« Quand l’antisémitisme n’est qu’un détail ... »

BILLET DU 29 MARS 2009
publié le dimanche 29 mars 2009
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Bonjour,

Ce qu’il y a de pernicieux avec l’antisémitisme, c’est quand celui-ci se banalise. Voyez les propos récents de Dieudonné ou ceux encore de son ami Le Pen. Dans les deux cas, des énormités sont prononcées qui font à peine réagir les gens comme s’il y avait un sentiment de lassitude ou d’habitude. Lorsque Dieudonné se déclare candidat aux prochaines européennes avec comme seul programme l’antisionisme, on se dit que l’humoriste autoproclamé délire. Et lorsque Le Pen réaffirme devant le Parlement européen que, selon lui, les chambres à gaz ne furent qu’un détail de l’histoire, on se dit que le vieil homme déraille et que c’en est pathétique.

Non, dans ces deux cas, deux personnalités trouvent une tribune pour exprimer des thèses et non des opinions qui s’inscrivent dans la pensée antisémite et négationniste. Il n’y a que les gens simples pour ne pas comprendre que lorsque Dieudonné prononce le mot antisioniste, il pense en réalité : antisémite. Celui qui écume les condamnations devant les tribunaux sait bien que certains mots sont encore admis alors que d’autres seraient lourdement sanctionnés. Car, que veut dire pour un français, dans un scrutin européen, être antisioniste ? Le sionisme n’est pas, que je sache, une pensée érigée comme un modèle dans le monde occidental. Pourquoi donc vouloir le combattre sur un terrain où il n’existe pas ? Ce serait un peu comme vouloir former un programme pour les européennes autour de la lutte contre la peine de mort aux Etats-Unis ou pour s’opposer au déboisement dans la forêt amazonienne. La question du sionisme est une question israélienne qui ne trouve en dehors d’Israël qu’une portée au sein de la communauté juive de diaspora. Au mieux, la position de Dieudonné stigmatise le lien qui existe entre les juifs de diaspora et l’Etat d’Israël, au pire, et c’est surement le fond de sa pensée, l’antisionisme consiste à condamner Israël dans sa légitimité et son droit à exister. Ce qui est terrible, c’est qu’un candidat puisse se présenter avec ce seul programme sans qu’à aucun moment il n’existe un levier démocratique qui ne puisse lui offrir une telle tribune. Dieudonné ne devrait trouver comme seul lieu d’expression son petit théâtre de la Main d’or avec un public qui viendrait en connaissance de cause.

Quant à Le Pen, son « détail » le conduira très certainement devant les tribunaux, mais le mal aura été fait. Cet homme aigri pense encore que ses vieilles formules peuvent lui permettre de reconquérir un électorat qui lui a tourné le dos.

Dans ces deux cas, si la justice doit passer avec sévérité, on attend davantage encore qu’une union nationale se forme pour dénoncer des propos aussi abjects, ce n’est peut-être qu’un détail, mais l’on n’a pas vu encore cet élan national.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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