Et ceci même sera mon triomphe, que nul hypocrite ne peut se présenter devant lui. » (JOB XIII, 15-16)

Dans son KETER MALKHOUTH lu le soir de l’office de Kippour, IBN GABIROL (11° s.) s’inspire de ce verset .pour dire qu’il cherche à fuir la divinité punissant l’homme pour ses fautes, par acte de justice et préférer un D.ieu qui protège, qui use de miséricorde. Toutefois, JOB veut s’écarter d’un D.ieu contre lequel il porte des accusations, qui le poursuit sans qu’il ait péché, pour se réfugier auprès d’un D.ieu qui selon ses sentiments profonds viendra à coup sûr le protéger, tel un D.ieu dont l’essence est la Morale.

La question de la Justice divine constitue le fondement essentiel du Livre. Ce n’est que de manière passagère, que JOB attribue à la Providence divine la responsabilité d’un manque de justice dans la société. Cette question apparaît furtivement lorsqu’il dit : « le juste et le méchant, il les fait également périr » (IX, 22). Il met ainsi en cause le manque de justice dans la société l’attribuant à un comportement non convenable de la part de D.ieu. JOB poursuit en disant : « (Par lui), la terre a été livrée aux impies : il voile les yeux de ceux qui y rendent la justice. Si ce n’est lui, qui serait-ce ? »

Le livre de l’ECCLESIASTE (KOHELETH) point du doigt l’absence de justice parmi les Hommes. Cependant, il est en même temps convaincu qu’en fin de compte le méchant sera châtié. Aussi, dit-il : « Voici encore ce que j’ai vu sous le soleil : dans l’enceinte de la justice domine l’iniquité ; au siège du droit triomphe l’injustice. Aussi me suis-je dit à moi-même : « Le juste et le méchant, c’est D.ieu qui les jugera ; car il a fixé un temps pour chaque chose et pour chaque action » (III, 16-17).

A cet égard, commentant un autre passage du même genre, celui du chapitre V, verset 7, déplorant l’injustice dans ce bas-monde, RACHI croit utile de dire : « Si tu constates dans un pays l’oppression des malheureux et le détournement du droit et la justice, ne t’en étonnes pas ! »

Toutefois, selon ses expériences quotidiennes rapportées comme dans un Journal, l’auteur (le roi SALOMON) nous fait part d’une conclusion différente en disant : « Puis je me mis à observer tous les actes d’oppression qui se commettent sous le soleil : partout des opprimés en larmes et personne pour les consoler ! Violentés par la main de leurs tyrans, il n’est personne pour les consoler/ Et j’estime plus heureux les morts, qui ont fini leur carrière, que les vivants qui ont prolongé leur existence jusqu’à présent ; » (IV, 1-2).

Mais KOHELETH est encore plus accablant quant à l’absence en quelque sorte de justice divine s’agissant de la direction par D.ieu de l’Univers. Non seulement il trouve que celui-ci n’est pas en ordre, lorsqu’il dit : « Ce qui est tordu ne peut être droit, ce qui manque ne peut se compter » (I, 15)

mais en même temps, il tente d’expliquer sa pensée en disant : « Regarde l’œuvre de D.ieu : qui pourra redresser ce qui est courbé ?

Parfois, l’auteur ne fait que constater la situation en disant : « J’ai tout vu au cours de mon éphémère existence ; tel juste succombe malgré sa vertu, et tel méchant dure malgré sa perversité » (VII, 15. De là a été forgé l’adage déjà cité plus haut disant : « TSADIK ve RA LO ve RACHA ve TOV LO - le Juste est dans le malheur et le méchant est heureux » (Talmud BERA’HOTH 7 a). Cependant, KOHELETH nous donne une appréciation unique en disant : « Par cela même qu’une sanction n’atteint pas immédiatement les mauvaises actions, le cœur des fils d’ADAM s’enhardit à faire le mal.........il est un fait décevant qui se passe sur la terre : il est des justes qui sont traités comme s’ils agissaient à la manière des impies, et des impies qui sont traités comme s’ils agissaient à la manière des justes ; et je disais que cela aussi est vanité » (VIII, 11-14)

Le troisième Livre des Livres Sapientiaux (de la Sagesse) qui par définition sert de guide pour une conduite humaine conforme à l’esprit de Sagesse, n’utilise pas de formule explicite sur la question de la Justice. Nous y trouvons ceci : « Ne porte envie à aucun homme injuste et n’adopte aucun de ses procédés » (PROVERBES III, 31)

ou encore ceci : « que ton cœur n’envie pas le sort des pécheurs » (XXIII, 17). Malgré tout, ce Livre n’aborde pas la question de la Rétribution et du manque de justice dans la société. Il ne contente que de donner des conseils tels que : « Donner au pauvre c’est prêter à D.ieu » (XIX, 17). Le fabuliste s’adresse cependant à D.ieu pour lui demander de ne pas accorder trop de richesses au riche, car cela les entraînerait à renier l’existence divine, ni à trop appauvrir l’indigent car il en serait réduit à voler. Cette opinion est en quelque sorte une mise en cause de l’ordre du Monde (voir PROVERBES XXX, 8-9).

Le Livre des Psaumes consacre trois chapitres entiers à la question de la Rétribution. Les chapitres XXXVII et XLIX sont des thèmes caractéristiques de psaumes éducatifs, et le troisième, le chapitre LXXIII, beaucoup plus profond constitue une sorte de confession sur les doutes du poète et sur la manière par laquelle il en arrive à la conclusion de la justice divine. Le premier de ces Psaumes, le XXXVII, très riche en conseils nous dit entre autres : « Ne jalouse pas celui voit réussir ses entreprises » (v. 7), ou bien : « Ne porte point envie aux ouvriers d’iniquité » (v. 1), ou encore : « Fuis le mal et fais le bien » (v. 27). La conclusion qui en découlera sera : « Encore un peu, et le méchant ne sera plus, tu observeras sa place, et il aura disparu » (v. 10).

Le chapitre XLIX des Psaumes nous parle de la justice sociale. Il semblerait que non seulement la vie des riches s’écoule plus paisiblement mais que la richesse donne même une confiance et une garantie face à l’avenir. C’est là toutefois que chantre inspiré introduit l’idée de la MORT, qui efface en quelque sorte les limites et les différences entre le pauvre et le riche. Telle est donc selon lui l’interprétation de la question, lui faisant dire : « Ne sois pas alarmé si quelqu’un s’enrichit, et voit s’accroître le luxe de sa maison ! Car, quand il mourra ; il n’emportera rien » (PS. XLIX, 17-18)

Au chapitre LXXIII des Psaumes, sorte de confession du croyant, qui le fait passer du doute résultant du succès des impies à une croyance renouvelée dans la justice divine, l’accent est tout particulièrement sur ce que nous suggérait déjà KOHELETH, chapitre VIII, 11. Notre Psaume s’exprime donc ainsi : « C’est pourquoi son peuple en arrive au même point.........tout en disant : comment le Tout-Puissant peut-il savoir ? Le D.ieu suprême possède-t-il la science ? Voyez ces méchants ! Eternellement en sécurité, ils voient croître leur puissance. C’est donc en vain que j’ai gardé mon cœur pur, et lavé mes mains pour qu’elles fussent sans tache » (Ps . LXXIII, 10 - 13)

Parmi les Livres des Prophètes, l’un d’entre eux, HABACUC, consacre tout son ouvrage à la question de la Justice divine. Il l’associe au peuple élu, à son fardeau face aux peuples plus méchants que lui et qui le font souffrir. De même le Livre de JONAS, que nous connaissons bien puisqu’il est lu lors de la prière de l’après-midi du jour de KIPPOUR, nous montre de manière particulière que l’homme s’obstine à comprendre non seulement la notion de la Justice chez D.ieu mais également la notion de Miséricorde

Aussi bien selon la Torah que selon les prophètes, nous trouvons le problème de la guerre menée contre les idées fausses très répandues dans le peuple, notamment celle-ci : le peuple ou l’individu frappé par un malheur, ce n’est pas tant pour sa faute mais du fait d’un manque de justice de la part de D.ieu. Pour combattre cette idée, au moment de prendre congé du peuple d’ISRAËL, MOÏSE estime nécessaire de le mettre en garde en disant : « Lui, notre rocher, son œuvre est parfaite, toutes ses voies sont la justice même ; D.ieu de vérité, jamais inique, constamment équitable et droit. Est-ce lui qui a condamné ses enfants ? Non, c’est leur propre indignité, ô race perverse et tortueuse ! Est-ce ainsi que vous payez D.ieu de retour, peuple insensé et peu sage ? » (DEUTERONOME XXXII, 4-6)

Lorsque se rapprocha la menace de la destruction du Temple et la fin de l’indépendance du peuple d’ISRAËL, et que par étapes, le peuple fut déporté de son pays, se répandit l’idée selon laquelle les malheurs frappant cette génération ne lui étaient pas imputables mais qu’elle devait payer pour les fautes des générations précédentes. Deux prophètes, contemporains de cette génération, partirent en guerre contre cette idée erronée. JEREMIE n’aborda la question que légèrement. Il dit simplement : « En ces jours, on ne dira plus : « Les pères ont mangé du verjus et les dents des enfants en sont agacées, mais chacun périra pour ses fautes ; tout homme qui mangera du verjus en aura, lui, les dents agacées. (JEREMIE XXXI, 29-30)

C’est surtout EZECHIEL qui mènera le combat contre cette idée de responsabilité des enfants pour la faute des parents. Il s’en prendra avant tout à ceux qui habitaient la terre d’ISRAËL et non à ceux qui étaient déjà dans la Diaspora. Son argument principal et logique c’est qu’il est impossible que l’on s’en prenne aux enfants pour des fautes commises par leurs parents, puisque D.ieu est le Créateur de toutes les générations. Il s’exprime ainsi : « Oui, toutes les âmes sont à moi ; l’âme du père comme l’âme du fils, elles sont à moi : l’âme pécheresse seule mourra » (EZECHIEL XVIII, 4).

Et RACHI d’ajouter : « Pourquoi le fils devrait-il mourir ? N’est-il pas à moi ? » Dans ce même chapitre, le Prophète nous présente une série d’exemples sur cette notion de Rétribution. Ainsi par exemple, si un Juste engendre un méchant, ce dernier ne bénéficiera pas des mérites paternels, et inversement, si un méchant engendre un Juste, ce dernier ne sera pas puni pour les fautes du père. (v. 17). Plus loin, au verset 19, il s’en explique clairement, pour bien faire comprendre que chaque paie pour ses propres fautes.

Il termine cette question par un appel à la pénitence et à une régénération spirituelle et morale en disant : « C’est pourquoi je vous jugerai chacun selon ses œuvres, maison d’ISRAËL, dit le Seigneur D.ieu ; revenez ; détachez-vous de tous vos péchés....... faites-vous un cœur nouveau et une âme nouvelle.......car je ne désire pas la mort de qui meurt, dit le Seigneur, revenez et vivez » (v. 30 - 31)

Mais c’est surtout à l’époque du second Temple, le peuple était perplexe devant les difficultés économiques et politiques qu’il rencontrait. L’on comprend ainsi qu’à trois reprises, le prophète MALACHIE à qui est emprunté le texte de notre Haphtara, est déterminé à ôter toute fausse idée relative à la Rétribution. En réponse aux questions que se pose le peuple, il répond que face à la réussite temporelle des nations, le peuple d’ISRAËL est éternel. Même s’il souffre momentanément, il triomphera un jour des embûches. Pour ce qui est de la Justice que pratique D.ieu, MALACHIE consacre deux chapitres entiers à la question. Laissant de côté ceux qui doutent et s’adressant à ceux qui ont confiance en D.ieu, il déclare : « Cependant les adorateurs de l’Eternel s’exhortèrent mutuellement : l’Eternel écouta et entendit, et un registre de souvenir fut dressé devant lui en faveur de ceux craignent l’Eternel et respectent son nom » (MALACHIE III, 16). Même lorsque l’homme adresse une prière à D.ieu, cette question de la Rétribution peut surgir. Ainsi, dans la discussion entre ABRAHAM et D.ieu au sujet des habitants de SODOME et GOMORRHE, nous trouvons pour la première fois dans la Torah comme une sorte de réflexion concernant la justification des actes de D.ieu, même sous forme sentencieuse. Nous connaissons le texte de GENESE XVIII, 23 - 25) où nous voyons les termes D.ieu et Justice associés l’un à l’autre. Sur la question posée par MOÏSE après la faute du veau sanctionnée par la mort des coupables, MOÏSE veut comprendre et dit : « daigne me révéler tes voies » (EXODE XXXIII, 13). Nous avons à ce propos un passage du Talmud BERA’HOTH 7 a, disant : « MOÏSE s’adressa à D.ieu et lui dit : « Maître du Monde, pourquoi existent-t-ils des Justes qui sont heureux, des Justes qui souffrent, des Méchants heureux et des Méchants qui souffrent ? » Ce qui signifie qu’il y a des moments où il y a confusion entre l’Homme et son destin, et d’autres moments où les actes de l’Homme et son destin sont en opposition.

En fin de compte, après avoir montré par quelques textes parmi de nombreux autres, que D.ieu ne donne pas directement de réponse quant à la nature des récompenses ou châtiments mérités par l’Homme, fut-ce lorsque la question lui est posée par son plus fidèle serviteur tel que MOÏSE, nous devons seulement admettre notre incapacité à comprendre les voies profondes de D.ieu dans sa manière d’administrer le Monde. C’est en chacun de nous que peut se trouver la réponse, en fonction de notre disponibilité à nous rapprocher de D.ieu et à Le servir le mieux possible. C’était au fond, la réponse suggérée par MALACHIE, nous invitant à toujours nous souvenir de la Loi de MOÏSE (III, 22) et nous assurant de la venue du prophète ELIE, annonciateur de l’ère messianique. On peut donc comprendre qu’à l’approche de PESSA’H, fête de la libération de l’esclavage, il nous a été proposé ce texte, pour renforcer notre espérance de voir la fin de toutes les oppressions et de tous les malheurs du monde.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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