« 3 ans après ... »

BILLET DU 15 FEVRIER 2009
publié le samedi 14 février 2009
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Bonjour,

Désormais, nous ne pouvons nous contenter d’égrainer le calendrier et de passer sur la date du 13 février sans penser à Ilan Halimi. Ce jeune homme assassiné au printemps de sa vie parce qu’il était juif et que ses agresseurs présumaient qu’il se trouverait un de ses coreligionnaires pour payer une rançon. Nul n’est besoin de revenir sur la chronologie macabre de ce qui demeure un simple fait divers pour beaucoup.

Et pourtant, 61 ans après la Shoah, pour la première fois en France, un juif était assassiné du fait de sa religion. On pensait, à tort, qu’il y aurait un « après Ilan », une époque qui ne permettrait plus à l’antisémitisme d’exister sur le sol français. Il n’en a rien été et tous les événements de ces derniers mois témoignent du contraire. Jamais il n’y a eu autant d’actes antisémites en France. Plus grave encore, au-delà des actes, c’est l’antisémitisme dans les consciences.

Le président du Consistoire, Joël Mergui, rappelait récemment le rapport de la Ligue anti-diffamation. Pour la moitié des européens, oui pour la moitié, les Juifs ne sont pas loyaux vis-à-vis de leur pays. Et pour un tiers des européens, les Juifs sont les responsables de la crise financière mondiale. Pour près d’un européen sur deux, les Juifs parlent trop de la Shoah. Des chiffres, des pourcentages qui font froid dans le dos. Plus que des actes, ces chiffres sont effrayants. L’Europe, qui demeure le plus grand cimetière Juif du monde, ne parvient pas à se défaire de ses démons.

Il y a peu de temps, inhumant une vieille dame juive, je m’entretenais auparavant avec son époux non-juif issu du catholicisme traditionnel français. Ce vieux Monsieur se mis à me confier ses sentiments sur la politique israélienne menée à Gaza et me déclara ceci : « Avec tout ce que vous avez souffert durant la Shoah, Israël a bien le droit de faire ce qu’elle fait à Gaza ». J’acquiesçais timidement ne voulant pas me livrer à un débat avec un homme endeuillé. Mais cette déclaration, de sympathie a priori, est bien pernicieuse car elle justifie les stéréotypes antisémites qui consistent à penser que les Juifs se serviraient de la Shoah pour justifier certains agissements. La Shoah demeure la blessure la plus grande dans l’histoire de l’humanité. Comme l’a déclaré il y a quelques jours Elie Wiesel, revenant sur le négationnisme dans l’Eglise, la Shoah fut un « crime contre Dieu et l’humanité », rappelant à l’Eglise qu’en exterminant le Peuple Juif, c’était une part de Dieu qui s’en allait. Alors n’en déplaisent à ceux qui considèrent que les Juifs en font trop sur la Shoah, le rappel à l’histoire serait peut-être moins récurrent si l’antisémitisme ne venait laisser béante une plaie que les hommes ne permettent pas de voir cicatriser.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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