Parasha Ki Tissa 5769

Chabbath 14 mars 2009 - 18 Adar 5769 - Début : 18 h 34 - Fin : 19 h 41
publié le mardi 10 mars 2009
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CHABBAT PARA Lectures de la Torah : 1er rouleau : EXODE XXX, 11 à XXXIV, fin : Suite des préceptes concernant le Tabernacle ; le veau d’or ; les deux Tables. 2ème rouleau : NOMBRES : XIX : La vache rousse. Haphtara : EZECHIEL XXXVI, 16 - 36 (ou 38) : Le cœur nouveau.

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INTRODUCTION :

Après avoir lu dans un premier rouleau, la paracha KI TISSA, nous lisons dans un second rouleau, le texte de Nombres XIX, 1-22, relatif aux prescriptions de la vache rousse. Elles ont pour but de servir à la purification de ceux qui étaient devenus impurs (contact avec un mort, séjour dans une maison où se trouve un mort, contact avec un animal impur ou avec le cadavre d’un animal dit impur. Selon le Talmud Meguilah 29 b, cette lecture se fait le chabbat avant la néoménie de Nissan afin que l’on se prépare par la purification à la fête de PESSA’H, car tous ceux qui se présenteront au Temple pour offrir l’agneau pascal, devront être en état de pureté. C’est donc en souvenir de cet usage que nous lisons ce texte. La Haphtara qui l’accompagne tirée du Prophète EZECHIEL XXXVI, 16-36 (ou 38 selon le rite achkenaze), en insistant sur l’idée de coeur nouveau est également inspirée par la notion de pureté, non seulement de celle du corps mais aussi de celle de l’esprit. Il ne saurait y avoir de libération sans un coeur nouveau et un esprit neuf. Nous savons que PESSA’H nous invite à purifier nos maisons de toute trace de levain, mais le levain que nous portons dans nos coeurs, le mal et la perversité, doivent eux aussi être extirpés. C’est donc la raison fondamentale pour laquelle nous lisons cette Haphtara avant l’entrée du mois de Nissan, mois de la délivrance EZECHIEL, prophète de l’exil, nous enseigne que même dans les conditions d’existence les plus difficiles, il est possible à l’homme de s’élever spirituellement. Cette possibilité est offerte à Israël malgré les souffrances que D.ieu lui a fait connaître. EZECHIELveut également souligner que c’est au milieu des nations qu’Israël, peuple de prêtres dispersés, a trahi sa vocation sacerdotale. Il n’a pas su mettre à l’honneur la bannière dont il était le porteur. Il en est alors résulté que le Nom sacré de D.ieu a été profané du fait que les nations étaient amenées à dire en parlant d’ISRAËL  : « Ces gens sont le peuple de D.ieu et c’est de son pays qu’ils sont sortis. » (v. 20). Par là-même, ISRAËL ne cesse d’être jugé. Il lui appartient donc d’avoir toujours un comportement religieux et moral qui ne prête le flanc à aucune critique. Malgré ses fautes et ses défauts, il trouvera compassion aux yeux de D.ieu, et les prophéties bibliques le concernant finiront par se réaliser. EZECHIEL nous en donne l’assurance : retour sur la terre ancestrale, retour d’Israël vers D.ieu, ce sont les conditions grâce auxquelles D.ieu se verra reconnu ensuite par l’ensemble des nations (v. 36). Pour y parvenir, il faudra un véritable changement de mentalité, de caractère, et c’est donc dans ce sens que doit être compris le verset 26 : « Je vous donnerai un coeur nouveau et je vous inspirerai un esprit nouveau ; j’enlèverai le coeur de pierre de votre sein et je vous donnerai un coeur de chair. »

"Fils de l’homme" est une expression revenant souvent dans la bouche de ce prophète. Car celui-ci, ayant dirigé nos regards vers un avenir meilleur que celui que connurent ses contemporains après la destruction du Temple, a considéré le rôle de l’homme comme essentiel pour lui permettre de participer au plan divin. Etre un homme, un ADAM (voir Genèse I, 26), c’est accepter de prendre part à l’oeuvre de D.ieu en consacrant notre vie à faire connaître la parole divine, afin qu’elle soit un jour admise comme seule vérité par tous les hommes, selon la dernière phrase de la prière finale de ALENOU. C’est aussi cette idée consolatrice que nous livre EZECHIEL. (v. 38).

Composition et contenu :

Nous sommes en présence d’un texte très important, appartenant aux prophéties de consolation commençant au chapitre XXXIV et se poursuivant jusqu’à la fin de son livre.

EZECHIEL XXXVI, 16-21 : la profanation du nom de D.ieu par les exilés. " " 22-24 : la sanctification du nom sacré lors du rassemblement des exilés. " " 25-32 : délivrance spirituelle et matérielle. " " 33-36 : le retour dans le pays permettra de faire reconnaître le nom divin parmi les nations. " " 37-38 : Le peuple d’Israël redevenu nombreux lors de la délivrance.

Motivations et sens du choix de la Haphtara.

Contrairement au texte spécial de la Torah lu ce chabbat, et relatif à la purification nécessaire en cas de souillure au contact d’une source d’impureté, et nécessitant l’aspersion de l’eau lustrale obtenue par les cendres d’une vache entièrement rousse mélangées à de l’eau de source, ainsi que l’offrande d’un sacrifice, le texte de notre Haphtara ne requiert pas de geste particulier pour redevenir pur et être autorisé à revenir dans la maison de D.ieu. Dans notre texte, la notion d’impureté est une métaphore venant rappeler la faute. Dans les deux premiers versets de notre Haphtara nous avons le modèle d’une allégorie « les enfants de la maison d’Israël demeurent sur leur terre, et la souillent », (et l’exemple de comparaison), "par leur conduite et leurs oeuvres.". Autre cas d’allégorie : « comme la souillure de la femme impure", (exemple de comparaison) : « J’ai donc répandu mon courroux sur eux à cause du sang qu’ils ont répandu sur la terre et des idoles infâmes dont ils l’ont souillée. » (EZECHIEL XXXVI, 18) La particularité de notre Haphtara c’est de passer de l’action concrète de purification selon la Torah à une forme de parabole donnant un sens nouveau ou un éclairage différent de ce qui était prévu à l’origine. On peut donc s’étonner de cette manière nouvelle d’interprétation d’une loi fondamentale de la TORAH relative à la purification du corps, et passant chez EZECHIEL à la purification de l’esprit. A travers le commentaire sur le passage de la TORAH relatif à la vache rousse dont les cendres permettent de purifier l’homme d’une souillure apparemment physique, puisqu’elle est liée à la mort, S.R.HIRSCH nous permet de mieux comprendre l’enseignement dégagé par ce prophète . Il utilise la méthode du symbolisme. Il considère que les raisons originelles de la vache rousse, liées à la notion de pureté et d’impureté nous échappent. En effet, dit-il, il s’agit là d’une notion difficilement accessible au raisonnement. La révélation de la Torah nous permet en principe de connaître la partie visible de la Loi. Seuls quelques aspects de cette Loi nous permettent d’entrevoir les idées ayant pu déterminer son élaboration. Comment expliquer cela ? Le rouge et le blanc sont les couleurs extrêmes de la capacité humaine. Le rouge représente le physique, l’animal, tout au service de sa vitalité, d’une vitalité, d’une force débordante, d’un élan pleinement consacré à la volonté de vivre. Mais celle-ci n’est encore imprégnée d’aucun effort spirituel. Elle est donc par nature périssable. C’est la couleur du sang. Le blanc, c’est l’image de pureté et du Divin. Il réunit toutes les nuances, toutes les couleurs, dans une harmonie parfaite. L’homme en face de la mort est en danger moral. Le physique semble alors tout-puissant, inexorable. Il condamne toute action spirituelle à ce qui paraît inassouvi, jamais satisfait. C’est donc la mort qui place l’homme devant le problème de sa nature relative, de ses forces limitées, de sa faiblesse. C’est en face de la mort, en face la force de la nature, représentée par la bête de couleur rouge, que se tient le prêtre, tout de blanc vêtu, pour le sacrifier, pour souligner aussi le principe selon lequel le spirituel saura toujours vaincre le physique et le matériel. Il n’y a donc, nulle part, abdication devant la mort C’est donc ici la seule fois que les cendres de l’animal brûlé servent à l’aspersion, car partout ailleurs c’est le sang de la bête qui est employé dans ce but. On semble ainsi vouloir montrer la fin misérable de cet être resplendissant de vigueur et de santé ; le symbole met l’accent sur le côté matériel du sacrifice, pour en faire ressortir avec plus de netteté le côté spirituel, éternel et triomphant. Nous sommes ainsi placés devant un paradoxe, celui de la qualité de cette cendre. Son contact transforme l’impur en pur, alors que le prêtre ayant aspergé en état de pureté est tenu d’observer ensuite une période d’impureté. Il y a là un dualisme des contrastes dans l’homme : ce qui restera éternellement vivant en face de ce qui disparaîtra inévitablement. C’est en fait l’esprit qui donnera à l’homme physique sa durée, mais c’est aussi le contact de cet esprit avec le physique qui souvent le diminuera, lui enlèvera de son intégrité et de sa limpidité. Mais, en foin de compte, si le plus pur peut devenir impur, il redevient impur après un certain temps. L’originalité de EZECHIEL, ayant réfléchi à tout cela, fut de comprendre et de nous dire que même en l’absence de sacrifices de purification offerts au Temple momentanément disparu, nous avons toujours un effort spirituel à faire pour nous remettre dans un état d’esprit de purification, en analysant les causes profondes nous ayant conduit momentanément à perdre une partie de notre pureté originelle. Cet effort de prise de conscience est une condition à ses yeux, pour retrouver, à travers la purification du coeur, les possibilités de parvenir à notre libération ultime. En nous livrant son enseignement, le prophète semble vouloir nous dire que la Torah tente de nous éloigner de toute idée magique. Ainsi, si les fils d’ARON sont morts après avoir offert de l’encens, c’est aussi ce même élément offert par ARON qui arrêta l’épidémie. Le même bâton que MOÏSE utilisa sur ordre de D.ieu pour assécher les eaux de la Mer Rouge a également servi à tirer de l’eau du rocher. De même chez les prophètes, l’arche sainte causa des ravages lorsqu’elle se trouvait dans le camp des PHILISTINS, mais apporta ses bénédictions dans la maison de OBED-EDOM, le GHITHEEN (I CHRONIQUES, .XIII. 14). A la fin de notre Haphtara, lorsque EZECHIEL utilise l’expression "ke tson kodachim = comme le bétail des sacrifices" pour rappeler la multitude de ceux qui se retrouveront à l’époque messianique, nous pouvons penser qu’il y a là une allusion transparente à la célébration de la Pâque lorsque Jérusalem bourdonnait du bruit des agneaux et de celui des hommes.

Les problèmes de la Diaspora selon l’Ecriture : Torah et Prophètes.

Il eût été logique, que EZECHIEL, le seul prophète ayant exercé en dehors d’Israël, à l’exception de JONAS, qui fût envoyé une seule fois vers les habitants de NINIVE, nous renseigne sur la Diaspora. Or, dans notre Haphtara, il semble surtout être dit que celle-ci soit liée à l’idée selon laquelle il y eût profanation du nom divin (Ez. XXXVI, 20-23). Nous allons donc étudier les conditions d’existence du peuple d’Israël dans la diaspora depuis ses origines. Nous verrons alors que cette idée de profanation du nom de D.ieu ne fut pas toujours le fondement de l’exil. L’histoire du peuple d’Israël a commencé dans l’exil, avec le père de la nation, lors de l’alliance des morceaux (GENESE XV, 13) : "Sache-le bien, ta postérité séjournera sur une terre étrangère, où elle sera asservie et opprimée, durant quatre cents ans." Nous avions déjà cité ce texte dans notre commentaire sur VAERA quand nous parlions du temps d’attente avant de conquérir le pays promis. Pour expliquer le retard mis à pénétrer en terre sainte, le verset biblique annonce à l’avance que le peuple qui l’occupait alors n’avait pas encore fini son temps. Il dit notamment : "mais la quatrième génération reviendra ici, parce qu’alors seulement la perversité de l’AMORREEN sera complète. (GENESE, XV, 16). Pourquoi ce temps d’oppression et ce temps d’attente imposé, quelle raison à cet assevissement dont parle le texte ? Nachmanide, en analysant le premier séjour de ABRAHAM descendant en Egypte, et parlant de la relation de ce dernier avec une nation étrangère à son retour en terre sainte, selon le récit rapporté en Genèse XII, 10, tente de rattacher l’épreuve subie par le père de la nation au sort de tous ses successeurs, en étudiant le problème de la cause et de ses effets. L’on sait que selon la tradition juive, le séjour des Hébreux en Egypte a eu pour effet de les préparer à l’avenir, en les renforçant, comme le métal qui sort plus solide encore après avoir connu l’épreuve de la fusion par le feu (cf. DEUTERONOME. IV, 20 : "le creuset de fer." Nous trouvons chez le prophète ISAIE (XLVIII, 10) une formule analogue : "Certes, je t’ai éprouvée mais non comme on éprouve l’argent, je t’ai fait passer par le creuset du malheur." Les débuts du peuples d’Israël sont assez instructifs par les enseignements qu’ils dégagent. Celui (D.ieu) qui sépare le sacré du profane sépare également Israël des nations. Le peuple élu, pour pouvoir hériter de la terre promise devait au préalable passer par une terre étrangère, y être asservi, à savoir l’Egypte. L’habitude veut que les nations, avant de parvenir à l’indépendance, s’affranchissent d’une servitude ou conquièrent un pays, tandis que l’histoire du peuple élu débute en terre étrangère, et avant de parvenir à la terre promise, le peuple juif subit toutes sortes de souffrances. C’est ce que fait remarquer le MAHARAL de PRAGUE dans son « NNETSSA’H ISRAËL ». Il est clair que le peuple désirant à tout prix acquérir la liberté a d’abord éprouvé dans sa chair les effets de la dispersion. C’est après avoir été esclave qu’il a goûté le prix de la liberté. (cf. LEVITIQUE XXV, 55). Dans LEVITIQUE XXVI, 36-37, nous lisons : « Pour ceux qui survivront d’entre vous, je leur mettrai la défaillance au coeur dans les pays de leurs ennemis : poursuivis par le bruit de la feuille qui tombe, ils fuiront comme on fuit devant l’épée, ils tomberont sans qu’on les poursuive. » En lisant ces versets, nous comprenons qu’ISRAËL ne se sent fort que lorsqu’il a le sentiment profond d’être protégé par D.ieu. Lorsque ce sentiment l’abandonne, il prend peur devant l’adversité, même si en face se trouve quelqu’un plus faible que lui. Ainsi, pour avoir la mesure de la menace pouvant peser à l’avenir sur ISRAËL, nous avons un autre texte. Nous lisons dans Deutéronome IV, 27-28 : "L’Eternel vous dispersera parmi les peuples, et vous serez réduits à un misérable reste au milieu des nations où l’Eternel vous conduira. Là, vous serez soumis à ces dieux, oeuvre des mains de l’homme, dieux de bois et de pierre, qui ne voient ni n’entendent, qui ne mangent ni ne respirent." Ces versets peuvent surprendre, car ils donnent l’impression que cette prophétie vient annoncer qu’ISRAËL servira des idoles parmi les nations, alors que nous savons que durant la période du second Temple, les prophètes d’Israël ont pu constater qu’Israël avait définitivement rompu avec l’idolâtrie. Et cependant, RACHI ne manque pas d’insister en disant : « quand on est à la disposition de ceux qui servent les idoles, c’est comme si on les servait directement. » Il est sans doute influencé par son époque, liée aux premières Croisades. De son côté, NACHMANIDE rappelle le texte bien connu de Ketouboth 110 a : "Celui qui demeure en dehors d’Israël c’est comme s’il était un idolâtre.", idée reprise bien plus tard par SFORNO. De même, dans sa longue réprimande du DEUTERONOME XXVVIII, 63-67, MOÏSE ne manque pas d’être menaçant quant aux conséquences liées au séjour des enfants d’ISRAËL sur des terres étrangères. C’est cette forme menaçante que reprennent à sa suite les prophètes, en parlant également du risque de la non observance des mitzwoth. C’est ce qu’annonce AMOS ( VII, 11) en disant : « et Israël ira en exil, chassé de son territoire » En donnant à l’un de ses fils, le nom de CHEAR YACHOUV, le prophète ISAÏE (X, 21-23), fait allusion à la fois au retour de l’exil lié au retour vers D.ieu, utilisant ainsi un nom symbolique. Dans une comparaison célèbre, le prophète JEREMIE décrit les malheurs de son peuple en exil en disant (L, 17) : « Israël était une brebis pourchassée, que des lions avaient mise en fuite ; le roi d’Assyrie fut le premier à le dévorer et voilà que ce dernier lui a broyé les os, Nabuchodonosor, roi de Babylone. » Dans un style voisin de la réprimande utilisée dans la Torah, JEREMIE dit : « Aussi vous rejetterai-je de ce pays dans un pays inconnu à vous et à vos pères, et là vous servirez, jour et nuit d’autres dieux, car je ne vous ferai rencontrer aucune pitié. » (XVI, 13), ou encore : « Je m’attacherai à leur poursuite avec le glaive, la famine et la peste ; je ferai d’eux une épouvante pour tous les royaumes de la terre, un objet d’imprécation, de stupeur, de dérision et d’opprobre parmi tous les peuples où je les aurai relégués." (XXIX, 18). ZACHARIE de son côté, parle du retour de l’exil et décrit la situation de se peuple en disant (II, 10) « car comme aux quatre vents du ciel, je vous ai dispersés, dit l’Eternel. » L’exil n’est pas uniquement un lieu vers lequel sont chassés ceux qui n’obéissent pas à la Torah. Selon un grand nombre de récits de la Bible, nous trouvons des images selon lesquelles les pays extérieurs à la terre sainte sont des terres d’impureté, ceux qui y demeurent étant considérés ainsi comme éloignés de D.ieu. Nous savons qu’à l’époque de JOSUE, dix tribus d’Israël ont soupçonné de trahison, deux autres tribus et demie, qui s’étaient installées en Transjordanie, et y avaient édifié un autel. Une délégation composée de représentants des tribus établies en terre sainte et dirigée par le grand-prêtre sont allés les voir et leur ont dit : "que si le pays de votre possession vous semble impur, repassez dans le pays qui est le territoire de l’Eternel, où s’élève la résidence de l’Eternel, et établissez-vous au milieu de nous........". (JOSUE XXII, 19). On se souvient également de la plainte amère que David adressa à SAUL qui le poursuivait en lui disant : "ils m’ont empêché, en me chassant, de m’attacher à l’héritage de l’Eternel et m’ont dit : va servir des dieux étrangers !" (I Sam. XXVI, 19). En fait, dans la bouche de David ce n’était qu’une parabole, car même dans l’adversité il n’a jamais perdu la foi. Lorsque HOSEE veut montrer la différence existant entre ceux qui demeurent sur la terre ancestrale et ceux vivent à l’extérieur, il déclare : "Ils ne resteront pas fixés sur la terre de l’Eternel ; EPHRAIM retournera en Egypte, et en Assyrie ils mangeront des choses impures. (Hosée IX, 3). Le prophète AMOS (VII, 3), en s’opposant à son adversaire effronté AMATSIA, prêtre de Beth-El, lui annonce un châtiment dur en disant : "tu mourras sur un sol impur." Pour décrire de façon symbolique les visions de la Gola en frappant l’esprit de ses contemporains, EZECHIEL prophétise ceci : "Et l’Eternel dit : Ainsi les enfants d’Israël mangeront leur pain souillé chez les peuples où je les disperserai." (IV, 13). Si généralement, la Diaspora est perçue de façon négative, il arrive aussi qu’elle soit parfois décrite de manière positive, pour parler de ceux qui sont déjà partis en exil par rapport à ceux qui n’ont pas encore quitté Israël. Nous savons qu’il y eût plusieurs exils : celui de JOAKIM, celui de JOACHIN et la dispersion finale de SEDECIAS. Deux prophètes ayant parlé à la même époque, JEREMIE et EZECHIEL, considèrent que ceux qui sont partis ont de meilleures perspectives par rapport à ceux qui sont restés. Dans une de ses visions, Jérémie (XXIV, 1-10) voit des paniers de figues, considérant que les meilleures sont celles de l’extérieur et non celles de l’intérieur que représente le roi SEDECIASet son groupe. De son côté, EZECHIEL (XI, 15-21) préfère les exilés ayant accompagné le Roi JOACHIN par rapport à ceux qui sont restés. Il dénonce l’orgueil des habitants de Jérusalem et leur air de supériorité. Pour consoler ceux qui sont partis, Jérémie leur dit : "et je leur ai été un sanctuaire quelque temps dans les pays où ils sont venus." (Jér. XI, 16), ce qui signifie que la présence divine ne leur a pas été enlevée, puisqu’elle les a même accompagnés en exil. Elle est symbolisée, selon le Targoum et de nombreux commentaires, par l’existence de synagogues toujours dénommées "petit sanctuaire." Avant ces deux prophètes, considérant l’exil comme étant une préparation éducative à la future délivrance, nous avions déjà un texte de HOSEE annonçant le renouvellement de la nation, sa richesse et son bonheur conditionnés par un éloignement momentané de la terre sainte, ce qui devait par la suite provoquer un rapprochement envers D.ieu. C’est ce qu’il dit au Chapitre II, versets 15-22. Nous retrouvons là une réminiscence du séjour des Hébreux en Egypte, lequel devait les préparer, en devenant un peuple, à leur existence future en Israël. Pour accomplir sa mission, Jérémie envoie même des lettres en Babylonie pour tenter d’influencer ses contemporains. Nous connaissons le texte célèbre qu’il prononça comme une sorte d’encouragement, et dont se sont inspirés tous les maîtres du Judaïsme à travers les âges afin de soutenir le moral des fidèles. Voici ce que nous lisons chez Jérémie XXIX, 4-7 : "Ainsi parle l’Eternel-Cabaot, D.ieu d’Israël, à tous les exilés que j’ai déportés de Jérusalem à Babylone : bâtissez des maisons et habitez-les, plantez des jardins et mangez-en les fruits, épousez des femmes et mettez au monde fils et filles ; donnez des femmes à vos fils, des maris à vos filles, afin qu’elles aient des enfants, multipliez-vous là-bas et ne diminuez pas en nombre. Travaillez enfin à la prospérité de la ville où je vous ai relégués et implorez D.ieu en sa faveur ; car sa prospérité est le gage de votre prospérité. " En disant cela, JEREMIE ne cherchait pas tant à encourager la vie des juifs en exil. Il cherchait plutôt à calmer le jeu. Il y eût en effet comme un sentiment de révolte en exil, certains cherchant à se soulever contre le pouvoir babylonien. Il y eût même de faux prophètes encourageant ce mouvement. C’est contre eux que JJEREMIE s’élève dans les versets 8 et 9 de ce même chapitre. Mais quand il parle de l’exil, il ne le voit que pour une durée limitée à soixante-dix ans. (v. 10-11). Avant de terminer cette étude, revenons encore au prophète EZECHIEL. Pour lui, Israël doit subir l’exil, car rien ne justifiait un départ en exil avant la destruction du Temple. Aussi, ceux qui l’ont fait ont à en subir les conséquences. (Ez. XIV, 21-23). Toutefois, c’est surtout dans sa vision du char céleste (chapitre premier), qu’il voit l’exil comme une profanation du nom de D.ieu et comme le départ en exil de la Che’hina. Beaucoup de chercheurs et parmi eux Yehezkiel KAUFMAN, dans son ouvrage "Histoire de la Foi, page 461, sont d’avis que l’exil des débuts était réel, mais ne semblait pas trop pénible. On possédait des maisons, on cultivait la terre et l’on produisait des récoltes. On fondait des familles. On vivait en paix, on priait pour la prospérité du pays. A tout cela, EZECHIEL, dans notre texte vient apporter sa réponse en disant qu’une telle existence n’est pas conforme à l’esprit de la Torah. Un peuple ne vivant pas sur sa terre, surtout quand il s’agit du peuple de D.ieu, profane le nom divin, particulièrement du fait qu’en vivant à l’extérieur de la terre sainte, on donne l’impression que la providence divine avait des limites à son pouvoir. C’est notamment ce que souligne Rachi sur le verset 36 de notre Haphtara en disant : « ils (les juifs) ont rabaissé ma gloire », dès lors que les nations disent d’Israël : « ces gens sont le peuple de l’Eternel, et c’est de son pays qu’ils sont sortis. » En conséquence, si l’exil constitue une profanation du Nom divin, la délivrance en est la consécration. Le prophète poursuit donc en disant (21-22) : « Alors je me suis ému pour mon saint nom, qu’avait déconsidéré la maison d’Israël parmi les nations où ils étaient venus. Aussi, dis à la maison d’Israël : ce n’est pas à cause de vous que j’agis, maison d’Israël, mais bien pour mon saint nom, que vous avez déconsidéré parmi les nations où vous êtes venus. » Sur DEUTERONOME XXXII, 26 où il est écrit : "J’aurais résolu de les réduire à néant, d’effacer leur souvenir de l’humanité, si je ne craignais le dire insultant de l’ennemi et l’aveuglement de leurs persécuteurs, qui s’écrieraient : "c’est notre puissance qui triomphe, ce n’est pas l’Eternel qui en est la cause.", NACHMANIDE est d’avis que nos ennemis pourraient ainsi nous faire croire que le mérite de nos pères n’existe plus, que nous n’avons plus à attendre la protection divine, ce à quoi, EZECHIEL vient nous donner la réponse en disant (v. 22) : " ce n’est pas à cause de vous que j’agis, maison d’Israël, mais bien pour mon saint nom, que vous avez déconsidéré parmi les nations où vous êtes venus." Ce prophète veut surtout souligner le fait que quel que soit l’endroit où nous nous trouvons, nous devons veiller à ne pas commettre de profanation du nom divin. C’est en fin de compte ce prophète qui insiste beaucoup sur le rapport de l’exil du peuple d’Israël et des fautes qui ont entraîné cet exil. C’est ce qui ressort notamment de la lecture du chapitre premier de son livre consacré à la vision du char céleste. Ce texte vient ensuite annoncer que le peuple retrouvera un jour sa terre en même temps qu’il annonce le retour de D.ieu vers le Saint des Saints. Il reprend donc cette vision au chapitre XLIII, versets 1 à 5, par laquelle il annonce la présence totale de la gloire de D.ieu dans Son Temple.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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