Parasha Vayikra 5769

Chabbath 28 mars 2009 - 3 Nissane 5769 - Début : 18 h 56 - Fin : 20 h 03
publié le lundi 23 mars 2009
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Lecture de la Torah : Lévitique I, 1 - V, fin : Préceptes sur les sacrifices. Haphtara : ISAÏE XLIII, 21 - XLIV, 23 : L’inanité des idoles.

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Thème de notre étude :

La raillerie envers les cultes idolâtres et les différences essentielles entre le D.ieu Eternel et les divinités des nations, selon la prophétie d’ISAÏE.

Contenu de la Haphtara :

Nous sommes en présence d’un texte figurant dans les chapitres suivant le chapitre XL du prophète ISAÏE, traitant de la délivrance d’ISRAËL en adressant des reproches au sujet des fautes du peuple et en dénonçant la nullité des idoles.

ISAÏE XLIII, v. 21 ; La fonction d’ISRAËL : « Ce peuple, je l’ai formé pour moi, pour qu’il publie ma gloire. » « 22 - 28 : les paroles de morale (en particulier à propos des sacrifices). Toutefois, le Seigneur pardonnera la faute du peuple. « XLIV, 1 à 5 : La délivrance interviendra, même les étrangers se glorifieront du nom d’ISRAËL. « 6 - 7 : D.ieu est le dieu éternel, annonçant dès les origines ce qui va se produire. « 8 - 11 : Inanité des idoles. « 12 - 13 : Description de la fabrication d’idoles. « 14 - 17 : Les manières diverses d’utilisation des matériaux desquels est tirée la statue. « 18 - 20 : La stupidité du culte idolâtre. « 21 - 23 : Avertissement, promesse du pardon et de la délivrance. Requête auprès de toutes les parties de la Création en vue de leur participation au chant de reconnaissance pour la délivrance d’ISRAËL.

Les rapports entre la Paracha et la Haphtara.

Dans la Livre du Lévitique, en particulier dans les premiers chapitres, nous trouvons le détail des catégories de sacrifices qu’offraient les Israélites dans le Sanctuaire. Il paraît clair que dans un passage de notre Haphtara, ISAÏE XLIII, 23 - 24, nous sommes en présence d’un discours de réprimande relatif aux sacrifices offerts à l’époque du Prophète. C’est ce qui explique le choix de cette Haphtara en relation avec la paracha VAYIKRA. Nous pouvons nous interroger sur l’intention de ce court passage dans ce chapitre traitant des sacrifices.

Sommes-nous face à une accusation de négligence dans le culte en général, et le Prophète met-il en cause le peuple pour avoir abandonné le service divin, ou s’agit-il du fait qu’il n’offre pas les sacrifices à D.ieu mais plutôt à un culte idolâtre ? Ou encore, y a-t-il une idée totalement différente derrière tout cela ? La conclusion des opinions relatives à ces deux versets 23 et 24 nous est fournie par ABRAVANEL rapportant l’opinion de RACHI, à laquelle se rattache également RADAK. Ce dernier en commentant le verset suivant : « Ce n’est pas à moi que tu as offert l’agneau de l’holocauste, ni moi que tu as honoré de tes sacrifices » (ISAÏE XLIII, 23) dit notamment : « Cela se passait à l’époque du Roi ACHAZ (Roi de JUDA - 733-718 av. J.C).Celui-ci avait fait fermer les portes du sanctuaire, fait installer des autels dans tous les coins de JERUSALEM, dans toutes les villes de JUDAH, pour que l’on y offre des sacrifices et de l’encens. Après ACHAZ, son fils EZECHIAS a confessé ces méfaits : « Car nos pères ont été infidèles et ont fait du mal aux yeux de l’Eternel, notre D.ieu ; ils l’ont abandonné, ont détourné leur face du Sanctuaire de l’Eternel et lui ont tourné le dos.... (II CHRONIQUES XXIX, 6).

L’accusation d’infidélité est déjà sous-entendue dans un texte antérieur disant : « Des holocaustes, des sacrifices ont-ils autant de prix aux yeux de l’Eternel que l’obéissance à la voix divine » ? (I SAMUEL XV, 22

Mais ce qui semble important c’est le reproche que lance ISAÏE en disant : « Je ne t’ai point importuné pour des oblations, ni excédé pour de l’encens. » (ISAÏE XLIII, 23). Cela peut laisser sous-entendre qu’en fait D.ieu n’exige rien de l’homme si ce n’est son obéissance, mais s’il apporte des sacrifices en grande quantité, c’est bien plus s’attirer les faveurs divines, mais cela n’ajoute rien au prestige de D.ieu.

On peut également trouver des points d’opposition entre la Paracha et la Haphtara. La première donne des détails sur les variétés de sacrifices, la manière de les offrir. Par contre, pour le Prophète, il n’y a aucune valeur aux sacrifices si l’on accomplit en même temps des méfaits. C’est pour cette raison qu’il utilise les expressions que nous venons de citer.

Le rabbin NOBEL, pour sa part, trouve un lien entre nos deux textes. En effet, le troisième Livre de la Torah, VAYIKRA s’appelle également « TORATH COHANIM - La Loi des Prêtres » (MENA’HOTH, chapitre IV, michna 3) Il contient pour l’essentiel les préceptes concernant les Prêtres, le service sacrificiel, les questions de pureté et d’impureté. La Haphtara, dès le premier verset (ISAÏE XLIII, 21) vient nous dire : « Ce peuple, je l’ai formé pour moi, pour qu’il publie ma gloire ». Il veut ainsi compléter l’enseignement de la Torah selon lequel le peuple d’ISRAËL tout entier a été créé par D.ieu pour qu’il diffuse la louange de D.ieu. La prêtrise et ses attributions ne constituent pas une fin en soi ni une situation distincte. Elle n’est qu’un moyen parmi d’autres pour parvenir à forger un peuple chantant les louanges divines. Autrement dit, les textes de la Torah et ceux de la Haphtara se complètent. L’approche des Prophètes de la question des sacrifices fera l’objet d’autres commentaires. Pour l’heure, nous nous intéresserons à ce que la Haphtara nous dit en les raillant, du culte des idoles. Selon le Rabbin Mendel HIRSCH, les fausses divinités ont contribué aux opinions erronées que professait ISRAËL à propos des sacrifices.

Raillerie concernant l’idolâtrie et les diiférences essentielles entre le D.ieu Eternel et les dieux des nations, selon le Livre d’ISAÏE.

Nous savons que JOSUE, certains rois et les prophètes ont lutté contre les cultes idolâtres. Il convient de rappeler ici l’exemple du Prophète ELIE au MONT-CARMEL, lorsque face à 400 prêtres de BAAL, il utilise des termes de railleries particulièrement dures en disant à ses adversaires : « Sur le midi, ELIE les railla, disant : « Criez plus fort, puisque c’est un dieu, quelque affaire l’occupe, une expédition, un voyage.... Peut-être dort-il, il s’éveillera » (I ROIS XVIII, 27)

La suite nous apprend que ces prophètes ont pris très au sérieux les propos d’ELIE. Le texte nous dit : « Ils appelèrent à grands cris, se tailladèrent, selon leur coutume, à coups d’épées et de lances, au point que le sang ruisselait sur eux » (v. 28). Nous trouvons également parmi les derniers prophètes, de nombreux exemples de railleries envers les idolâtres. Par exemple, OSEE, au chapitre XIII, verset 2 de son livre, dit ceci : « Et maintenant ils redoublent leurs fautes ; ils se sont fait des idoles avec leur argent, et avec leur industrie, des images ; tout cela c’est œuvre d’artiste. C’est à elles qu’ils s’adressent ; et pour rendre hommage (en les embrassant) à des veaux, ils immolent des hommes ». Sur ce verset, IBN EZRA fait le commentaire suivant : « Ils se rient des hommes puisqu’ils baisent les dieux de BAAL ayant l’apparence d’un veau. Ils versent du sang innocent. C’est à l’opposé de ce que font généralement les humains qui embrassent ceux de leurs amis et offrent des veaux pour les consommer. »

Le prophète HABACUC dit également : « Malheur à celui qui dit à un morceau de bois : « Eveille-toi ! » à la pierre inerte : « Lève-toi » Sont-ce là des guides ? Vois ! L’idole est plaquée d’or et d’argent, mais aucune souffle n’est en elle ! » Nous trouvons une très grande prophétie contre le paganisme chez JEREMIE. Au chapitre X, versets 1 16, il raille les idoles. En lisant ce texte on ne peut manquer de constater combien il a été influencé par ISAÏE. Ainsi, on peut comparer les passages suivants de JEREMIE X, 3-5 avec ce qu’en disait déjà ISAÏE, dont les références figureront entre parenthèses : « on coupe dans la forêt un arbre que le charpentier façonne à coups de hache » (voir ISAÏE XLIV, 12, 14). « puis on le décore d’argent et d’or, on le consolide avec des clous et des marteaux, pour qu’il ne bouge pas. » (voir ISAÏE XLI,7 ; XL, 20). « De tels dieux sont comme un épouvantail dans un champ de concombres, ils ne parlent pas, on est obligé de les porter, car ils ne peuvent faire un pas. » (voir ISAÏE XLVI, 7).

A partir du chapitre XL de son Livre, ISAÏE ne cesse de railler les idoles. Bien plus, c’est principalement chez lui que nous trouvons un débat et des mises aux points sur ce thème, à savoir : ce qui distingue les dieux des nations d’une part, du D.ieu Eternel d’autre part. Nous tenterons ici de montrer tout l’aspect ironique que représentent la nullité des idoles.

Dans toutes les descriptions des idoles qu’en fait ISAÏE, nous trouvons chaque fois une gradation dans l’ironie qu’il manifeste à leur égard. Dans la première phase, il souligne le côté risible de la chose, en montrant que « la statue est coulée par le fondeur, plaquée d’or par l’orfèvre, qui la garnit encore de chaînettes d’argent » (ISAÏE XL, 19). Dans une seconde phase, il montre l’association entre les divers artisans occupés à la fabrication de la statue. L’un fait le gros-œuvre, le second ce qui est plus délicat, de sorte que l’orfèvre et le forgeron sont associés. « Le sculpteur encourage l’orfèvre, celui qui polit au marteau réconforte l’ouvrier qui frappe l’enclume et dit de la soudure : « c’est bien ! » Puis on consolide (l’idole) avec des clous pour qu’elle ne branle pas. » (ISAÏE XLI, 7).

La troisième phase consiste à porter un jugement sur la fabrication d’idoles (ISAÏE XLIV, 10 à 20). Mentionnons ici tout particulièrement les versets 14-15 disant : « Il s’est coupé des cèdres, il a pris un rouvre (petit chêne) et un chêne, en les choisissant vigoureux, parmi les arbres de la forêt ; il a planté des pins, que la pluie fait grandir. Tout cela sert à l’homme de combustible ; il en prend une partie pour se chauffer, une autre pour allumer le feu qui doit faire cuire son pain ; puis encore il fait un dieu et tombe à genoux, en taille une idole et se courbe devant elle ». Il ne se contente pas de nous donner beaucoup de détails, mais il nous abreuve de moqueries encore plus nombreuses que précédemment. On peut ici souligner quatre sujets faisant ressortir le côté insignifiant de la fabrication d’idoles, en utilisant une forme ironique amère : Les voici : 1° Il veulent se fabriquer un dieu, mais « les artisans ne sont que des mortels ((XLIV, 11). Etant mortels, ils sont faibles et se proposent de fabriquer le dieu qu’ils veulent servir. 2° Il ne suffit pas que les hommes éprouvent le besoin de fabriquer la divinité, mais que d’efforts l’homme ne doit-il consentir, même pour fabriquer une simple statue à pertir d’un morceau de bois : « endure et la faim qui l’exténue et la soif qui l’épuise » (v. 12) 3° Le Prophète décrit le dieu fabriqué à partir du bois dont il indique l’espèce choisie, et les soins qu’il y apporte : « il les a choisis vigoureux parmi les arbres de la forêt ; il a planté des pins, que la pluie fait grandir » (v. 14) 4° Le sommet du trait blessant ironique que lance le Prophète est atteint lorsqu’il dépeint les besoins divers nécessaires à l’arbre. A deux reprises, il utilise l’expression « VAYOMER - il dit ». En trois versets nous trouvons à trois reprises l’expression « AF - également » pour mettre l’accent sur la fabrication de l’idole. A deux reprises, il emploie le terme « ‘HATSI - la moitié » et une seule fois le mot « CHEERITH - le reste ». Nous trouvons donc tout cela dans les passages suivants : « Tout cela sert à l’homme de combustible ; il en prend une partie pour se chauffer, une autre pour allumer le feu qui doit faire cuire son pain ; puis encore il fait un dieu et tombe à genoux, en taille une idole et se courbe devant elle. La moitié donc, il la livre au feu ; sur cette moitié il met rôtir sa viande, la mange et s’en rassasie ; ou bien il s’y chauffe et dit : « Ah ! la bonne chaleur ! Je sens la flamme ! » Et puis le reste, il en fait un dieu, son idole ; il l’adore, il se prosterne, il lui adresse des prières et s’écrie : « Protège-moi, car tu es mon D.ieu » (ISAÏE XLIV, 15 - 17). Dans un quatrième passage, ISAÏE redouble sa raillerie : 1° Les dépenses considérables pour inviter l’idole : « En voilà qui sortent à profusion l’or de leur bourse et pèsent de l’argent à la balance ; ils engagent un orfèvre pour qu’il en fasse un dieu » (ISAÏE XLVI, 6), et en plus 2° L’effort nécessaire pour le transport de l’idole et son déplacement : « Ils le chargent sur leur épaule, ils le transportent et le mettent en place » (v. 7)

L’étude du dernier extrait, que nous pouvons lire au début du chapitre XLVI, nous permet de dégager une forme linguistique spécifique à ISAÏE, qui en souligne les contrastes. Dans son ouvrage « ISAÏE était unique » à la page 91, l’auteur Rachel MARGALITH , parlant de la méthode de ce prophète, dit de lui qu’il disait une chose et son contraire.

A l’appui de cette thèse, elle cite les propos du Midrash Rabbah sur EXODE 15, paragraphe 29 où nous lisons à son sujet : « C’est la même bouche qui dit « Oh ! nation pécheresse » (ISAÏE I, 4) et qui dit aussi : « Ouvrez les portes, pour que puisse entrer un peuple juste, gardien de la loyauté » (XXVI, 2). C’est la bouche qui dit : « peuple chargé d’iniquités » (I, 4) et qui dit : « et ton peuple ne sera composé que de justes » (LXI, 21. Cette bouche dit d’une part : « Oui, vos néoménies et vos solennités, mon âme les abhorre » (I, 14) dit par ailleurs : « Et il arrivera constamment, à chaque néoménie, à chaque sabbat, que toute chair viendra se prosterner devant moi, dit l’Eternel » (LXVI, 23)

Ce ne sont pas uniquement les thèmes de récompenses et châtiments qui se dégagent dans différentes parties du Livre d’ISAÏE où il utilise ce langage contrasté. Dans de nombreux passages de son œuvre, nous trouvons un genre d’analogies « guezera chavah » stylistiques qui dans un même thème soulignent les oppositions. Nous pouvons à cet égard nous référer au chapitre XLVI où nous rendontrons très souvent des répétitions des termes « NASSA - soulever », « AMASS - charger », « SAVAL - soutenir », « MALATH - se sauver ».

A propos des divinités, il déclare : « Elles (les statues) sont chargées, pesant fardeau, sur des montures qu’elles accablent. » (XLVI, 2). Plus loin nous lisons : « Ils le chargent sur leur épaule » (v. 7). Mais par rapport aux divinités qui constituent qu’un fardeau pour l’homme, le D.ieu véritable et authentique est décrit de la façon suivante : « Ecoutez-moi, maison de JACOB, et vous tous, débris de la maison d’ISRAËL, qui êtes soutenus [par moi] depuis le berceau et portés depuis votre naissance. Jusqu’à votre vieillesse, je resterai le même [pour vous] ; jusqu’à votre âge extrême, je vous porterai. Comme je l’ai fait, je continuerai à vous porter, à vous soutenir, à vous sauver. »

Nous trouvons également cette même forme d’ironie sur les cultes idolâtres, car lorsque l’on fabrique une statue, il est nécessaire que ceux qui les façonnent aient de la force « L’un prête assistance à l’autre et chacun dit à son frère : « Courage ! » (XLI, 6)

Mais qu’est-il dit à propos du D.ieu de Vérité ?. Le verset suivant va nous éclairer : « Car moi, l’Eternel, ton D.ieu, je soutiens ta droite et je te dis : « Ne crains pas, je viens à ton secours. » (v. 13) . Par ce moyen, le Prophète souhaite nous enseigner qui est Celui qui nous soutient et nous aide par la Vérité ?

Dans le débat avec les idolâtres qu’entreprend ISAÏE, nous trouvons encore des exemples édifiants relatifs à cette opposition, avec l’usage de certaines expressions telles que « BOUCHA - la honte », « YECHOUAH - le salut ». « Tous ils sont honteux et humiliés. Ils marchent dans la confusion, les fabricants d’idoles » (ISAÏE XLV, 16) « Assemblez-vous et venez, approchez-vous, vous qui vous êtes échappés parmi les nations, vous qui faites preuve d’inintelligence en transportant avec vous vos idoles de bois et en invoquant un dieu incapable de vous secourir » (v. 20) Face à ce genre de raillerie, nous trouvons la description s’appliquant au D.ieu authentique : « Mais toi, ô ISRAËL, tu seras sauvé par l’Eternel, sauvé pour toujours ; jusque dans l’éternité, vous n’éprouverez ni honte ni confusion » (v. 17). Enfin, face à l’expression « un dieu incapable de secourir » (v. 20) nous trouvons le passage suivant : « N’est-ce pas moi, le D.ieu juste et secourable, qui n’ai point de rival ? » (v. 21)

ISAÏE ne s’en prend pas aux idoles uniquement par la moquerie ou par des expressions qui lui sont propres Parmi tous les prophètes il est le seul à mettre à démontrer l’inanité des idoles, en raison de l’absence chez elles de toute possibilité réelle d’agir dans le cours de l’Histoire. Pour cette raison, la pierre de touche permettant de distinguer l’action réelle d’une divinité, incapable d’agir par rapport à la prédiction d’événements devant survenir. Dans cet ordre d’idées, ISAÏE a forgé des expressions qui lui dont propres. Il distingue tous les grands événements susceptibles d’avoir une influence dans le cours de l’Histoire, entre ce qui a eu lieu et ce qui va survenir, ou entre des « signes - otioth » ou des « choses nouvelles - ‘hadachoth ».

Parfois, se référant au passé, se présentant comme le prophète de D.ieu ayant prévu les choses dès le début, il annonce la chute de l’ASSYRIE et le sauvetage de JERUSALEM. Par rapport à un fait devant survenir prochainement, à savoir, la destruction de la BABYLONIE et la délivrance devant intervenir grâce à CYRUS, le prophète met parfois en scène une sorte de JUGEMENT contre les divinités. En voici un exemple : « Présentez votre cause (apostrophe visant les idoles), dit l’Eternel, produisez vos arguments, [vos revendications], qu’ils les produisent donc et qu’ils nous exposent ce qui doit arriver ! Dites seulement les choses du passé (RICHONOTH) [les prophéties relatives au passé telles que la chute de l’ASSYRIE], dans leur réalité, pour que nous examinions et en apprenions les suites [voir si elles se réalisent] ou faites-nous connaître les événements futurs. Racontez ce qui va se passer dans l’avenir [HAOTIOTH], pour que nous sachions que vous êtes des dieux..... Je l’ai suscité du Nord [CYRUS] et il est venu...... Qui a annoncé tout cela dès le premier jour, pour que nous sachions ? dès les temps passés, pour que nous disions : « C’est juste [la justice est avec lui, c’est réel] ? (ISAÏE XLI, 21 - 26)

Citons ici un court extrait de l’ouvrage de Rachel MARGALITH mentionné plus haut au sujet de CYRUS : « Il est évident que la citation de ce nom quelque deux cents ans avant sa naissance ne constitue pas une prophétie habituelle dans les textes prophétiques. Ce qui est plus étonnant encore c’est ce qu’ISAÏE le souligne tout particulièrement. Il répète pas moins de sept fois qu’il prédit l’avenir dès le début, et met l’accent sur ce qu’il y a de particulier dans le nom de CYRUS en disant : « Qui a annoncé cela dès le premier jour pour que nous sachions ? » (ISAÏE XLI, 26)

« Les prophéties anciennes, voilà, elles sont accomplies, j’annonce des événements nouveaux, et avant qu’ils éclosent, je vous les fait connaître » (XLII, 9). Ou encore : « Dès le début, j’annonce les choses futures, et longtemps d’avance ce qui n’est pas encore accompli » (XLI, 10).

ISAÏE est le prophète capable de distinguer les événements de l’Histoire en trois catégories et en soulignant leur utilisation. D.ieu agit de façon soudaine et annonce même les événements à l’avance, de manière que l’homme ne puisse attribuer ce qui doit survenir à l’action d’une quelconque divinité. En même temps, il est nécessaire que D.ieu puisse annoncer longtemps à l’avance des événements très lointains, pour ôter aux hommes en général, et à ISRAËL en particulier, l’impression qu’ils sont en mesure par leur imagination et leur force de deviner ce qui va se produire. A cet égard, voici comment s’exprime ISAÏE : « Les choses passées je les ai annoncées longtemps d’avance. Une fois énoncées par ma bouche et prédites par moi, soudain je les ai réalisées et elles se sont accomplies » (XLVI, 3)

C’est ainsi qu’un avis religieux éducatif est fourni à la prophétie, que nous ne trouvons nulle part ailleurs dans la Bible : la Prophétie dont le but est d’annoncer l’avenir, de manière à combattre l’influence pseudo-religieuse des idoles, en mettant en garde contre leurs faiblesses et leur incapacité à pouvoir prédire les événements futurs, tout en rabaissant l’orgueil de l’homme, ayant la prétention d’imaginer dès le début, le cours de l’Histoire.

La mise au point concernant la nature de l’idolâtrie dans le Livre d’ISAÏE, amène à la mise en relief essentielle entre ce qui sépare ISRAËL des nations. C’est ainsi, une fois de plus, qu’ISAÏE utilise une forme littéraire spécifique déjà indiquée dans notre étude, à savoir l’utilisation en quelque sorte de comparaisons pour mieux faire ressortir les oppositions. Cette fois-ci par l’expression « ED - témoignage ou preuve », comme par exemple : « qu’ils produisent leurs témoins » (ISAÏE XLIII, 9)

qui auront pour mission de prouver la véracité de leur conception du monde et de leurs croyances. C’est ainsi qu’il s’exclame : « mais ils ne voient ni ne comprennent, aussi seront-ils confondus » (XLIV, 9. Par contre, à deux reprises, il insiste en disant peu avant : « Vous, sous êtes mes témoins » (XLIII, 10 et 13).

Pour conclure cette longue étude de la position d’ISAÏE par rapport à l’idolâtrie très virulente à son époque, nous citerons ici les propos hardis du Midrash, qui ne se contente pas à placer ISRAËL au rang de témoins de l’existence de D.ieu, mais qui vont jusqu’à conditionner celle-ci à la disposition de la part d’ISRAËL à servir comme « témoins de D.ieu ». Le texte biblique dit notamment : « Vous êtes donc mes témoins, dit l’Eternel, comme je suis votre D.ieu » (XLIII, 12) . Sur ce verset, le YALKOUT CHIMONI (paragraphe 455) dit simplement : « Quand vous êtes mes témoins, Je suis D.ieu, et lorsque vous n’êtes pas mes témoins, en quelque sorte, Je ne suis pas D.ieu ». Autrement dit, le fait d’avoir accepté de recevoir la Torah au Mont SINAÏ, nous a imposé une mission faite de grandeurs et de servitudes. Il est donc essentiel de savoir respecter nos engagements.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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