Parasha Yithro 5769

Chabbath 14 février - 20 Chevat 5769 - Début : 17 h 50 - Fin : 18 h 58
publié le lundi 9 février 2009
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Lecture de la Torah : EXODE XVIII, 1 à XX, 26 : La visite de JETHRO ; l’alliance du SI NAÏ : les Dix Commandements. Haphtara : ISAÏE VI, 1 à 13 (Sefardim) : La vocation du prophète. Les Achkenazim ajoutent : VII, 1-6 et IX, 5-6.

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THEME de REFLEXION :

La vocation du prophète. Observations sur la nature de la sainteté selon l’Ecriture.

Composition et contenu : Dans les communautés de rite sefarade, on ne lit que le chapitre VI. Il fait l’objet d’une discussion pour savoir s’il concerne le caractère sacré du prophète ou non. Ce sera l’objet de notre étude. Dans les passages supplémentaires que prévoit le rite achkenaze, nous voyons le prophète dans son rôle politique, tandis que la conclusion de la Haphtara portera sur les promesses messianiques.

RESUME :

ISAIE VI, l-4 : La vision. 5-7 : La réaction du prophète à la vision. 8-13 : La mission. ISAIE VII,1-2 : Guerre Syro-Ephraïmite contre JUDAH. 3-6 : La prophétie adressée à ACHAZ. ISAIE IX, 5-6 : Le Roi-Messie.

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Relations entre la Paracha et la Haphtara.

Deux sujets importants montrent réellement la relation entre ce que rapporte la Torah et le contenu de la Haphtara. Dans l’un comme dans l’autre de nos textes, apparaît à un moment déterminé la notion de "sainteté". Dans la TORAH, EXODE XIX, 6 : "mais vous, vous serez pour moi une dynastie de pontifes et une nation sainte." Avant cela, il était écrit (v. 5-6) : « vous serez mon trésor entre tous les peuples."

Deux de nos commentateurs font une distinction intéressante sur ce concept de sainteté. D’une part, NACHMANIDE fait la remarque suivante : "vous serez mes serviteurs et une nation sainte pour qu’elle soit attachée à D.ieu ainsi qu’il est écrit (LEVITIQUE XIX, 2) : "Soyez saints car je suis saint, moi l’Eternel."

et par là, le texte veut souligner une promesse pour le monde présent et une autre pour le monde futur." Ainsi, NACHMANIDE voit dans cette notion de sainteté, à la fois une fonction consistant à s’attacher aux voies de D.ieu et une promesse. D’autre part, toutefois, SFORNO (1475 et + à BOLOGNE en 1550 et ayant longtemps vécu à ROME - exégète et médecin) se contente de fixer la qualité de sainteté comme étant une sorte de prêt accordé, permettant d’atteindre une période lointaine ainsi qu’il est dit (ISAIE IV, 3) : « et on dénommera saint quiconque aura été sauvé dans Sion et épargné dans Jérusalem. . » A la suite de ce texte, nos Sages disent dans Sanhedrin. 92 a) : « de même que celui qui est consacré le reste constamment, ainsi le peuple d’Israël subsistera à jamais. »

Cette expression "saint", comportant de nombreuses significations, apparaît dans notre Haphtara à un emplacement décisif : le prophète a eu le mérite d’avoir une vision très importante, touchant la vue et l’audition. Il a entendu le triptyque suivant : « Saint, saint, saint, est l’Eternel Cebaot ! Toute la terre est pleine de sa gloire !. » (Isaïe VI, 3).

La sainteté dans le livre d’ISAÏE constitue la qualité essentielle du Saint Béni soit-Il. Ce n’est pas une fonction confiée à un être humain, ni une promesse de ce qui peut être accordé à titre de prêt, car D.ieu est qualifié de Saint par définition. Pour mieux cerner ce concept, difficile à comprendre quand il s’applique à D.ieu, nous avons le texte du Kuzari de Rabbi Judah Halévi (né à TUDELA vers 1075 - exerçant ensuite la médecine à TOLEDE - Mort à Alexandrie en 1141, sans avoir pu parvenir en Terre Sainte). Dans son ouvrage, Livre IV, paragraphe 3, il dit en parlant de D.ieu, que le terme KADOCH signifie que D.ieu est trop élevé et trop exalté pour que lui convienne un attribut quelconque des créatures et que, s’Il est qualifié par elles, ce ne peut être que par métaphore. C’est pourquoi, ISAÏE a-t-il entendu cette triple expression KADOCH répétée à l’infinie, ce qui voulait dire que D.ieu est trop élevé, trop exalté, trop saint et trop pur pour être atteint par aucune des souillures de la nation au sein de laquelle réside Sa lumière. C’est pourquoi, poursuit JUDAH HALEVY, ISAÏE a vu D.ieu sur un trône haut et élevé (VI, 1).

Dans nos textes de la paracha et de la Haphtara, la notion de Sainteté qui leur est commune est cependant comprise de manière différente. Cependant, ce qui les relie, c’est le fait que D.ieu se révèle aux hommes. Dans le texte de l’Exode (XIX, 20), il est écrit : « et le Seigneur descendit sur le mont Sinaï ». Mais lorsque MOÏSE prit congé du peuple (Deutéronome IV, 12), il met les choses au point en disant : "Et l’Eternel vous parla du milieu de ces feux : vous entendiez le son des paroles, mais vous ne perceviez aucune image, rien qu’une voix."

De son côté, Isaïe dit (VI, 1-2) : « je vis le Seigneur siégeant sur un trône élevé et majestueux, et les pans de son vêtement remplissaient le Temple. Des Séraphins se tenaient debout près de lui....... ». La forme et le contenu de la Révélation sont différents dans nos deux textes. Pour ce qui est de la forme, nous voyons tout un peuple qui entend la voix de D.ieu, alors qu’ISAÏE est seul à avoir été choisi pour percevoir quelque chose de D.ieu. Mais la scène à laquelle nous assistons est totalement différente dans les deux cas. Dans celui de la Révélation des Dix Commandements, c’est tout un peuple qui a le privilège de recevoir ce qui va conditionner ses rapports avec D.ieu et avec les autres humains pour toutes les générations. Nous ne voyons pas D.ieu, mais nous apprenons de Lui qu’Il a fait sortir ISRAËL de l’EGYPTE, et qu’Il lui interdit de se fabriquer des idoles. Dans le texte d’ISAÏE, celui-ci est seul à bénéficier d’une apparition claire de la divinité, et c’est de ses serviteurs les anges, qu’il apprend que D.ieu est Saint.

Et c’est par l’intermédiaire d’ISAÏE que le peuple sera informé que les châtiments se suivront pour faire expier la faute d’avoir été infidèle à la Torah. Cependant, dira-t-il, les punitions ne pourront pas porter atteinte à sa sainteté (VI, 13) : « la race sainte verra subsister une souche. » C’est ainsi qu’ISAÏE nous montre qu’à la fin des temps subsistera un faible reste, constitué par les JUSTES. A cela RADAK juge utile d’ajouter que malgré les châtiments, ISRAËL ne devra pas désespérer au point de croire qu’il finira dans l’exil sans pouvoir revenir sur sa terre. Bien au contraire, il refleurira et reviendra sur sa terre.

Observations sur la nature de la sainteté selon l’Ecriture

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Dans son ouvrage "Notre génération face aux questions de l’éternité" paru en 1954, Aaron BARTH (1890-1957), écrit à propos du concept de sainteté dans la Bible : "ISRAËL a reçu l’ordre d’imiter l’Eternel : « soyez saints, car Je suis saint, Moi, l’Eternel votre D.ieu » (LEVITIQUE. XIX, 2). Mais bien que ce commandement reparaisse dans la Loi sous des formes diverses, nous ne trouvons nulle part dans la Bible la définition des termes KADOCH (saint) et KEDOUCHA (sainteté). Ce n’est peut-être pas sans intention. Puisque le texte est muet, il nous faut découvrir nous-mêmes l’interprétation de ces mots. « Tu y réfléchiras jour et nuit. » Le résultat de nos patientes recherches se gravera sans doute mieux dans nos coeurs que si nous y étions parvenus sur la foi des explications qu’on nous aurait fournies. Contentons-nous, avant de trouver des applications possibles de ces termes, de rappeler ce que disait JUDAH HALEVYdans son KUZARI, lequel considérait que D.ieu est par définition trop saint, sublime, pour pouvoir faire l’objet d’une comparaison avec l’entendement humain, ainsi que le dit ISAÏE : « A qui donc, m’assimileriez-vous, à qui vais-je ressembler ? » (ISAÏE XL, 25) On peut baser notre étude sur les remarques que fit le professeur ROTH dans son ouvrage « la ressemblance à D.ieu et l’idée de sainteté ». Il faisait observer que partout où il était question de sainteté s’appliquant à D.ieu et à l’homme, il est possible de fixer la règle suivante : Quand il est demandé à l’homme de ressembler en sainteté à D.ieu, il ne s’agit pas d’un ordre positif mais d’un interdit. Ainsi, à titre d’exemple, c’est dans la paracha KEDOCHIM (LEVITIQUE. XIX), que nous trouvons une longue série d’avertissements, de mises en garde. Elles ont toutes un rapport étroit avec cette notion de sainteté. C’est en s’abstenant de commettre les infractions indiquées dans notre texte, que l’on parvient à s’élever dans l’échelle de la sainteté. Il s’agit donc d’une forme de perfection jamais atteinte, puisqu’elle n’appartient qu’à D.ieu, par définition. Pour illustrer cette remarque, il nous parait utile de nous reporter au texte suivant : "Ne vous rendez point vous-mêmes abominables par toutes ces créatures rampantes ; ne vous souillez point par elles, vous en contracteriez la souillure. Car je suis l’Eternel, votre D.ieu ; vous devez donc vous sancitifier et rester saint, parce que je suis saint, et ne point contaminer vos personnes par tous ces reptiles qui se meuvent sur la terre." (LEVITIQUE. XI, 43). Nous avons toute une série de textes mentionnant un précepte de la Torah lié à la recommandation de l’observer afin de nous sanctifier. Notons au passage que dans un grand nombre de bénédictions nous introduisons la formule : « qui nous a sanctifiés par Ses commandements ». Rappelons enfin ce paragraphe du CHEMA récité chaque jour, relatif aux franges (tsitsit) placées aux quatre coins de notre Taleth. Dans ce passage nous disons : "Vous vous rappellerez ainsi et vous accomplirez tous mes commandements, et vous serez saints pour votre D.ieu." (NOMBRES XV, 40).

La position selon laquelle la sainteté à laquelle nous devons nous efforcer de parvenir, nous fait obligation de nous tenir à l’écart de toute forme d’abominations. C’est d’ailleurs la base du commentaire de NACHMANIDE sur le texte de LEVITIQUE XIX, 2. Il dit notamment : « Soyez saints » signifie selon RACHI qu’il faut se tenir éloigné de toute forme de débauche et de transgression, et NACHMANIDE d’ajouter que cette séparation ne concerne pas uniquement les problèmes liés à la sexualité, mais également à tout ce qui permet à l’individu de se tenir éloigné de ce que la Torah considère comme abominable (nourriture physique, aliments interdits, sexualité, toute forme d’excès y compris dans le langage bien choisi pour ne pas souiller nos lèvres), ainsi que le rappelle ISAÏE IX, 16 : « toutes les bouches profèrent des propos honteux ».

En tentant de comprendre ce concept de sainteté, nous pouvons nous rendre compte qu’il ne s’agit pas tant de nous inviter à imiter D.ieu, que de savoir que les commandements de la Torah viennent plutôt fixer les règles de notre existence pour nous enseigner de quelle manière nous pouvons nous tenir à l’écart des interdits, et de tout ce qui ne plaît pas à D.ieu. Dans un essai sur le prophète JEREMIE paru en 1894, M. LAZARUS, apporte également un certain éclairage sur cette question de la sainteté dans le peuple juif. Il est notamment d’avis que chaque fois que D.ieu s’adresse au peuple juif pour lui demander de vivre en sainteté, la Bible s’exprime au pluriel en disant : « soyez saints ». Il arrive aussi que le commandement prescrit, soit énoncé sous une forme collective : « car tu es un peuple saint pour l’Eternel ton D.ieu ». (DEUTERONOME VII, 6 - XIV, 2, 21). Quand on s’adresse à l’individu, on ne dit pas qu’il peut être saint. Pour l’être humain, il ne peut s’agir que d’un IDEAL. On ne trouve cette expression « saint » accolée à un homme qu’une seule fois dans la Bible. En effet, dans II ROIS IV, 9, nous lisons : « Elle dit à son époux (il s’agit de la Sunnamite) : « Certes, je sais que c’est un homme de D.ieu, un saint, cet homme qui nous visite toujours ». En fait il s’agit ici d’une exception confirmant la règle. LZARUS nous renvoie par ailleurs à d’autres références bibliques : (LEVITIQUE. XXI, 7 ; NOMBRES VI, 5, 8 ; XVI, 5, 7 ; PSAUMES. CVI, 16). Dans tous ces cas, il n’est pas demandé à l’homme d’être saint, mais il s’agit d’un état s’appliquant au NAZIR, au COHEN ou à un produit tel que l’huile sainte. Le Professeur ROTH déjà cité précédemment, fait également remarquer que lorsque l’on parle de la sainteté de D.ieu, nous trouvons que cette mention est liée à celle de justice, soit collective pour dénoncer ses ennemis, ou encore la justice de manière plus limitée, concernant le salut d’ISRAËL en particulier. Nous donnerons ici quelques exemples. Ainsi, dans EZECHIEL XXVIII, 22, nous lisons : « Tu diras : Ainsi parle le Seigneur D.ieu : Voici que je m’en prends à toi Sidon, je veux me rendre glorieux au milieu de toi. L’on saura que je suis l’Eternel, quand je lui infligerai des châtiments et que j’y maintiendrai ma sainteté. » Dans ce cas, D.ieu est sanctifié lorsqu’il inflige des châtiments. C’est de cette manière qu’il est connu en tant que D.ieu. « Je ferai justice, de lui........ainsi je me montrera grand et saint, je me manifesterai aux yeux de nations nombreuses, et elle reconnaîtront que je suis l’Eternel. » (EZECHIEL, XXXVIII, 22-23). Nous trouvons encore cette expression de justice allant de pair avec celle de sainteté et de la divinité dans le texte suivant : « Et les humbles goûteront des joies abondantes en D.ieu, et les plus déshérités des hommes jubileront par le Saint d’Israël. Car c’en sera fini des tyrans, les railleurs disparaîtront et tous les fauteurs d’iniquités seront anéantis «  (ISAÏE, XXIX, 19-20). Ou bien encore : « C’est pourquoi le Saint d’Israël parle ainsi : Puisque vous avez méprisé mes exhortations, placé votre confiance et cherché un appui dans la fraude et le mensonge, ce crime sera pour vous tel une lézarde menaçante, apparaissant dans un mur élevé qui s’écroule brusquement, en un instant, et qui tombe en ruines comme on brise un vase de potiers, en l’écrasant sans pitié, de telle sorte que dans ses débris on ne peut même ramasser un tesson pour prendre du feu au foyer ou puiser de l’eau à la citerne. » (ISAÏE, XXX, 12-15). Là encore il est question de sainteté, de faute et d’iniquité, de justice, car D.ieu sauve non seulement ISRAËL mais tous ceux qui sont en difficulté. Ainsi, selon nos textes, nous pouvons affirmer qu’il ne saurait y avoir de sainteté chez D.ieu que si elle accompagnée de justice. C’est bien ce que veut dire le prophète : « et l’Eternel-Cebaot sera haut par le jugement, et le D.ieu saint sera sanctifié par la justice." (ISAÏE V, 16). C’est donc ISAÏE qui fait très souvent le lien entre la sainteté et Israël en disant : KEDOCH ISRAËL (X, 20). Cette expression double se trouve dans JEREMIE LI, 5, deux fois dans PSAUMES LXXVIII, 41 et LXXXIX, 19. Mais JUDA HALEVY (13° s.) tient à nous mettre en garde en disant que la notion de sainteté s’appliquant à D.ieu est totalement différente de celle que l’on pourrait adopter quand il s’agit de l’homme (KUZARI IV, 3). ISAÏE, dans la vision rapportée dans notre Haphtara est effrayé. Il le dit lui-même : « Malheur à moi, je suis perdu ! car je suis un homme aux lèvres impures, je demeure au milieu d’un peuple aux lèvres impures, et mes yeux ont vu le Roi, l’Eternel-Cebaot !. » (VI, 5). Nous savons par ailleurs que deux de nos guides, MOÏSE et JOSUE ayant vu D.ieu, parlent de "terre sacrée - admat kodech". (EXODE III, 3-5 et JOSUE V, 14-15). Enfin, nous avons un texte reliant la notion de sainteté à celle de tristesse et de deuil. Nous lisons en effet : « Ce jour est consacré à l’Eternel, votre D.ieu ; ne manifestez pas de deuil et ne pleurez point ! Car tout le peuple pleurait en entendant les paroles de la Tora. » (NEHEMIE VIII, 9). Il nous semble souhaitable que vienne le jour où ce sera dans la joie et dans l’allégresse que nous pourrons vivre dans la sainteté. Pour l’heure, nous sommes encore plongés dans la tristesse, dans la morosité et surtout dans un milieu qui nous tient bien trop éloignés de cette notion de SAINTETE.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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